La cruauté du miroir
9 juillet 2008 par Joseph Facal
Voici une petite chose sans prétention dont je ne suis pas trop sûr de voir quels commentaires elle appelle. Mais bon…
Je m’étais mis en tête, voyez-vous, d’écrire une petite chronique d’été. Quelque chose de «léger», comme on dit. Pas capable. Désolé. Mais vous allez voir : j’ai essayé.
L’été amène sur nos écrans ce qu’on appelle les films «de pur divertissement» : ces films démolis par la critique, mais que nos enfants veulent absolument aller voir, comme Astérix aux Jeux Olympiques. Évidemment, on y va.
Mais un père responsable a aussi droit à sa récompense. Alors j’ai reloué l’autre jour L’Âge des ténèbres de Denys Arcand. J’en suis à mon troisième ou quatrième visionnement.
L’Âge des ténèbres avait été démoli par la critique parisienne, qui n’avait rien compris aux références québécoises. Et par la critique québécoise, qui attend que la première lui dise quoi penser.
Trop noir, trop cynique, trop désespéré, avait-on dit. Cela ne pardonne pas de nos jours.
De nos jours, voyez-vous, il faut être PO-SI-TIF, joyeux, avoir l’esprit festif et le rire libérateur. Sinon, hop, la thérapie.
Nous disons vouloir la vérité. C’est de la foutaise. Arcand nous présente un miroir. Nous n’aimons pas ce qu’on y voit. Alors c’est évidemment le miroir et celui qui le tient qui ont tort.
Dans le film d’Arcand, l’État est parfaitement incapable de régler notre vrai problème, qui est la perte de sens, l’absence de points de repère. Mais en même temps, nous nous tournons vers lui pour absolument tout.
La vie morne de Jean-Marc est réglée comme du papier à musique. Il voudrait croire en quelque chose, mais ne voit rien qui en vaille la peine. Jeune, il avait pourtant eu des idéaux.
Sa femme dégèle des bâtonnets de poisson à chaque souper, fait le chauffeur pour ses deux ados, a toujours son cellulaire à l’oreille, et se tient en forme avec son Stairmaster.
Et il faudrait en plus, se choque-t-elle, trouver du temps et de l’énergie pour parler et faire l’amour avec son mari ? La vie sexuelle de Jean-Marc se passe donc dans sa tête et dans le cabanon de son jardin.
Les deux filles de Jean-Marc vivent sur une autre planète puisqu’elles ont toujours leur MP3 dans les oreilles. Les mots «cool» et «wôôô» constituent les deux tiers de leur vocabulaire.
Sa mère se meurt dans un CHSLD parfaitement sinistre, entourée d’autres vieux en jaquette.
Jean-Marc croise d’autres désespérés qui s’évadent momentanément de leurs vies robotiques en participant à d’absurdes fins de semaine médiévales déguisés en chevaliers et en princesses.
Il exagère Arcand ? Regardez pourtant les fêtes du 400e de Québec, formidablement révélatrices du Québec d’aujourd’hui.
Ayons du fun en gang avec Sir Paul, nous dit-on, et, de grâce, ne chiquez pas la guenille avec vos maudites questions politiques sur le «sens» de la fête.
Depuis quand faut-il qu’un party ait un «sens» ? Vous ne voulez donc pas comprendre que nous sommes ici pour nous A-MU-SER ? Yo, man !
Au Moyen-âge, une poignée d’hommes travaillait à faire advenir la Renaissance. Elle arriva finalement.
À la fin du film, Jean-Marc pèle des pommes en regardant la mer. Il attend la Renaissance. Viendra-t-elle ?
33 réponses à “La cruauté du miroir”

M.Facal,
votre réflexion me conduit à penser que, sur ce plan, il me semble que nous sommes égaux aux états-uniens et aux canadians, nous sommes des américains comme eux, aussi abrutis qu’eux: c’est aussi cela le déclin américain: l’absence de pensée, de questionnement, de réflexion sur ce que nous sommes et où nous allons. Cela semble aussi irréversible que le réchauffement planétaire…jusqu’à ce que survienne une catastrophe…Ce qui distingue l’homme de l’animal est, dit-on, son intelligence. L’animal n’a qu’un instinct mais au moins, lui, il s’en sert; l’homme ne peut en dire autant de son intelligence…
Quel plaisir de découvrir votre blogue!Avec Lisée, Bazzo et quelques autres , vous êtes de ceux, de plus en plus rares au Québec, dont les analyses, substantielles, franches, originales, parviennent encore à me stimuler et , le cas échéant, à me faire revoir mes positions. Je partage totalement ce que vous écrivez sur le film d’Arcand. Me permettez-vous un commentaire sur votre sujet précédent: la babélisation? Je me souviens encore de l’engueulade servie à Lucien Bouchard devant les caméras de télévision par la présidente du collectif des femmes du P.Q. quand il avait évoqué le problème de la dénatalité.´´Pas question d’un retour en arrière, criait Madame.Servez-vous de l’immigration“. Et le débat s’arrêta là! Je pense que la démobilisation de bien des Québécois scolarisés en ce qui regarde la question identitaire vient de leur profonde déception devant le populisme souvent outrancier des leaders nationalistes.
J’ai de la difficulté à saisir le lien entre le film d’Arcand et les fêtes du 400e de la ville de Québec.
d’abord, vous m’ avez convaincu aller voir le film. Le fait que la critique rejette un film c’est stimulant, ca veut dire que le film n’ a pas un message a la mode, c’est tout.
