La panne
27 avril 2010 par Joseph Facal
Quelques nouvelles de l’Europe où je suis encore.
Au Québec, tant les souverainistes que les fédéralistes évoquent souvent l’Union européenne à l’appui de leurs thèses respectives.
À l’avenir, les deux devront trouver de nouvelles sources d’inspiration.
L’Union européenne traverse en effet la plus grave crise existentielle de son histoire. Elle sera surmontée, mais le projet qui se déployait ces dernières années est sans doute mort.
Tout part de la Grèce. Les autorités européennes viennent de statuer que sa situation réelle est encore pire que ce qui etait estimé. Moody’s a de nouveau baissé la cote de crédit des Grecs.
La contagion s’étend maintenant aux autres maillons faibles de la chaîne européenne. Toutes les Bourses du sud de l’Europe ont baissé cette semaine. L’euro glisse par rapport à la devise américaine.
Les regards se tournent maintenant vers le Portugal, qui occupe le lit voisin aux soins intensifs. Son gouvernement vient d’annoncer de sévères mesures d’assainissement des finances publiques.
Les mauvaises langues disent cependant qu’il attendra que la situation empire et qu’il ira chercher du secours à Bruxelles, en alléguant qu’il faut faire pour lui ce qu’on a fait pour la Grèce. L’Espagne et l’Irlande sont, eux aussi, sous haute surveillance.
L’Allemagne est de plus en plus impatiente. L’électorat allemand trouve qu’il en fait déjà trop pour les autres.
Au nom de la solidarité, on lui demande de financer le manque d’autodiscipline et de solidarité des autres à son endroit. Des membres de la coalition de madame Merkel s’interrogent à voix haute sur la constitutionnalité de l’aide consentie.
Dans le projet européen, l’Allemagne a imposé aux autres ses règles. Mais les autres n’arrivent plus à suivre.
Vingt pays sont au-dessus de la limite permise d’un déficit de 3 % par rapport au PIB. Ils voudraient un assouplissement. Les Allemands, qui respectent la règle du jeu, ont le sentiment d’être les dindons de la farce.
L’écart est trop grand entre les économies du nord, celles du sud, et les ex-républiques soviétiques. Les économies plus pauvres tirent les autres vers le bas.
Il devient impossible d’avoir une politique commune cohérente. Agrandir est une chose, intégrer et digérer en est une autre.
La Turquie, qui fait des pieds et des mains pour être admise dans le club, va attendre longtemps.
Elle serait le pays le plus grand et le plus pauvre de l’Europe, le seul aussi à majorité musulmane, et ses millions de ressortissants se déplaceraient librement à travers tout le continent.
L’Europe vit déjà suffisamment de tensions, non ?
L’Europe est non seulement embourbée économiquement, elle est aussi impuissante politiquement quand ça compte. Pendant la guerre des Balkans, incapable de faire régner la paix chez elle, elle a dû se tourner vers les États-Unis.
L’identité européenne, elle, reste un dada des élites. Les peuples demeurent farouchement nationalistes.
La construction européenne, telle que rêvée, ne se réalisera pas. Pour l’avenir, deux avenues se dessinent.
La première limiterait l’Europe à une vaste zone de libre-échange seulement, un peu sur le modèle nord-américain. Finie la monnaie unique. C’est le rêve britannique.
La deuxième serait d’accepter une Europe à plusieurs vitesses pour sauver la monnaie unique.
Bref, c’est le retour à la planche à dessin. On verra.
25 réponses à “La panne”
Bonjour Joseph,
voilà de quoi nous faire sérieusement réfléchir. Votre vision, venant de l’intérieur, est fort précieuse à partager.
Je suivais avec beaucoup d’intérêt l’expérience de la communauté européenne. J’y voyais de très bons aspects. Mais j’avais aussi certaines inquiétudes.
