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La danse du limbo

Stephen Harper dit vouloir prôner un autre fédéralisme que celui des libéraux fédéraux. Après un Jean Chrétien qui ne s’épanouissait que dans la provocation et un Paul Martin de triste mémoire, les Québécois sont tentés d’y voir un progrès. Mais regardons attentivement un instant.

Depuis son élection, Stephen Harper martèle ses cinq priorités. Demandez à n’importe qui de vous les nommer : personne n’y arrivera. Autrement dit, l’important est moins ce qu’il dit que le fait qu’il a l’air de savoir où il va. Après les incohérences de Jean Chrétien et l’indécision chronique de Paul Martin, il faut maintenant bien peu de choses pour impressionner les Québécois.

Stephen Harper veut aussi nous montrer qu’il n’a pas peur de prendre des décisions difficiles. Les Canadiens sont très fiers quand nos soldats distribuent des bonbons aux enfants du tiers-monde. Mais au premier coup dur, on veut qu’ils rentrent à la maison. Stephen Harper a compris qu’en politique, être capable de prendre et d’assumer une décision impopulaire vous mérite le respect, qui est mille fois plus payant qu’un sentiment éphémère et superficiel comme la sympathie.

Dites-vous que Stephen Harper travaille sur un horizon de quelques mois. Il veut faire suffisamment bonne impression pour déclencher des élections dès que possible, sachant que les partis d’opposition ont les mains liées. Voilà pourquoi il n’y aura pas de vrais déblocages sur les dossiers les plus fondamentaux pour le Québec…d’autant que les Québécois donnent en ce moment l’impression qu’ils sont prêts, de guerre lasse, à se contenter de n’importe quoi.

Rien de nouveau

Par exemple, tous les gouvernements du Québec, y compris celui de Jean Charest jusqu’à il y a quelques mois, ont toujours dit que seul le rapatriement de points d’impôt était une solution durable au déséquilibre fiscal plutôt qu’une hausse des transferts fédéraux qui augmente à chaque fois la dépendance du Québec. Mais le gouvernement Charest est tellement aux abois qu’il se contentera d’un plus gros chèque et de retourner quêter à chaque nouveau problème.

Il faut dire qu’à l’extérieur du Québec, personne ne définit le déséquilibre fiscal de la même manière. L’Ontario et l’Alberta trouvent que le vrai déséquilibre fiscal, c’est que leurs contribuables fassent vivre le reste du pays. Pour eux, le Québec est une grosse province maritime.

Stephen Harper a également bien dit que le Québec n’aura pas droit à un traitement de faveur. Autrement dit, le Québec n’obtiendra rien qui ne serait pas aussi offert aux autres provinces. Or, les autres provinces ne veulent pas de pouvoirs accrus parce qu’elles trouvent normal que leur gouvernement national, celui d’Ottawa, s’occupe des choses essentielles. Pour eux, un gouvernement provincial est une sorte de grosse administration municipale.

Les Québécois, eux, ne se sont jamais considérés supérieurs, mais seulement différents. Ils ont donc toujours demandé des pouvoirs particuliers dans les domaines liés à l’identité québécoise : la langue, la culture, l’immigration, la nomination des juges fédéraux. Oublions cela tout de suite. L’actuel gouvernement du Québec n’a même plus une plate-forme de revendications tellement un refus d’Ottawa lui fait peur.

Stephen Harper nous dit aussi qu’il n’y aura plus de nouveaux empiètements fédéraux dans les juridictions québécoises. Sauf qu’il n’est même plus nécessaire qu’il y en ait. Je vous mets au défi de trouver un seul champ de compétence québécois dans lequel Ottawa n’est pas déjà présent. Tous les programmes fédéraux requis pour continuer à élargir, un peu plus à chaque jour, l’influence d’Ottawa sont déjà en place.

Moins le Québec demande, moins Ottawa va offrir…et plus le reste du Canada se confortera dans l’idée que nous sommes prêts à toutes les contorsions pour déguiser ces défaites en victoires. C’est la danse du limbo. Mais Stephen Harper est le dernier espoir du gouvernement Charest. Pensez-vous un instant que quelqu’un à Québec osera le contredire ?