Mais, la solution a notre VIE personelle, c’est pas du tout le probleme de l’ Etat. L’ Etat est suppose a proteger la vie physique de l’ individu, et d’ offrir des chances a tous. Mais la spiritualite, le sens de l’ existence, c’est pas a l’ etat (qu’ il soit federal, provincial, independant, etc en egale mesure)de le fournir.
La solution est individuelle - et il n’ y pas de recette-miracle non plus. Ca peut etre trouve dans une religion, une philosophie, une croyance etc. Il y en a des bonnes, des fausses, des mauvaises, des vraies.
Il y a du monde qui cherchent leur raison de vivre dans leur famillie, leur amours, la politique, les drogues, les sectes, les livres, dans une monde imaginaire ou reel.
Mais - un bonne signe de reconaitre la verite de notre chemin - une fois trouve,notre bonheur il devrait pas produire le malheur des autres, ni exclure d’ autre personne de notre vie. C’est inclusive et non exclusive.
Et si à la fin du film, Jean-Marc regardait la mer non pas en attendant la renaissance mais pour apprendre à apprécier le moment présent, pour finalement cesser de toujours donner un sens à sa vie par des créations de sa pensée, y compris des idéaux.
Vous noterez qu’il renvoie son amour virtuel, ultime création de sa pensée, à la mer, avant de se rapprocher d’une vie plus simple, plus exempte d’idées et d’illusions.
Et, Yo, en effet, pourquoi faudrait-il toujours qu’un party ait du sens? Je suis allé à Québec il y a deux semaines et j’y ai passé une fin de semaine des plus réjouissantes. En fait, bien que j’y aie déjà vécu, je n’avais jamais vu la ville si belle et si festive. Dommage qu’une idée fixe vous empêche de constater cette réalité.
Lorsque je vous vois tracer dans votre chronique un vague et étrange parallèle entre la sortie du Moyen-Âge et l’accession du Québec à sa souveraineté, je crains que votre idée fixe ne soit devenue une obsession. Peut-être serait-il temps de peler des pommes sans trop penser durant vos vacances.
mr. RenéP.
les eux comme vous dites sont tout aussi humain que tout bon quebecois pure laine.. ils ont leurs forces et leurs faiblesses comme toute société !
Mais chose certaine une majorité d’américain sont une coche au dessus de quebecois tel que vous qui les méprisez sans aucune raison particulière seulement parce qu’ils vivent aux États-Unis ou au Canada anglais.. et c’est un des raisons que notre société est en décadence à force de se croire les meilleurs quand ce n’est pas le cas la réalité fini par nous rattraper! .
J’ai moi aussi adoré L’âge des ténèbres… je partage le point de vue que vous énoncez, qui est celui qu’il est important, parfois, de se faire remettre en pleine face l’absurde de certains aspects de notre existence.
J’ai ri franchement (jaune, terne et découragé, ce rire, mais bon…) à plusieurs reprises.
Toutefois… j’ai été très déçu, moi, de la finale, que j’ai perçue comme voulant dire “seul le retour à la “terre” ou à la nature peut vous sauver.” Comme s’il était seulement possible de “subir” l’époque, comme si on ne pouvait pas la mater, la gérer, l’assimiler et grâce aux outils qu’elle permet de mettre à notre disposition, de s’en servir pour évoluer, plutôt que pour régresser.
Je ne crois pas que la seule façon de trouver un sens - ou de tolérer l’absence de sens - ce soit d’aller s’asseoir sur une galerie à Baie-St-Paul. Je trouve que c’est un “chignage” de Baby-boomer frustré, qui a été habitué à voir l’univers s’adapter à lui, plutôt que d’évoluer avec lui.
Bonjour M. Facal,
Tout comme Brem, j’ai du mal a m’expliquer le lien que vous faites entre le film de M. Arcand (que je n’ai pas encore vu) et le 400e de Québec (qui m’intéresse au point d’avoir consacrer une thèse sur le développement urbain de Québec en relation avec le Parc des champs de bataille). Que voulez-vous dire par le “sens” de la fête? Cette fête ne devrait-elle pas avoir un sens? Est-ce que la crainte exprimée par le gouvernement fédéral de voir ces fêtes comme une occasion d’exprimer un nationalisme québécois n’est justement pas un sens politique. C’est pourtant aussi ce qui s’est produit entre 1901 et 1908, quand le gouvernement fédéral, et surtout la monarchie représentée par Lord Grey à l’époque, a voulu que la fête en soit une avec un sens impérial. Merci de nous expliquer.
Le sens de la fête c’est exactement ce que nos petits politiciens sans envergure obnibulés par l’idéologie fédéraliste avaient pour objectif d’éluder: Je me souviens…de rien. (tel était le mandat de “Crossette” communication qui lui a valu en récompense un contrat de 75 millions pour 4 prochaines années de la part de Charest)
……….
Ce que l’on fête n’est ni le “village” de Québec ni le Canada mais bien la naissance d’un état qui allait devenir dans les bourrasques de l’histoire envers et contre tous après 13 générations qui sont ainsi trahis: L’État du Québec ! “L’état sans lequel la nation relève du folklore” (Denan). C’est exactement lui l’absent de la fête.
………..
400 e : l’habitation de Québec ou ma cabane au Canada ?
Pour se faire une idée du sens de cette fête du 400e, il faut se demander ce qui s’est passé en 1608 et qui soit en lien avec 2008. Simple, il ne s’est rien passé d’autre en 1608 que le fait que M Samuel de Champlain a érigé l’Abitation de Québec. De quoi s’agit-il ? Et en quoi sommes-nous en continuité avec cet ACTE fondateur ?