Quand je suis allé en Europe la dernière fois, en 1997, j’étais stupéfait de voir qu’on avait fait sauter les frontières. L’union économique et monétaire ne devait pas, pensais-je, se faire sans contrôle des points de passage.
Je crois aussi qu’il est illusoire de penser cimenter une nation en laissant de côté tout sentiment identitaire. Encore un fois, le multiculturalisme du Canada me semble un piège.
De plus, chaque peuple doit avoir le pouvoir de négocer son adhésion à des règles communes. Il doit avoir le pouvoir d’avancer graduellement ou révolutionner son univers sans contraintes de l’entité plus large sous le parapluie duquel il s’est placé.
La populace ne peut faire que des émeutes. Pour faire une révolution, il faut un peuple. (Victor Hugo, Choses vues)
En 1945 la seconde guerre mondiale se terminait, beau bilan: 50 millions de morts, la plupart en Europe.
La CE a atténué suffisamment le nationalisme pour que la paix et la prospérité deviennent presque permanent. L’Allemagne et la France, autrefois ennemis ancestraux sont devenus alliés étroits et forment la colonne vertébrale de la CE. L’entrée de l’Irlande a rendu caduque sa frontière avec l’Irlande du Nord et permis l’arrêt de la guerre. Je pourrais continuer, il y a eu d’innombrables bienfaits de cette union.
L’Espagne et le Portugal, et oui la Grèce aussi, autrefois dictatures militaires de droite, se sont toutes démocratisées pour adhérer à la CE.
Les petites nations non-souveraines y trouvent leur compte, je pense à l’Écosse et la Catalogne. Tous ces réalisation depuis seulement 65 ans, faut-il se décourager parce que tout n’est pas complet ? Je pense que non, le bilan est très positif dans son ensemble. Que la zone euro traverse des turbulences, rien d’anormal.
Quant à l’identité européenne, who cares ? C’est comme l’identité canadienne pour les Québécois, c’est vraiment pas une obligation de partager une identité pour partager le commerce, les valeurs démocratiques, la liberté de voyager etc.
Peu importe l’avenue choisie, cela restera un immense succès accompli en 65 ans. Les États Unis d’Europe sont toujours un rêve d’une petite minorité.
Bonjour Victor,
Je suis d’accord avec toi sur plusieurs points. L’expérience de l’Union européenne comporte aussi beaucoup d’avantages. Je me contenterai de citer uniquement l’exemple de la Turquie. L’attrait de l’appartenance à l’Union européenne favorise la discussion et les compromis.
Je suis aussi d’accord sur le fait qu’il faut laisser le temps faire son oeuvre. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. C’est à suivre…
Nous sommes en train d’assister aux premiers reculs du projet européen, qui risque de se désintégrer à moyen terme.
La grande erreur de l’UE c’est d’avoir imposé la monnaie unique à des pays si différents et a priori peu intégrés économiquement. La combinaison de déficits commerciaux en périphérie et de surplus en Allemagne condamne l’Union à une valse infernale.
Je suis très pessimiste quant à l’avenir de l’Europe étant donné le manque de légitimité politique de l’Union en tant que telle. Seule une entité très unie peut traverser une crise telle que celle qui se profile à l’horizon.
@Lemarin
L’appartenance à la zone euro est entièrement volontaire, i.e. il n’y a pas eu d’imposition, par contre pour y avoir accès certains ratios monétaires doivent être respectés, ce que, semblerait-il, la Grèce n’a pas fait et aurait même volontairement camouflé certaines statistiques dommageables.
@Victor Beauchesne
C’est bien beau de dire que l’appartenance à l’euro est volontaire, mais une fois à l’intérieur c’est une catastrophe d’en sortir, surtout si on pense aux conditions actuelles.
