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L’argent du beurre

Je vous le dis, la nature humaine est la même sous toutes les latitudes.

Oui, il faut des prisons, mais pas à côté de chez nous. Les gars pourraient s’évader et me prendre en otage. Oui, je mange du porc, mais pas de porcheries qui puent dans mon voisinage. Oui à des antennes de télécommunication, mais le plus loin possible de ma prostate sensible aux radiations. Oui à des pylônes hydroélectriques, mais pas dans MON champ visuel. Oui à de nouveaux barrages, mais pas sur CETTE rivière qui est la plus unique de toutes.

Ne vous imaginez pas que c’est très différent ailleurs. En Espagne, les gouvernements successifs poursuivent la fermeture des centrales nucléaires les unes après les autres. Comme l’Espagne n’a pas le fabuleux potentiel hydro-électrique du Québec, elle est donc plus en plus dépendante de l’énergie nucléaire que lui vend la France.

Tant que la patrie de Picasso pourra compter sur les Gaulois d’à côté pour faire fonctionner les lave-vaisselle et les écrans plasma, elle pourra continuer à se gargariser de beaux discours écologiques La nature humaine, je vous disais. Le beurre et l’argent du beurre. Dans les pays riches, nous avons les moyens de flatter notre amour-propre.

Il faut pourtant entreposer quelque part les déchets nucléaires. Que font donc les dirigeants politiques ? En Espagne, invoquant l’autonomie locale, ce qui paraît toujours bien, le gouvernement central invite les petites villes à poser leur candidature pour accueillir une éventuelle usine de stockage des déchets. Un peu comme on le fait pour obtenir les Jeux olympiques.

Vous devriez voir les scènes dans les conseils municipaux dont les autorités décident de se lancer dans l’aventure. De véritables émeutes. On se casse la gueule entre beaux-frères. C’est assez divertissant.

On assiste aussi à des retournements de veste ahurissants. José Montilla est aujourd’hui le président du gouvernement catalan, ce qui fait de lui un des hommes les plus puissants d’Espagne. Hors de question, dit-il, qu’une seule ville catalane ose poser sa candidature. Quand il était ministre de l’Industrie au sein du gouvernement central espagnol, il disait le contraire.

Ce n’est pas mieux à droite. Dolores de Cospedal, la porte-parole nationale du Parti populaire, qui est en avance dans les sondages, reproche au gouvernement Zapatero de ne pas mettre ses culottes. L’énergie nucléaire, dit-elle, est une affaire trop stratégique pour être renvoyée au niveau local. C’est Madrid qui devrait trancher. Cependant, quand elle était dirigeante régionale dans Castilla-La Mancha, elle s’empressait de pelleter l’affaire dans les petites cours des maires de village.

Comme au Québec, les décisions visionnaires et stratégiques ne se prennent pas. Elles sont toujours repoussées à plus tard. On ne joue que des cartes de court terme. On tourne en rond. Seules comptent les images aux nouvelles du soir ou les manchettes du lendemain matin. Où diable est passé le courage ?

Les Espagnols risquent de la trouver moins drôle le jour où la France décidera d’augmenter le prix de vente de son énergie ou de fermer l’interrupteur. Heureusement, les corridas se déroulent en plein jour. On verra au moins venir le taureau.

14 réponses à “L’argent du beurre”

  1. le 10 fév 2010 à 10:09 RenéP.

    !Buenas dias! senor Facal,

    vous avez bien raison de dire que « la nature humaine est la même sous toutes les latitudes ». En Espagne, le manque de courage des politiciens résultera en un accroissement de la dépendance de ce pays envers la France et ici, au Québec, le manque de courage de nos politiciens est entrain de celer la dépendance du Québec envers le Canada. Mais comme vous dîtes, en Espagne, ils ont au moins la possibilité de voir venir le taureau alors qu’au Québec les pro-Canada ne voient rien venir, attirés qu’ils sont par le beurre.

  2. le 10 fév 2010 à 14:53 Michel Marceau

    Retour en arrière.

    Je travail dans l’industrie minière et deux foreurs de notre équipe ont respectivement 69 et 72 ans. Les conditions de travail sont difficile température extérieur en avril 45 à l’ombre, quart de 12 heures + garde la nuit 7 jours sur 7 deux mois de travail puis deux mois de repos. Or les deux ne veulent pas prendre leur retraite. Par contre j’ai des amies de 55 ans travaillant dans des bureaux à Montréal qui comptent les jours avant de partir. Je crois que la monotonie et pire que les conditions difficile pour le travail.