L’Abitation de Québec.
« Comme noyau du peuplement, habitation sera la résidence de celui qui y commande et de tous ceux qui y travailleront… ». Il s’agit donc d’une place (forte) ou siège le pouvoir avec mandat et capacités logistiques et techniques de faire l’occupation et la mise en exploitation du territoire. En terme géopolitique il s’agit d’un ÉTAT !
M Samuel de Champlain a donc fondé l’État du Québec. Et le fil conducteur de ces 400 ans d’histoire c’est l’édification de cet État du Québec. Le seul état où nous sommes majoritaires et sur les assises duquel nous pouvons assurer notre pérennité comme peuple français en Amérique.
Voilà ce que veulent nous faire oublier ceux qui participent au détournement de la Fête du 400e : le pouvoir de l’état canadien qui nous a annexés, allié avec ces petits marchands et notables d’une ville garnison, qui font leurs pains et leurs beurres avec les forces d’occupation. Ils veulent nous faire passer l’Habitation de Québec pour ma cabane au Canada !
Yoooo!
La fête du 400e en elle-même est un miroir de notre société Québécoise de 2008. Beaucoup de monde tente de tirer la couverte de son bord du lit politique, avec une déclaration par ci et une fête parallèle par là.
Mais le véritable succès d’une fête vient de ses organisateurs et ses visiteurs qui y vont et s’amusent, pas sur le sens qu’elle a.
Tous les commentaires et les discours ne changeront rien à ça.
Oh bien sûr ça serait encore mieux avec l’extase nationaliste que l’on vivrait devant les 400 ans de notre belle aventure commune. Mais ça, on ne peut pas le forcer.
Notre monde post-nationaliste, les jeunes de ma génération l’aiment bien, pour la plupart.
Plus qu’ils n’aiment leur communauté en tous cas.
Il ne faut pas blâmer les gens pour ça. Si on gagnait plus de batailles collectives, on s’aimerait plus. Et si on s’aimait plus, on gagnerait encore plus de batailles collectives.
Genre
Comme
Le 400e c’est le mot ”jeux” dans ”du pain et des jeux” le slogan romain du tout va bien ne vous posez pas de question. Le divertissement a remplacé le nationalisme, on voit la même chose avec la fête de la St-Jean-Baptiste, notre peuple s’éteint lentement mais sûrement. Le pire c’est que ce n’est même pas dans l’indifférence mais bien dans une certaine complaisance. Bien des Québécois apprécient cette manière individualiste de vivre où tout s’achète et tout n’est qu’apparence.
Arnold Schwartz
Pour les amoureux du francais :
Fete : Réunion informelle à laquelle prennent part plusieurs personnes, organisée dans le but de s’amuser, de se divertir et, souvent, de célébrer un événement spécial (anniversaire de naissance, Noël, etc.).
Cela etant dis :
Je crois que le fond politique, historique, philosophique de la fete du 400eme (ou autre evenement) ce doit d’etre fait avant l’evenement. Une fois celui-ci commencé, et bien fetons tout simplement, si les bonnes decisions ont etees prises durant la discussion de l’avant, la fete refletera cette reflexion sinon elle sera peut-etre vide de sens (ce que vous deplorez).
Une fois la fete commencee, et bien… fetons.. Yo full cool.
Cheers.
a Jeff
Bien sûr que les états-uniens, comme les canadians d’ailleurs, ont autant d’humanité que tout bon québécois pure-laine et qu’ils ont leurs forces et leurs faiblesses comme toutes les autres sociétés. Je ne les survalorise pas ni ne les dévalorise puisque je dis que “nous sommes des abrutis comme eux”. En disant cela, je ne m’en prends pas au simple citoyen, qu’il soit état-unien, canadian ou québécois, je vise le système capitaliste à outrance qui s’est abruti par la seule considération de l’argent:là est l’obsession du capitaliste: faire de l’argent par dessus tout et avant toute considération humanitaire. Il faut toujours grossir le capital même si pour cela on doit risquer l’avenir de la planète. A quoi va servir les centaines de milliards accumulés lorsque la planète sera bouleversée de facon irréversible au plan du climat? C’est ca l’abrutissement. A quoi sert de dominer les autres peuples de la terre au détriment de la qualité relationnelle avec ces mêmes peuples? C’est ca l’abrutissement. En ce qui nous concerne plus particulièrement, à quoi sert de s’écraser devant la volonté dominatrice du Canada si cela conduit les québécois à leur disparition? C’est ca l’abrutissement.
Notre société n’est pas meilleure que d’autres, elle est égale aux autres, chacune ayant des caractéristiques qui lui sont propres.
Bonjour à tous,
En vrac, mais surtout à Alain L.:
a) «apprécier le moment présent» ? Oui, bien sûr, à condition que tous ne le fassent pas tout le temps, sinon, pensez à ce que ça donnerait…
b) Un parallèle entre le Moyen-âge et la souveraineté ? Mais où diable avez-vous été pêché cela ? Le plus obsédé de nous deux n’est peut-être pas celui que vous croyez. Vérifiez vos pommes.