Lisez ceci pour un portrait de la situation:
http://worthwhile.typepad.com/worthwhile_canadian_initi/2010/04/the-ecb-as-pawnbroker.html
http://blogs.reuters.com/felix-salmon/2010/04/26/the-depressing-outlook-for-greece/
http://ftalphaville.ft.com/blog/2010/04/27/212871/buiter-on-greece-and-a-blueprint-for-a-new-europe/
Vous ne me croirez peut-être pas, mais l’Europe brûle sous nos yeux!
Le retour de l’État national. C’est ce que propose François Asselineau du parti UPR, sortir la France du cadre de Union Européen au nom de l’intérêt nationale. Son argumentaire est solide:
http://u-p-r.fr/
Et Krugman maintenant: http://krugman.blogs.nytimes.com/2010/04/27/the-cohesion-crisis/
Quand je vais en France, je m’attends à voir des français.
Quand je vais en Allemagne, j’aime bien voir des allemands. Quand je vais en Espagne, j’aime bien voir des espagnols.
Quand presque la moitié des habitants d’une région sont nés dans un autre pays, je crois qu’i y a risque que ce pays perde son âme, sa cohésion, ses racines.
C’est le cas présentement dans plusieurs régions du Canada. Ce n’est pas encore dramatique, mais les pressions sont fortes en ce sens. Bien accueillir des gens nés ailleurs, c’est capital et sympathique, en autant que nous ne soyons pas pris pour changer plusieurs lignes de notre hymne national.
Il faut savoir accueillir la visite sans être obligé de dormir sur le perron.
L’Europe ne sera jamais l’équivalent des États-Unis d’Amérique. L’histoire de ce dernier pays diffère trop de celui des pays européens qui sont constitués d’états-nations qui ont décidé de s’unir; mais l’Europe ne formera jamais une nation. Sa seule avenue me semble être une confédération, non pas à l’image du Canada où une majorité domine une minorité et où il ya un gouvernement fédéral fort , mais plutôt comme la Suisse où chaque nation (francophone, germanophone, romanche et italophone ) mène ses propres affaires. D’ailleurs qui connaît le nom du président de la Suisse ? Il n’y a pas non plus de PM suisse ni de gouvernement fédéral fort.
Les É.U. ne se sont pas construits de la même façon que l’Union européenne. Fondé d’abord par des Britanniques auxquels se sont ajoutés des Écossais et des Irlandais, ce pays a a vu sa population augmenter grâce à l’immigraion provenant de pays européens non anglophones comme des Allemands, des Hollandais, des Italiens et autres. Les É.U. deviennent de plus en plus un pays constitués majoritairement d’immigrants européems, certes, mais autres que de provenance de pays anglophones. Mais tous adoptent l’anglais comme langue commune. C’est le fameux melting-pot. Peu à peu, avec la venue massive d’esclaves africains et l’annexion de territoires hispanophones (en fait volés au Mexique, les É.U. sont en train de devenir un pays où bientôt, les Blancs (caucasiens)seront minoritaires si l’on considère que les gens d’origine mexicaine et sud-américaine sont majoritairement des descendants des anciens autochtones latino-américains ou d’un croisement de ces derniers avec des descendants d’Espagnols. Le melting-pot se maintient encore mais vacille, car de nombreuses régions du sud des É.U. sont de plus en plus bilingues et, à certains endroits unilingues espagnoles.
La construction européenne est fort diférente. Chaque nation tient à son identité,ne veut pas d’un gouvernement fédéral fort et, à part les élites, peste contre l’eurocratie de Bruxelles. C’est fort heureux car il faut favoriser la diversité ethnique. D’ailleurs, l’Europe verra de plus en plus la venue de nouveaux états souverains, comme la Catalogne, le Pays basque, l’Écosse, la Walonnie, la Flandres et d’autres qu’on ne connaît guère encore.
Je veux féliciter M. Facal pour sa chronique sur l’UE en panne, car les partisans des É.U. d’Europe ( les eurocrates) sont débranchés de la réalité de leur population.
L’histoire économique de la Grèce est remplie de graves crises financières suivies de faillites nationales.