    Le syndrome du pas dans ma cours est la faiblesse de nos systèmes démocratique ou l’égoïsme local triomphe de tout.

  3. le 10 fév 2010 à 16:13 Victor H

    Aussitôt que vous mettez la gauche et la droite en présence, ce n’est pas à une opposition ni à une discussion que vous conviez l’électorat. C’est à une rumba qui tourne en rond, à l’infini, que vous confiez le débat démocratique.

    Ni les péquistes, et encore moins les libéraux, ne seraient plus capables de nationaliser l’hydro au Québec de nos jours. La nationalisation s’est faite suite à une élection référendaire : le courage tout simple de l’électorat, du peuple, des gens ordinaires, ayant embrayé les matamores politiques du temps.

    On se garde bien maintenant de s’adresser au peuple. Si bien que, pour reprendre votre formule, on ne sait plus jamais qui du taureau ou du toréador fera couche-couche.

  4. le 10 fév 2010 à 17:51 Gilles

    Une chose aussi qui a changé, c’est que du temps de la nationalisation de l’électricité, les gens qui étaient au pouvoir avaient une vision du Québec. Le slogan maître chez-nous ça voulait dire quelque chose.

    Le peuple s’identifiait au gouvernement, parce que les hommes politiques s’identifiaient au peuple.

    Et ce n’était pas du tournage en rond, c’était une forme de syntonie qui n’est plus possible aujourd’hui. À quoi pense au juste Jean charest quand il se dit Québécois..?

  5. le 10 fév 2010 à 18:14 Jean Claude Pomerleau

    Compte tenue de la clique qui squatte notre État, la méfiance des citoyens est tout à fait justifier.

    Le cas le plus patent fut l’opposition à la centrale au gaz du Suroit. Le gouvernement Charest en avait 12 dans les cartons, une à été mis en place: Bécancour. Savez vous combien cela nous coute ?

    Les libéraux ont réussi à en construire Bécancour, qui appartient à une entreprise de l’Alberta (Trans Canada Energy) ! Hydro a signé un contrat à long terme pour acheter l’électricité, un an plus tard on se rend compte qu’on a plus besoin de cette énergie ! Cette décision entraine des pénalités de centaines de millions de $ par année, en tout un milliards et demie pour l’ensemble du contrat que le Québec devra payer à Calgary !

    Imaginez si on avait eu douze centrales !

    Le pire c’est que l’Hydro était propriétaire d’une centrale au mazout qui pouvait être remise à niveau pour 120 millions selon une étude (SNC-Lavalin). Or des menaces de congédiements ont été fait au employés de l’Hydro Qc pour ne pas qu’ils divulguent au public cette étude. Un peu plus tard des gens (?) sont venu et ont pris toutes ses études pour les faire disparaitre… sauf une qui est en lieu sure.

    On apprend tout cela et bien d’autres affaires toutes aussi graves dans le livre que je suis en train de lire. Entre autre pourquoi Charest a dis non à Siemens qui proposait d »établir au Québec une filière dans l’industrie éolienne de niveau mondiale (cela nuisait à la filière gaz de ses amis):

    Maitre chez nous 21 e siècle de M Daniel Breton
    Édition ID

    http://mcn21.org/le-livre-mcn21/article/commander-le-livre

    À la lecture de ce livre ont comprend que le collectif MCN21 demande le congédiement immédiat de Vandal:

    http://mcn21.org/actualites/article/mcn21-exige-le-congediement

    Outre les dénonciations des choix stratégiques désastreux de H Q, M Daniel Breton, et son collectif (très sérieux) propose une stratégie d’indépendance énergétique pour le Québec. Voilà donc un projet aussi porteur que la nationalisation de l’hydro et sur lequel on pourrait se pencher si on avait des leaders politiques d’envergures et non des petits crosseurs au pouvoir.

    Il est là le premier projet d’envergure: Reprendre le contrôle de notre État.

  6. le 10 fév 2010 à 19:48 Victor H

    @ Gilles et J.C. Pomerleau

    Les crosseurs qui ont les deux mains sur le volant de notre état, ce sont des fédéralistes, des purs et durs, comme l’état québécois n’en a jamais connu depuis la Révolution Tranquille. Et j’inclus même l’époque Duplessis. En comparaison, les gouvernements Bourassa étaient braves et nationalistes.
    C’est quelque chose d’inédit que ce gouvernement Charest. L’incursion d’Hydro-Québec au N.B. est bien plus révélateur à cet égard, que sa prochaine prise de bec avec les syndicats. Québec et les syndicats, ils ont une très longue expérience de bien danser la rumba ensemble. Le show sera bon comme à l’habitude.