De toute façon, avez-vous remarqué, c’est toujours l’opinion de l’autre qui est une «obsession», jamais la nôtre. Tout de même curieux, quand je choisis de ne pas parler de souveraineté, d’autres m’y ramènent.
c) Faut-il que tous les partys aient un sens ? Non, mais celui-là n’est pas comme les autres. Indépendamment de ce que l’on peut penser de LA question, je trouve symptomatique (un peu triste, mais aussi amusant) de notre condition de voir les organisateurs marcher sur des oeufs et essayer de nous réconcilier tous en nous proposant de seulement nous «amuser». J’y ai été moi aussi et le show de Lepage était super…et ça n’a aucun rapport avec la question.
Et à Brem :
Le rapport entre les deux ? La difficulté à donner un sens largement partagé à ce qu’on fait. Tout simplement. Évidemment, c’était un parallèle «au second degré» comme on dit.
Et à Jean-Jacques :
Vous dites que la solution à nos angoisses existentielles n’est pas dans la politique. Vous avez parfaitement raison, mais vous prêchez à un converti.
Je faisais seulement remarquer que chez nous, chaque bibitte personnelle devient pour certains une «problématique sociale»… qui ouvre la porte à une nouvelle initiative du gouvernement sur le mode thérapeutique…pour notre plus grand bien, évidemment.
Bonjour Monsieur Facal,
“le roman, c’est un miroir que l’on promène le long d’un chemin” avait écrit Stendal
Pour expliquer une des principales raisons de la critique négative sur le film, vous écrivez “Trop noir, trop cynique, trop désespéré, avait-on dit. Cela ne pardonne pas de nos jours.” Moi, je me suis expliqué l’attitude des critiques à partir d’un autre aspect. Ils connaissent Arcand, ils savaient qu’il est un grand cinéaste. Mais ils n’ont pas accepté qu’il triche ou qu’il manque son coup. Un grand cinéaste qui triche c’est “cheap” ! Imaginez par exemple un scénario de film avec Jack Nicholson impliquant une aile psychiatrique et que le producteur ferait voir des scènes (dégueulasses à l’extrême) de la misère de vieillards devenus déments. Pourquoi pas pour impressionner l’auditoire ? Non, il existe un code implicite qui fait que le producteur sait où s’arrêter et éviter la démesure. Dans le cas d’Arcand, il n’y avait pas ce genre de scènes bien sûr, mais où le cinéaste a triché, c’est que pour montrer la “puissance” de sa créativité, pour impressionner, il a élaboré et montré des situations super sophistiquées dans le symbolique et, ce faisant, l’incidence de l’incongruence se manifesta à son insu. Voilà comment ça ne se tenait pas assez et les critiques aguérris n’ont pas aimé le truc. Je suis sûr que depuis, Arcand a compris comment il s’était enfargé. La sophistication, l’abstraction, à doser avec très grand doigté seulement diront les créateurs. Surtout que, au départ, Arcand avait choisi un thème classique, un sujet portant sur un problème avec lequel une infinité de gens sont aux prises, surtout, bien souvent, ceux-là du segment des percentiles supérieurs.
Bienheureux les pratico-pratiques, les spéculo pour leur part sont plus exposés à se réveiller à un moment donné et à faire, le cas échéant, le constat de l’échec de leur vie. Beaucoup de gens réaliseront qu’ils ont fait fausse route. Évidemment, le plus souvent, ce sera parce qu’ils auront fait de mauvais choix. Mais les plus à plaindre seront les Jean-Marc qui subissent et mettent la faute sur toutes les circonstances extérieures possibles. Combien d’entre eux sont des lâches qui préfèrent trouver toutes sortes de raisons et faire tous les compromis possibles pour endurer. Mais cette lâcheté s’explique par leurs incapacités, que ce soit parce qu’ils n’ont pas voulu mieux comprendre (apprendre) le sens de la vie et qu’ils fonctionnent comme des girouettes au gré du vent des sources d’influence, que ce soit parce ce qu’ils préféraient la rêvasserie à l’effort (activités et communications avec les enfants), que ce soit par la peur de perdre de l’argent et de souffrir dans la période de transition dans le cas d’un divorce. Toutes ces circonstances nous indiquent des personnes faibles.
Dans la vie, chaque individu est maître à bord de sa destinée. Il doit d’abord comprendre cela. C’est à lui d’agir et non attendre que les autres le fassent à sa place (surtout pas compter sur le gouvernement). Il doit avoir ses objectifs à lui et appliquer le plan d’action qui leur correspond. Il doit être responsable, aider sa famille, mais ne pas se laisser exploiter, surtout pas par ceux qui n’assument pas leurs responsabilités. Si ça ne marche pas, tout remettre en question et repartir. Comme ce comptable qui a quitté son emploi à Montréal et qui est allé mettre sur pied une petite entreprise de fabrication de fromage (genre brie) avec son frère dans une campagne. Maintenant il est plus heureux, en charge de sa vie. Dans sa vie à la campagne, je douterais qu’il soit abonné à 100 canaux de TV-satellite. C’est lui qui décide maintenant.
Whoa!!!! JC Pomerleau. Ou avez-vous apris votre histoire? Regardez-vous dans le mirroir, comme le dit M. Facal.