L’erreur de la CE fut d’accepter la Grèce dans la zone euro. Maintenant elle va sortir de la zone euro, imprimer des drachmes pour payer ses créanciers et peut-être revenir un jour à un taux de change réduit.
Ce n’est nullement la fin de la CE mais une turbulence majeure qui aura des effets durables.
Quelques nouvelles de l’Europe où je suis encore.
Je me demandais. Votre lancement de Comprendre et influencer les gouvernements me laissait croire à un bref passage en Amérique: Ce lancement n’est pas passé inaperçu dans Le Soleil et bien d’autres médias que je ne connais pas… mais dont le produit se retrouve référencé sur Google, je confesse.
Comprendre le rôle crucial de l’État; Déjouer les pièges de l’administration; Rencontrer et convaincre les bons interlocuteurs. Pas un mauvais programme pour une famille politique reconstituée.
« En 1945 la seconde guerre mondiale se terminait, beau bilan: 50 millions de morts, la plupart en Europe. » Victor Beauchesne
50 millions, c’est 10 millions de moins que ce que je viens de lire dans Gândhî d’Attali. Quand vous ajoutez « la plupart en Europe », ce que je pensais aussi, je vous arrête: le second conflit mondial aurait fait 27 millions de morts en Asie, dont 270 000 Américains et 3 millions de Japonais. Des millions d’Hindous, de Chinois et d’Indochinois pour le reste, j’imagine.
24millions de personnes sont victimes de famine chaque année Trois millions en meurent. Ça ne se passe pas principalement en Europe.
À la souveraineté alimentaire ! Je n’ai pas foi au FMI. La foi, l’espérance et la charité, les trois vertus théologales. Il y a longtemps que je n’en ai pas entendu parler. Votre article du 16 avril m’a fait me retourner vers Wikipedia. Vous avez marqué principalement un point cardinal pour: courage, prudence, tempérance ou justice ? Non. Pour foi et espérance sans nier charité.
Bonjour Monsieur Facal,
Il est facile de comprendre pourquoi les pays de la zone européenne cherchent à faire partie de l’Union Européenne. C’est le principe des pointes de tartes; ils tiennent à être dans la tarte. Dans ce genre d’association, en haut, on retrouve des pays forts et en bas des faibles. L’avantage d’être dans le beat avec ces pays où le « niveau d’activité » * est élevé ne peut qu’apporter des retombées avantageuses.
* terme utilisé en économie
Un peu comme les assistés sociaux; vaut mieux l’être dans un pays riches (carte soleil, etc).
Dans le cas dont nous parlons, (Grèce, Portugal, etc) le problème est double. D’une part on constate que la contribution de certains pays dans les fondations de l’Union s’avère faible. Dans leur partie, on retrouve beaucoup de presswood alors que dans celle des autres, c’est du contre-plaqué. D’autre part, on constate que leurs patinoires ne sont pas si achelandées que cela. Alors comment pourront-ils rembourser leurs créanciers? Car ce n’est pas tout d’avoir des pointes de tarte à offir, le niveau d’activité dépend toujours de la « demande ».
Imaginez si le Québec se séparait et devenait dépendant de pays fournisseurs de services tels la monnaie, la sécurité (armée), la protection des ses frontières contre les envahisseurs de l’immigration clandestine, du terrorisme et de la défense de nos ressources au nord. Pensez-y, nous nous retrouvions dans une situation encore bien moins confortable que celle que connaissent les Grecques en ce moment.
Le problème de l’éclatement de l’Union Européenne se pose aussi aux États Unies. La crise causé par les banksters de Wall Street, lesquelles contrôlent Washington a des conséquences: La monté des mouvements prônant le retour à la souveraineté des États:
(Un résumé de l’argumentaire tiré d’un article qui fait le survol du phénomène)
…
The-New-Secessionists
(…)
“The defining characteristic of the Second Vermont Republic is that there are two enemies, the United States government and corporate America,” Thomas Naylor, who founded Vermont’s secessionist movement, told me when I reached him by phone at his home 10 miles south of Burlington. “One owns the other one. We are not like the tea party. The underlying premise of the tea party movement is that the system is fixable.”