    Que l’incursion d’Hydro au N.B. soit une politique ou un simple coup de sonde, cela donne à penser qu’un agenda et une trail seraient tracés qui iraient dans le sens contraire de ce que le peuple de 1962 avait voté. Nous n’en sommes plus à une hypothèse. Il y a contrat.

  7. le 13 fév 2010 à 15:40 Sebas

    Monsieur Facal:

    Vous demandez:

    « Où diable est passé le courage ? »

    Mais ma foi, c’est tout à fait ‘normal’ que les politiciens manquent de courage.

    Je serai EXACTEMENT comme eux à leur place.

    La nature humaine ne change pas (comme vous le dites si bien), alors c’est ailleurs qu’il faut trouver la SOURCE du problème.

    Voici une des meilleures solutions à mon avis(et Québec Solidaire, qui se dit pour la démocratie et pour le peuple, est contre. Car RIEN au monde ne fait plus peur aux étatistes-contrôlants -de gauche OU de droite- que la véritable démocratie):

    ***

    « Référendums et initiatives populaires

    · Lorsque les décisions gouvernementales sont soumises au scrutin majoritaire direct, chacun des citoyens vote sur chaque mesure dans un référendum distinct, sans considération des décisions à venir ultérieurement ou prises antérieurement. La démocratie directe retire aux politiciens les outils indispensables au maquignonnage (l’échange de votes) qu’ils pratiquent pour gagner les votes en régime de démocratie représentative. Le marché politique pipé qui caractérise notre régime perdrait une part de ses travers. Les initiatives populaires, où de simples citoyens prennent l’initiative de soumettre une proposition au vote, servent à faire obstacle à la domination des groupes organisés. La faible taille de l’État suisse peut illustrer le sens de cet impact.

    · Cette argumentation explique en même temps l’hostilité des politiciens au principe du référendum et des initiatives populaires. À leurs yeux, l’homme de la rue est trop ignorant pour faire les bons choix. Chez nous, seuls les politiciens peuvent mettre en branle une consultation référendaire et, on le devine, ils le font rarement. La formule freine la puissance des groupes d’intérêt et renforce la voix des simples citoyens aux dépens de l’élite politique

    · La thèse que défendent Romer et Rosenthal (1979) et le résultat qu’obtiennent la plupart des observateurs veulent que l’impact général du référendum soit favorable à l’efficacité des choix publics. Ces deux auteurs concluent qu’en effet les référendums ont plutôt tendance à freiner l’instinct de dépenser qui caractérise toutes les administrations. La Suisse et la Californie font l’objet de critique pour recourir systématiquement à la démocratie directe. Soulignons que le reproche émane des élites politiques et des médias qui s’en font les échos. »

    ***

    Suite de l’extrait:
    http://www.quebecdroite.com/search/label/Jean-Luc%20Migu%C3%A9

    *

    Tiré de l’excellent livre(que je conseille à tous) de M. Jean Luc Migué;

    « On n’a pas les gouvernements qu’on mérite »
    http://www.quebecdroite.com/2009/12/jean-luc-migue.html

  8. le 13 fév 2010 à 19:22 Gilles

    Je trouve intéressant le commentaire de Sebas.

    Une chose me fait tiquer cependant. Il n’y a pas une tendance (gauche ou droite) qui en soi est dépositaire de la vertu… Ni de la volonté de réformer le système politique qui est devenu disfonctionnel et dans lequel nous pataugeons de plus en plus difficilement.

  9. le 14 fév 2010 à 8:59 Robert Lachance

    Où diable est passé le courage ?

    Pour couvrir le sujet de la régénération de la population, dans votre deuxième paragraphe vous auriez non pas été courageux mais téméraire, imprudent et improductif d’écrire: pas dans mon ventre, pas dans notre couple, pas dans notre foyer douillet, pas en communauté intentionnelle, pas en partenariat avec Haïti.

    Le parti libéral a eu le courage d’invité Jacques Henripin le démographe et polémiste auteur en 1989 de Naître ou ne pas être à son congrès annuel en mars 2008 (préélectoral). C’était du temps de Philippe Couillard. Le courage s’est arrêté là.

    Il se lit des paragraphes courageux dans Pour une gauche efficace de Jean-François Lisée, dans La souveraineté du Québec de Jacques Parizeau et dans Quelque chose comme un grand peuple pour lequel je vous remercie. Je réfère aux pages 228-230 où vous résumez notre situation en 8 propositions hyperlucides.