Monsieur Facal,
N’ayant pas vu le film L’âge des ténèbres, je ne peux en faire une critique objective. Mais votre analyse du film pique ma curiosité et m’incite à aller le voir prochainement. Je n’avais pas voulu aller le voir, non pas à cause de la critique parisienne, mais plutôt parce que j’étais convaincu que le film avait été fait dans l’unique but d’obtenir un Oscar et que cette perspective ultime avait omnibulé Arcand même si l’objectif avait déjà été atteint par Les invasions barbares. Autrement dit, un film fait sur commande. Quant au parallèle avec notre société, je suis bien d’accord avec votre analyse. Les gens ne prennent plus le temps de se regarder, de se critiquer. Ils ne font plus d’analyses et se contentent de “clips” d’information de 15 ou 20 secondes. Si les situations exigent une analyse, on change de poste, on va vers du “facile” à écouter et à voir. “Du pain et des jeux”, on ne veut plus rien savoir de ce qui devrait nous motiver le plus dans notre vie de minoritaires en Amérique. On se ferme les yeux et on attend passivement notre disparition, par manque de conscience collective. C’est triste à mourir.
(ymdelisle) Avez vous des questions claires au sujet de mon texte et de l’histoire de la genèse de notre ÉTAT. Genre à quel moment il fut annexé par un acte de guerre (combien de morts en pourcentage de la population: un sur sept). Est ce que le massacre des algonquin et hurons ont échappé au massacre génocidaire des Mohawk grâce à Champlain. Et plus tard, est ce que la Grande Paix de 1701 signé par les 32 nations indiennes leur a permis de garder leurs bases territorial ancestrale, en s’appuyant pour leur défense sur l’ÉTAT de la Nouvelle France Est ce que la désustrucration de cette État leur a été fatal à cet égard: il se sont fait passer sur le corps par la Couronne Britannique qui les a réduit dans un système d’apartheid (réserves). La relation de nation à nation avec les indiens a été rétabli par un souverainiste: René Lévesque (question pourquoi le sort des indiens est il lié a celui de l’état du Québec.). Si vous m’aviez posé ce genre de question vous auriez fait avancer le débat.
@jcpomerleau
merci de votre vision claire de l’histoire qui semble se résumer à:
Anglais = méchants
Français= bons
Iroquois=méchants
Hurons= bons
Ce qui fait qu’aujourd’hui Québécois=bons, Canadians= méchants
souverainistes=bons, amis des indiens
fédéralistes=collaborateurs et exploiteurs des indiens
Il ne vous manque que la dernière messe de Dollard des Ormeaux avec des lucioles pour chandelles et la fameuse branche qui fit retourner le baril de poudre à l’intérieur de la palissade de Long Sault.
C’est la version de l’histoire du Canada que les soeurs grises nous enseignaient à la petite école autrefois.
M. Facal,
J’ai également aimé ce dernier film d’Arcand, mais contrairement à ce vous laissez entendre, le bonheur, la paix, la sérénité n’est pas seulement dans l’acte de peler des pommes mais dans ce que individuellement nous faisons de nos pommes.
Les hommes de la Renaissance (que l’on nomme Humanistes) ne réalisaient pas qu’ils vivaient à une époque charnière, entre deux époques historiques. D’aucuns, les plus intuitifs (ex. Vasari) comme les plus instruits (entre autres : Érasme, Michel Servet, Pic de la Mirandole, Robert Étienne), s’en doutaient bien un peu… comme une perception mal définie. Seulement, ils avaient acquis cette certitude du bonheur après avoir apposés leurs regards non plus verticalement vers Dieu, comme au Moyen Âge, mais horizontalement, vers les autres. Ce fut le début des grandes expéditions, des rencontres, des connaissances, etc.
Nous sommes présentement dans une autre transition, une autre césure que les historiens de demain définiront à leur manière.
Le dernier plan de « l’Âge des Ténèbres » de Denys Arcand, se termine sur des pommes devenues tableau, création, réalisation sur lequel se déroule le générique. Arcand signe son film sur cette toile, comme pour nous dire « à vous de créer à défaut de bonheur votre sérénité », à chacun d’éplucher ses fruits ou de créer-réaliser sa toile, sa petite pièce, d’un immense puzzle.
M. Facal,
Enfin un québécois qui ne descend pas en flammes une des plus grandes oeuvres d’Arcand… Enfin quelqu’un qui a compris qu’Arcand, dans son oeuvre, du Déclin, en passant par Les Invasions Barbares jusqu’à l’Âge des ténèbres, travaille à nous mettre nous, Québécois, en face du mirroir. C’est plus facile de m’en rendre compte que pour beaucoup d’autres, car je suis un néo-québécois. Je suis allé voir le film avec une amie néo-québécoise et nous avons eu, à quelques détails près la même analyse que vous : c’est pour nous deux le plus bel opus d’Arcand. Il n’est pas le plus beau car il manque terriblement d’esthétisme : comment rendre belle une réalité si dégoûtante ? Il est le plus beau car c’est le cri le plus puissant, le miroir le moins biaisé par les besoins de la narration. Les réactions des critiques et les réactions de la plus grande part de ceux qui sont allés voir le film ont transformé ce qui était pour nous deux une impression en certitude : non seulement le film est véridique, hurlant de vérité dans ce Québec standardisé où l’on croit que tout va venir de l’état, mais pire encore, la situation est désespérée. Quand on est rendu qu’on ne veut pas se regarder dans le miroir, et que l’on critique et le miroir et celui qui le tient, comment croire à un changement possible ? Comment croire qu’on va sortir de cette vie robotisée, standardisée, où la notion d’amour ne se résume plus à celui qu’on partage, mais à celui qu’on se voue continuellement à soi-même ? Et d’ailleurs cette réflexion, n’en déplaise à certains, peut constituer une interpellation aux souverainistes : est-ce que c’est souhaitable de donner son indépendance à une société si immature, où tout sens de la réflexion sur soi-même est perdu, où tout est guidé par la fée Consommation et le lutin Standard ? C’est Standard de faire décongeler les bâtonnets de poisson comme c’est devenu standard de faire des pipes dans les sous-sols, comme de dire coool, waôôôôw et compagnie, d’avoir le rire libérateur, de vivre dans des maisons en rang identiques, si belles soient-elles, si alignées qu’elles font penser à des stabules pour moutons. Et le pauvre Jean-Marc, qui tente, plutôt mal que bien, de s’échapper de cette standardisation en essayant de retrouver dans ses rêves ce qu’il a déjà perdu en réalité : un sens critique, une personnalité, une originalité, une sensibilité.
