La dureté du mental
23 août 2006 par Joseph Facal
Depuis trois ans, Jean Charest s’est beaucoup vanté de son courage. Les décisions difficiles ne lui faisaient pas peur, disait-il. C’est fou comme l’imminence des élections peut donner de l’élasticité à vos principes.
Pendant des années, tous les gouvernements ont pigé dans les surplus du régime d’assurance automobile. Les tarifs des plaques d’immatriculation ne bougèrent presque pas non plus. Mais le coût des indemnités versées aux accidentés de la route, lui, n’a cessé d’augmenter. Résultat : un gouffre financier. Or, un régime d’assurance n’est pas un programme social de redistribution de la richesse : il est supposé s’autofinancer. Logiquement, il faut donc hausser les contributions des cotisants.
Évidemment, les automobilistes, qui sont assez nombreux merci, ne la trouvent pas drôle. Les motocyclistes, qui sont les plus durement frappés, veulent carrément manger leurs casques. Mais c’est Noël en automne cette année. L’entrée en vigueur des nouveaux tarifs vient d’être repoussée à l’an prochain. Seuls des esprits mal tournés comme vous et moi pourraient y voir un calcul politique dicté par le calendrier électoral.
Quand Hydro-Québec a fait connaître les hausses de tarifs qu’elle demanderait pour les prochains mois, personne n’a déchiré sa chemise, sauf ceux dont c’est la profession. On nous apprend maintenant que la hausse sera très inférieure à ce qui était envisagé. Vous persistez à y voir une troublante coïncidence politique ? Ça se soigne, vous savez.
La cerise
Mais la palme de la volte-face revient à l’homme fort du gouvernement, Philippe Couillard, celui qui ne fait pas de la petite politique comme les autres, voyez-vous.
Figurez-vous que nous nous étions tous trompés : il n’y a aucun problème sérieux de financement de la santé, nous dit le docteur. Tous ces rapports d’experts qui, sans exception, nous disaient tous que nous ne pouvions continuer comme si de rien n’était s’étaient trompés. Fiou, ça soulage, hein ? Ce n’était qu’un mauvais rêve, on peut retourner se coucher.
C’est lui qui le dit : tant que les dépenses de santé augmenteront d’environ 6% par année, nul besoin de caisse-santé, de ticket modérateur, de hausses d’impôts, de réduction de services ou de recours au privé. Le docteur a trouvé la solution : mieux gérer et attendre les milliards d’Ottawa. Diantre, je n’y avais pas pensé ! Sauf que ce gouvernement nous avait dit qu’ayant la confiance de ses partenaires canadiens, le déséquilibre fiscal serait réglé et que les milliards allaient pleuvoir.
J’ai décidément besoin de repos : j’ai l’esprit tellement surmené que je ne cesse de me demander par quel miracle une croissance économique de 2% par année pourra financer bien longtemps un secteur dont les coûts augmentent trois fois plus vite et qui représentera bientôt à lui seul la moitié du budget du gouvernement. Plus une pointe de tarte est grosse, plus les autres sont petites, non ? Ici, les autres, ce sont les écoles, les garderies, les régions, les routes, la culture ou l’environnement.
Le rapport Ménard, ça vous dit quelque chose ? Tous en avaient dit du bien à l’époque, sauf les centrales syndicales. Il contenait trois idées toutes simples. D’abord, le statu quo est impossible parce que les besoins à combler augmentent beaucoup plus vite que les ressources disponibles. Ensuite, les options qui s’offrent à nous sont toutes pénibles. Enfin, plus nous attendrons, pire ce sera.
J’ai dans mes boîtes quelques milliers de pages qui expliquent que la faiblesse de notre croissance économique, l’endettement du Québec, le poids de nos impôts et notre déclin démographique réduisent notre marge de manœuvre financière précisément au moment où le vieillissement de la population fait augmenter fortement les coûts de la santé. On peut bien débattre des gestes à poser, mais faire semblant qu’il n’y a pas de problème n’était pas une option, m’avait-il semblé. Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai horreur qu’on me prenne pour un cave.