    À Québec, Régis Labeaume a le courage de ses préférences.

  10. le 15 fév 2010 à 13:24 Robert Lachance

    Et Joanne Marcotte aussi.

  11. le 16 fév 2010 à 13:28 Normand ajoindre

    Bonjour Monsieur Facal,

    Les décisions visionnaires et stratégiques.

    Dans les organisations de gouvernement, quand il faut prendre des décisions, les difficultés croissent avec la complexité de la situation et des autres aspects qui y sont reliés. Normalement l’objectif visé devrait être le bien des citoyens. Malheureusement plus souvent qu’autrement, la recherche de consensus sera perturbée à cause d’autres phénomènes présents, eux aussi, dans la réalité: parti pris, conflit d’intérêts, partisanerie, entre autres.

    La première question à se demander: « qu’est-ce qui a amené ces gens à vouloir accéder à des postes de décideurs dans le gouvernement ou la haute fonction publique ? »

    La deuxième : « avant d’accéder à leur poste de décideur, à partir de quelle école de pensée ou de quels penseurs, ont pu germer leurs valeurs, allégeances, liens partisans, etc ? »

    La troisième : « qui sont leurs « associés » (leur entourage), leurs conseillers formels et informels ?

    Ces aspects prédisposant le décideur ou qui seront présents comme toile de fond dans sa pensée sont réels car celui-ci n’arrive pas du ventre de sa mère … Ce quelque chose a allumé sa motivation bien avant son arrivée dans le poste. Être intéressé, c’est être interpellé.

    Par ailleurs, gardons toujours présent à l’esprit que, dans le mandat du titulaire du poste, l’objectif de base doit être « le bien de la population ».

    Arrivent alors les décisions, les résultats, suite au jeu de la confrontation des forces de pouvoir du décideur ou des décideurs regroupés (le Parlement). Tous ces décideurs, quelles que soient leurs valeurs et principes (des pragmatiques, des juristes, des financiers, des lucides, des ignorants, des matérialistes, des travailleurs, des rentiers, des assistés sociaux, des propriétaires, des opportunistes, etc) se prononceront conformément aux allégeances qui les animent.

    Comme vous dites, c’est partout pareil, et ça dure depuis longtemps.

    À aller à jusqu’à il y a un peu plus de deux mille ans, quand les pays n’existaient pas et que les gens vivaient dans des tribus, celles-ci étaient presque continuellement en guerre, les unes contre les autres. Ces confrontations de forces de pouvoir entraînaient des résultats. La plupart des gens d’aujourd’hui dirait que ce n’était pas bien, que c’était injuste et non civilisé. Il n’en demeure pas moins que l’humain est toujours composé de la même étoffe, celle qui lui a permis de survivre (certaines sous-espèces sont disparues). D’eux, a émergé notre monde actuel. C’était la voie qui a été suivie. Alors la situation (ce désordre) que vous décrivez est la voie qui est suivie depuis et ça continuera. N’en déplaise aux idéalistes et aux cartésiens concepteurs de sytèmes.

    P.-S. Entre vous et moi, pensez-vous que les gens d’aujourd’hui sont prèts (disponibles) à consacrer du temps pour acquérir les connaissances nécessaires comme préalables pour la conception ou au moins la compréhension de « décisions visionnaires et stratégiques » ? Chacun des dossiers demanderait presque une auto-formation équivalente à celle du niveau de la maîtrise.

  12. le 17 fév 2010 à 17:54 Sebas

    Personne ne maitrise -ou maitrisera- tout ce qui est nécessaire, pour diriger l’État, dans l’état qu’il est…

    Désolé, c’est en anglais (mais ça vaut la peine d’écouter):

    http://www.youtube.com/watch?v=d2tUhMJ_hfg

    Uncommon Knowledge: Dr. Thomas Sowell on Intellectuls and Society

    ***

    et ça:

    « À la base de toutes les doctrines totalitaires se trouve la croyance que les gouvernants sont plus sages et d’un esprit plus élevé que leurs sujets, qu’ils savent donc mieux qu’eux ce qui leur est profitable. [...]