(…)
“The U.S. government has lost its moral authority,” he went on. “It is corrupt to the core. It is owned, operated and controlled by Wall Street and corporate America. Its foreign policy is controlled by the Israeli lobby. It is unsustainable economically, socially, morally, militarily and environmentally. It is ungovernable and therefore unfixable. The question is, do you go down with the Titanic or do you seek other options ?”
http://www.vigile.net/The-New-Secessionists
L’euro glisse par rapport à la devise américaine
Le 4 juin 2008, l’euro coûtait 1,5717 $. Fin décembre dernier, il était encore à 1,50 $. En janvier il est descendu de 2 ou trois cents, en février de six cents, en mars de 4 cents et en avril encore de 4 cents. Ce matin, il doit être à quelque chose comme 1,33 $. Une dévaluation de 10 % en quatre mois.
Tout part de la Grèce.
Hier, j’ai relu le deuxième chapitre de Après l’empire d’Emmanuel Todd, 2002, et je me suis attardé à son tableau sur la variation des taux de fécondité en plusieurs pays d’Europe de 1981 à 2001: Grèce ? Portugal ? Espagne 2,5 1,2; Italie 1,7 1,3; Allemagne 1,3 1,3; Russie 2 1,2 … Par contre, en France, c’est 1,9 1,9. Au Royaume-uni 1,9 1,7. Aux États-unis, c’est 1,8 2,1, au Canada 1,8 1,4. Il y a là une source de problème.
Je me demande qu’est-ce qui part réellement de la Grèce: « Fini la monnaie unique » ou « une Europe à plusieurs vitesses ». Ce n’est pas le problème qui part de la Grèce mais un début de sa solution qui devient impérieuse pour l’Allemagne.
J’ai aussi relu le chapitre 8 sur l’émancipation de l’Europe. Todd y écrit » … Mais l’euro existe et sa plongée de 25 % face au dollar entre sa naissance et février 2002 a, pendant un temps, rétabli dans les faits une protection de l’économie européenne, vis-à-vis des États-unis, en baissant tous ses prix à l’exportation et en élevant tous les prix des produits américains à l’importation d’un pourcentage équivalent. »
Comment s’en sortent la Chine et l’Inde ? Monnaie unique ou territoires à plusieurs vitesses ?
Je mettrais un deux sur finie la monnaie unique.
Monsieur Facal,
« Au Québec, tant les souverainistes que les fédéralistes évoquent souvent l’Union européenne à l’appui de leurs thèses respectives »
Je ne me souviens pas avoir vu beaucoup de souverainistes évoquer l’Union européenne comme argument. C’est plutôt l’argument de fédéralistes qui font une comparaison boiteuse entre une fédération et une union de pays souverains…
L’Union européenne a déjà connu des crises beaucoup plus graves que celle-ci. Elle s’en sortira encore mieux équipée. La maturité espérée depuis des décennies vient tout juste d’être atteinte, avec la ratification et l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, le 1er décembre 2009. L’UE dispose maintenant de tous les outils nécessaire à son approfondissement, à l’organisation de son pouvoir politique et à sa représentation extérieure. L’UE n’a pas encore de Fonds monétaire européen ni d’Agence de notation européenne, mais cela se fera dans peu de temps. Il n’est pas concevable qu’après avoir mis 50 ans à construire ensemble cette fédération d’États membres, avec une monnaie unique, un passeport, une nationalité, un espace de libre circulation, une représentation extérieure unique, ces puissances grandes et moyennes, comme l’Allemagne, la France, la Suède, la Grande Bretagne, l’Autriche, le Danemarque, la Belgique et les autres ne réussissent pas à mettre ensemble leurs resources, leur imagination et leurs énergies pour conserver intact le projet qu’ils viennent juste de mettre sur pieds de façon définitive.