M. Facal, que vous êtes pénible à souhait à toujours vouloir tenter d’être original, sensible et réfléchi. Nous sommes donc condamnés, hommes et femmes pénibles, à tenter de nous retrouver et échanger, isolés et perdus dans la multitudes des gens cooool et standards, à la limite de le faire sous le manteau. Sincèrement, comment trouvez-vous encore le désir de donner son indépendance à une telle société ?
J’étais avec vous Monsieur Cédric jusqu’à votre opinion sur cette « société » québécoise que vous jugez immature.
Votre assertion est difficile à comprendre, à moins que comme néo-québécois vous veniez des vieux pays européens.
Monsieur Rodrigue,
La référence aux vieux pays n’est pas utile : les critiques françaises n’ont pas compris une minute du film (quel dommage de critiquer quelque chose à laquelle on ne comprend absolument rien), n’engageons pas dans la discussion un joueur qui s’est mis lui-même sur le banc de touche.
Comment, avec ce comportement enfantin érigé en mode de vie qui veut que nous soyons tous “full cool”, “à la dernière mode”, et “avoir la dernière bébelle sortie chez Future Shop”, même quand cette attitude augmente notre endettement et nous fait ressembler tout au plus à l’identique au cent-cinquante voisins de la même rue, pouvons-nous parler de société mature? Où voyez-vous la maturité de la société québécoise pour qu’elle puisse prendre son envol sans se crasher, quand elle n’ose même plus se regarder elle-même par le miroir de ses artistes, et préfère clouer au pilori ceux-ci plutôt que de se demander un quart de dixième de seconde : “et si Arcand avait raison après tout ?” Où voyez-vous la maturité de cette société ? Un signe fondamental de maturité, je crois, est d’être capable de réflexion sur soi-même, d’avoir un esprit critique à l’égard de soi, afin de se diriger plutôt qu’être dirigé. Où voyez-vous cet esprit critique M. Rodrigue, sinon parmi les quelques empêcheurs de jouir d’être full cool que nous sommes ?
Bonjour M.Facal,
J’ai bien apprécié votre analyse, celle de Cédric et de plusieurs autres sur le film «L’Âge des ténèbres» de Denys Arcand.
J’en ai plusieurs fois entendu parler comme d’un portrait peu flatteur et très cynique de notre société individualiste et superficielle. D’un film noire et drôle…
Mais je ne l’ai pas encore vu, ayant je suppose été influencé par des critique négatives ainsi que celle des Français : « ils sont hors jeu, selon Cédric ». Je lui fais confiance, puisqu’il semble s’y connaître tellement. Je suis sérieux, là…
*
J’ai entendu à la radio de la SRC aujourd’hui, un consommateur dire le grand «bonheur» qu’il avait eu de pouvoir se procurer enfin son iPhone: « je suis sorti de la grotte (sic) » disait-il?
En effet la folie s’est emparé de Montréal comme : partout sur la planète!
Pour l’achat d’un simple bidule… On est en droit d’être estomaqué!
***
Mais comment à partir de “cet exemple” (ou autres), Cédric pourrait-il affirmer ex-cathedra que cette personne est représentative de tout un peuple, donc c’est une Nation immature?
-
Comment peut-il à partir de “l’âge des ténèbres” et de films précédants, ainsi que de la pensée que y véhicule Arcand, affirmer que ce peuple ne peut pas se gouverner?
Si j’ai bien compris, après quelques années de présence au Québec(selon ses dires) il peut….déjà…. porter un tel jugement sur ce petit peuple qui l’a accueilli si chaleureusement? C’est bien pour dire…
***
……..« Le peuple est à l’image de ceux qui regardent TVA et au mieux la SRC », (Bouchard).
Il avouait du même souffle que les intellectuels n’avaient pas fait leur travail !
C’était un peu méprisant…envers ce peuple! Mais pas un mot sur les dirigeants!
Incroyable!
Il a manqué une chance extraordinaire de faire oeuvre utile et de s’en prendre en particulier à la SRC : une télé d’État.
Il aurait dû, lui l’intellectuel, leur dire de cesser avec nos taxes de concurrencer TVA sur tous les tableaux ; et d’enfin revenir à leur mandat original et essentiel, qui faisait la force de la SRC : de nombreuses émissions d’informations sur tous les sujets ; des émissions de qualité pour enfants ; des émissions de culture ; des soirées de théatre ; etc.
Ben non! “Full cotes d’écoute” comme dirait Cédric!
***
………« Sincèrement, M.Facal, comment trouvez-vous encore le désir de donner son indépendance à une «telle» société? », Cédric.
Wouah!
Parce que selon moi, il a pris, LUI, le TEMPS (pas quelques années) d’y vivre, d’y grandir, de côtoyer, d’apprécier et certainement d’aimer ces québécois et ces québécoises.
Et je pense que son implication le confirme, non?
Il veut leur mieux être! Dénigrer c’est tellement facile, mais bâtir c’est pas donner à tous!