    Si les membres du gouvernement se considèrent comme les représentants non plus des contribuables, mais des bénéficiaires de traitements, appointements, subventions, allocations et autres avantages tirés des ressources publiques, c’en est fait de la démocratie. »

    « Ludwig von Mises sur les dangers de l’État-providence:

    http://www.amazon.fr/Bureaucratie-Ludwig-von-Mises/dp/2915909008/ref=sr_1_18?ie=UTF8&s=books&qid=1266386911&sr=1-18

    ***

    Lorsque les élites de TOUT acabit, comprendront ces simples réalités, là et seulement là, notre monde pourra s’améliorer…

    Attendre un « homme fort » avec du « courage », dans l’état actuel des choses, cela ne peut être rien d’autre, qu’un dictateur…

    « Le peuple », lorsque bien informé est TOUJOURS mieux placé pour prendre des décisions… qu’une minorité de personnes. Toujours ! Réformes pédagogiques (démagogiques?) ? Peuple contre !
    Cours ecr? Peuple contre ! Dépenses publiques hors de contrôle ? Peuple contre ! Laxisme en matière de justice? Peuple contre ! Etc

    A méditer:

    Encore une fois (ce qui constitue la base de notre démocratie, soit dit en passant):

    Sagesse des foules:

    La Sagesse des foules est un livre écrit par James Surowiecki, publié en 2004, traduit en français en 2008, à propos de l’agrégation de l’information dans les groupes, résultant en décisions qui, selon l’auteur, sont souvent meilleures que celles d’individus isolés du groupe. Le livre présente de nombreux cas d’études et anecdotes pour illustrer sa thèse, et touche à plusieurs domaines dont l’économie et la psychologie. Surowiecki se penche également sur l’émergence des marchés prédictifs en tant qu’outil d’exploitation de la sagesse des foules.

    Le titre est une allusion à la Folie des foules de Charles Mackay, publié en 1841.

    Il est communément admis que les gens deviennent bêtes lorsqu’ils se réunissent en foule. Pourtant, ce livre traite d’un certain nombre de situations pour lesquels ce constat s’avère totalement erroné : des situations pour lesquelles la perception et la résolution d’un problème sont plus efficacement réalisées par une foule que par n’importe quel individu donné. Comme premier exemple, Surowiecki cite une anecdote de 1906 issue du scientifique britannique Francis Galton. Galton – qui croyait fermement à la supériorité des experts sur la foule stupide – se rend à un marché de bétail où un concours a lieu. Il s’agit de deviner le poids d’un bœuf après qu’il a été abattu et « débité ». Galton note plusieurs centaines de paris (787), et découvre que leur moyenne est 1197 livres alors que le poids réel du bœuf est 1198 livres !

    Au-delà de la théorie de « la rationalité limitée » de l’économiste Herbert Simon, Surowiecki donne dans ce livre de nombreux exemples de problèmes pour lesquels la foule possède une grande « sagesse ». Il propose ainsi une classification en trois catégories :

    * les problèmes de connaissance, tels que deviner le poids du bœuf ;
    * les problèmes de coordination, tels que sélectionner la meilleure heure pour aller travailler afin d’éviter les embouteillages, sachant que chaque conducteur se pose la même question ;
    * les problèmes de coopération, tels qu’obtenir que plusieurs équipes indépendantes et ayant des intérêts personnels travaillent ensemble pour améliorer les résultats globaux d’une compagnie alors que ce travail va à l’encontre de leurs intérêts personnels.

    Surowiecki discute alors ce qu’il considère comme la recette pour le succès dans l’intelligence de foule :

    * la diversité : avoir des personnes de divers milieux avec des idées originales ;
    * l’indépendance : permettre à ces avis divers de s’exprimer sans aucune influence ;
    * la décentralisation : laisser ces différents jugements s’additionner plutôt que de laisser une autorité supérieure choisir les idées qu’elle préfère.

    Suite:

    http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Sagesse_des_foules

  13. le 18 fév 2010 à 9:55 Gilles

    Je ne veux pas réduire l’influence du message de SEBAS que j’apprécie, mais j’interviens simplement pour dire que j’ai trouvé excellente l’entrevue de Joseph avec Lagacé à Télé Québec hier soir.

    J’ai apprécié en particulier les propos tenus au sujet de la dimension vecteur de culture de la langue, versus la dimension purement fonctionnelle.

    C’est ce que je pense aussi. Et je conclus que l’exercice pédagogique auprès des jeunes doit se poursuivre.

  14. le 18 fév 2010 à 10:33 RenéP.

    A Sebas,

    très intéressant texte.

    A Gilles,

    je suis d’accord avec vos remarques. Monsieur Facal est très convainquant. Quel leader compétent il ferait pour le mouvement indépendantiste. A mon avis, lui il en a du guts.