La discipline qu’il fallait imposer à la Grèce qui n’avait pas respecté ses engagements fermes de conserver son déficit annuel aux environs de 3% du PIB (il est aujourd’hui à 13%) fera en sorte que les autres membres de l’UE se mettront rapidement en train de réfléchir à la meilleure façon de gérer leur budget, pour respecter cet objectif.
Carole Chouinard a bien raison. L’Union européenne est l’exemple vivant de ce qu’il faut faire dans un contexte de mondialisation pour tirer son épingle du jeu, ne pas se faire écraser par les géants économiques et politiques, anciens et nouveaux.
Les Européens nous rappellent aujourd’hui, et de façon non équivoque, que posséder une même monnaie, comme les souverainistes le proposent, même après un référendum gagnant, implique nécessairement que les partenaires appliquent les mêmes règles budgétaires, la même discipline monétaire et la même rigueur dans la gestions de l’économie. En somme, qu’ils renoncent à s’accrocher à des « apparences de souveraineté économique ».
Faut-il donc, au Québec, remuer ciel et terre, promette des lendemains qui chantent, promettre de posséder son propre coffre à outils, pour en arriver à celà?
Je ne suis pas une experte, mais je pense que dans un Québec souverain, ça ne fera pas tant de différence que ça de garder la monnaie canadienne (qui est la nôtre aussi, hein…). Le Canada base déjà sa politique monétaire sur la surchauffe économique à Toronto ou sur le pétrole, en se foutant des conséquences que ça peut avoir sur le reste de la fédération.
Il paraît que les plus petits pays tirent mieux leur épingle du jeu dans ce contexte de mondialisation. Parizeau n’a pas eu besoin d’attendre ce phénomène pour comprendre que le Canada est un pays trop grand et aux réalités économiques trop différentes d’un bout à l’autre pour bien fonctionner, surtout avec un gouvernement centralisateur à Ottawa. C’est indigne d’une fédération, de centraliser!
C’est bizarre parce qu’on a beau citer Jane Jacobs, qui avait prédit le déclin de Montréal au profit de Toronto si le Québec ne devenait pas souverain, il y a encore des gens qui pensent que le Canada est notre salut…
Le Canada nous aime pauvre, en fait. Car la dépendance économique est la garantie de la dépendance politique… Et il n’y a qu’à voir le complexe qui plane sur nos compatriotes pour voir que ça marche. Combien d’entre eux n’ont que la péréquation comme argument suprême pour justifier qu’on reste dans ce pays infirme au lieu de s’en faire un!
C’est le plus beau, le plus stimulant des projets.
N’en déplaise à ceux se résignent au statu quo.
… « à ceux QUI se résignent au statu quo », voulais-je écrire.
Mme Chouinard,
J’approuve entièrement votre phrase : la dépendance économique est la garantie de la dépendance économique. Tant qu’à faire partie du Canada, je préférerais qu’on paie de la péréquation plutôt que d’en recevoir.
Le Canada ne nous aime pas seulement pauvre mais aussi à genoux. Je ne comprend l’insistance du Canada à vouloir nous garder dans la fédération puisqu’on leur coûte si cher.
Le fédéralisme imposé aux États-nations n’ a jamais fonctionné et ne fonctionnera heureusement jamais. Lorsque le Québec sera souverain, ce qui en soi est un projet emballant, il pourra conclure des accords avec le ROC, dans la mesure où le Fédéral est réduit à une portion congrue.
Une des grandes erreurs de l’Europe est la mise sur pied d’une bureaucratie fédérale qui est de trop.