J’incite donc Cédric à contribuer : à venir rejoindre les Facal ; Vastel et Foglia qui contrairement à lui pensent que ce petit peuple est prêt depuis longtemps à se gouverner seul ; donc « à se diriger au lieu d’être dirigé ».
Ce qui ne pourrait qu’être positif!
Leur faites-vous confiance?
Ils sont des personnes je pense, capables de réflexion ; d’esprit critique et de maturité!
Et ils sont ici « EUX » depuis plusieurs générations! Donc…
Jean-Renaud Dubois
Sainte-Adèle,
Québec
N.B.
Excusez-moi M.Facal d’avoir répondu à cette incroyable question ; je l’ai reçu comme une énorme gifle à votre endroit, ainsi qu’envers tous les québécois.
Cher Jean-Renaud,
Avant de contribuer (si modestement, avec petitesse, dans cet humble blog) à l’avenir de notre peuple, je tiens à souligner un point important. Loin de débarquer de l’avion le mois dernier et de lancer des jugements à l’emporte-pièce comme un européen ethnocentriste qui vient de passer un mois de vacances entre motoneige et tour du stade olympique, je me définis en l’assumant pleinement (notamment sur le plan citoyen) comme Québécois. Je crains que le Québec souffre longtemps de continuer à considérer ses immigrants, même de longue date, comme une classe à part qui ne fait pas partie de son peuple, et qui donc, lorsqu’ils interviennent sur la place publique, devraient être étiquetés comme “importés”, et agissant constamment comme tels. Certes j’ai vécu mon enfance dans les vieux pays, mais cela ne m’exonère pas de réfléchir, et de partager et de soumettre à l’esprit critique de mes concitoyens québécois le fruit de cette réflexion. Marié à une Québécoise “de souche” (mon Dieu quelle expression forte de ségrégation), père d’un Québécois que je n’accepterais jamais être considéré comme un demi-Québécois car ayant du sang européen, je me définis comme Québécois, et car j’aime réfléchir, je crois être un Québécois qui réfléchis, comme tout les intervenants de ce blog. Alors SVP veuillez cesser de centrer toute interprétation de mes dires et écrits comme provenant d’un agent d’Europe venu infiltrer le Québec. Je regrette d’avoir précisé que j’étais un néo-Québécois (même de très longue date), car je vois bien que beaucoup trop des lecteurs de ce blog semblent avoir lu NÉO- sans jamais s’être attardé sur -QUÉBÉCOIS. Faut-il que j’aie honte de mes origines au point de devoir les cacher ?
Merci Jean-Renaud pour cet exemple du iPhone qui est plus que révélateur. Sur quoi je me base pour parler d’immaturité, de mon peuple à moi que j’ai, qui m’a accueilli, dont je fais partie, au sein duquel je vis, auquel je contribue, et au sein duquel tout me laisse croire que je vais mourir après une longue vie très québécoise ?
C’est très simple. Je quitte mon ordinateur, je sors du bureau, je traverse le couloir, j’ouvre la porte d’entrée, je franchis quelques mètres d’une allée encadrée de vert gazon et je regarde : des maisons à l’identique sur deux kilomètres de rue, des autos très identiques, aujourd’hui samedi de juillet, beaucoup de pères de famille vont à l’identique tondre leur gazon avec une tondeuse achetée chez “Home Dépôt” ou “Canadian Tire”. Comme la société robotisée décrite par Arcand, je vois bien que je vis dans un monde de clones sociaux (au sein duquel moi aussi j’ai une tondeuse achetée chez Canadiant Tire) guidés par, et c’était les acteurs principaux de mes écrits plus haut, la fée Consommation et le lutin Standard. Ce que j’ai constaté en Europe étant enfant, tout jeune Cégépien 150% Québécois de sang pur (puisque visiblement envers et contre tous mes efforts mes mots sortent aux yeux de tous de la bouche d’un Européen, même si je me sens Québécois) qui a voyagé un petit peu peut s’en rendre compte rapidement par lui-même : pour l’instant (je ne sais pas combien de temps ça va durer), en Europe on ne voit pas une telle standardisation de la société. On n’y voit pas vraiment non plus le monde villipender leurs artistes parce que ceux-ci auraient eu l’outrecuidance de leur présenter un miroir sous les yeux. Pourquoi je parle d’immaturité, non pas en référence à une société européenne (quelle souffrance de tout le temps clarifier) de laquelle je ne fais plus partie depuis longtemps, et donc société que je n’aie pas, qui n’est pas la mienne, et de laquelle je ne me réclame pas ? Pourquoi je parle d’immaturité, comme Québécois qui non pas compare, mais regarde si cette société à lui qu’il a et dont il se réclame, si cette société répond aux critères de la maturité. Un des critères de la maturité est je crois (et je vous invite à me convaincre du contraire) la capacité à se remettre en question, pour se diriger (pas au sens “commander”, mais se déplacer d’un point de départ connu vers une un point d’arrivée souhaité). Faut-il que cette capacité soit l’apanage des Facal, Foglia et Vastel de ce monde, et pas plutôt celui de TOUS les Québécois et pas seulement leur élite. Ce que je vois dans le miroir d’Arcand, et ce que je vois dans mon quotidien (aujourd’hui dans ma rue de clones, lundi dans ma tour à bureaux d’autres types de clones), c’est que nous sommes dirigés par la fée Consommation et le lutin Standard et que nous nous félicitons de les laisser nous diriger, car visiblement on refuse de le reconnaître et d’y remédier. On préfère plutôt s’en remettre à l’État plutôt qu’à nous-mêmes. Alors bon sang, chers concitoyens Québécois, réfutez mes dires (et non pas ma personne comme devant ne pas faire partie du “nous Québécois”) et montrez-moi à quel point M. Québécois est un être capable d’auto-analyse, indépendant d’esprit de la fée Consommation et du lutin Standard, capable d’originalité, capable d’autonomie citoyenne, c’est-à-dire à attendre davantage de son action citoyenne au quotidien que de l’État-providence, et donc capable de s’auto-gouverner de façon responsable plutôt que de donner les clés du char à quelques membres de son élite intellectuelle. Si vous saviez à quel point j’aimerais qu’on me convainque que j’ai tort, car chers concitoyens, quand nous sommes dans le même bateau et qu’on croit voir la coque prendre l’eau, on prend avec plaisir la démonstration qu’on a halluciné. Alors je repose la question : comment donner l’ndépendance à un peuple immature (peuple à moi que j’ai dont je fais partie et dont je me réclame et de nulle autre je ne saurais faire partie), ou plutôt, pourquoi ce peuple mature (et je vous en prie montrez-moi à quel point ce peuple est mature et me donne heureusement tort) n’aurait-il pas déjà pris en main sa gouvernance ? Et ne croyez-vous pas que participer à cette auto-analyse de mon peuple est une forme de contribution plutôt qu’un dénigrement facile et gratuit ?