Monsieur Tremblay
Je ne comprends pas les Québécois d’avoir une mémoire de poisson rouge, et de laisser des faussetés devenir vérités juste à force que les fédéralistes les répètent. Voyons quelques clichés qui, à la longue, sont rentrés dans la gorge de certains Québécois:
« Les Québécois sont tannés d’entendre parler de constitution. »
Autrement dit, oubliez donc votre saine colère après le rapatriement et les échecs subséquents, et finissez par trouver normal ce qui vous a déjà semblé inacceptable et révoltant. Ah la résignation! C’est bon pour la fédération.
« La souveraineté est dépassée. »
Ah bon? Mais encore? En quoi la souveraineté d’un pays est-elle une question d’époque? Ce cliché serait vrai si la fédération avait évolué dans le bon sens. Mais depuis les vaines promesses de 1995, en lieu et place du respect promis, on n’a eu droit à la Loi sur la clarté, la fausse reconnaissance de la nation, les commandites… Alors je demande souvent aux fédéralistes: qu’est-ce qui, depuis 1995, a fait que la souveraineté est moins nécessaire?
« Les séparatistes sont rancuniers et haïssent les Anglais. »
De vouloir tirer du passé les leçons qui s’imposent, ce n’est pas de la bête rancune. Mais essayez de faire comprendre ça à quelqu’un qui n’a comme arguments que des sophismes…
Bon j’arrête ici, mais la liste des clichés est longue dans le camp fédéraliste.
L’autre manie, comme ils sont incapables, très souvent, de répondre à ce qu’on dit VRAIMENT, et comme leur argumentaire est pauvre (on est des loosers, on a besoin de péréquation…), l’autre manie donc est de nous mettre des mots dans la bouche pour pouvoir y répondre. :-D
Par exemple, la souveraineté est un remède miracle à tout, etc. Et là, ils ridiculisent cette phrase qu’ils nous ont fait dire.
C’est pour ça que c’est lassant, à la longue, les débats. Car ils sont rares ceux qui débattent vraiment. Mais on en rencontre… parfois.
Parlant péréquation… Vous savez, tous ces Québécois qui nous mettent le pétrole de l’Alberta sous le nez en nous disant que cette province nous fait vivre, ils oublient qu’il a été développé avec l’argent de TOUS LES CONTRIBUABLES DE LA FÉDÉRATION. À coups de milliards.
Personnellement, quand j’investis dans quelque chose, je ne m’attends pas à ce que les profits que ça me rapporte soient considérés comme de la charité. :-D
Madame Chouinard,
Le Chevalier de Lévis qui a gagné la bataille de Sainte-Foy disait à ses troupes, avant que les combats débutent : » Nos espoirs sont élevés. Notre foi dans les gens est grande. Notre courage est fort. Et nos rêves pour ce magnifique pays ne mourront jamais « . Voilà des propos très inspirants. Lévis a d’ailleurs une statue inséré dans la facade du Parlement de Québec.
Après sa victoire, Lévis est allé assiéger Québec pour reprendre la ville qui était occupée par les troupes anglaises. Ces dernières ont reçu d’importants renforts, ce qui a obligé Lévis à se replier vers Montréal.
Bien entendu, comme tout bon colonisé, nous préférons parler de la défaite de Montcalm que de la victoire de Lévis.
Vous concluez le 27 avril dernier : « Bref, c’est le retour à la planche à dessin. On verra. »
Ce matin dans les pages affaires du Soleil on titre « Les bourses jubilent: le fonds d’aide de 1000 milliards $ pour la zone euro rassure les marchés. » Après la nuit de Bruxelles.
Dans le texte on révèle que « la banque française maintient toujours sa prévision d’une parité euro-billet vert, d’ici la fin de l’année. »
Selon Heiner Flassbeck, économiste en chef de la conférence des nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), l’euro a été sauvé pour le moment mais pas à moyen terme.
En 2008, Emmanuel Tood remarquait que :
À vos planches à dessin pour une perspective métaphysique pour le Québec !