Je suis d’accord avec ce que vous dites Cédric à quelques exceptions près. Ce que vous considérez comme de l’immaturité chez les Québécois est en fait une tendance planétaire et non une preuve d’immaturité politique.
Ce type de comportement basé, uniquement sur la consommation, n’est pas unique au Québec. Pour être plus précis j’ajouterais même que ce comportement (je désire, je veux, j‘ai besoin de.. , j’achète, je jette) est non seulement immature, pour reprendre votre expression, mais qu’il est dans sa presque totalité une caractéristique d’un certaine tranche d’âge. Regardez les deux ados de Jean-Marc, elles ont entre 12 et 15 ans tout au plus. Qu’elles acquièrent non seulement un jargon syllabique anglo-débilisant, mais une promptitude à la consommation « super », ça je peux comprendre cela dure le temps de leur âge… mais que de grands ados-adultes tripent encore sur des gadgets de plus en plus techno-ludiques, jusqu’à l’idiotie sociale… là je ne comprends plus…
Nous sommes d’une autre planète, quand nous appuyons la simplicité volontaire, la sérénité de d’éplucher ou de dessiner des pommes. À l’instar de Jean-Marc en fin de film, j’ai la chance et le bonheur d’habiter près de la mer, d’entendre les marées (qu’on dit être la respiration de dieu, je ne suis pas croyant, cependant comme des millions de Québécois, j’ai des référents religieux culturels), de cueillir des champignons sauvages et de ne parler que français. (Parce que les Anglo d’ici parlent sans difficulté le français sans que la langue leur fourche ci-devant derrière… question d’accommodement sans doute)
On repassera sur la pseudo immaturité des Québécois. Inutile de revenir sur le comment du pourquoi, du dernier referendum de 1995. Tout ou presque a été dit sur la manipulation, l’influence, le mensonge, - d’aucuns diront le vol – du vote citoyen. Peut-être n’y étiez-vous pas…
Bonjour M.Facal,
….« Faut-il que tous les partys aient un sens ? Non, mais celui-là n’est pas comme les autres. »
Il y aurait tellement à dire….sur cette manipulation!
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…… « Il exagère Arcand ? Regardez pourtant les fêtes du 400e de Québec, formidablement révélatrices du Québec d’aujourd’hui. »
Arcand a fait un portrait peu flatteur et très cynique de notre société individualiste et superficielle, selon les dires.
Je me demande par contre ce que pense Arcand sur le « Sens » que les organisateurs (Canada ; et aussi Québec) ont donné à cet anniversaire fondateur de la Nation Québécoise?
-
Pas la «fausse» de Harper-Dion (puisque non inclusive) mais la VRAIE qui inclut toutes les personnes qui vivent au Québec. Qui l’a dénoncé cet « Nation non inclusive »! Bizarre ce silence…
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Puisque Arcand a eu la volonté de nous mettre devant “notre miroir” donc de dénoncer l’individualisme Nord-Américain ainsi que le côté superficiel de notre société, je serais curieux de savoir ce qu’il pense du « SENS Superficiel » que les deux capitales ont donné à ce qui aurait dû être “un extraordinaire 400ème”?
Merci à vous, M.Facal, de l’avoir dit, vous!
P.S.
@Cédric, en mon nom(!), bienvenue sur ce blogue.
What I Learned From Henry Morgentaler
http://www.ignatiusinsight.com/features2008/colson_morgentaler_july08.asp
Cédric,
Vos questions sont extrêmement pertinentes et témoignent d’une grande lucidité (un mot honni au Québec, parlez-en à monsieur Facal). Et, pour reprendre une citation tirée du Malentendu de Camus: [… je vois qu’il me reste quelque chose à faire. Il me reste à vous désespérer.]
Et puis non! Aussi longtemps qu’il y aura des Québécois comme vous capables d’une pareille auto-analyse, tout n’est pas perdu. Souhaitons que le débat s’engage au-delà nos différentes allégeances politiques, surtout. Arcand y contribue fort bien. Quelques autres aussi, dont le propriétaire de ce blog, à qui je souhaite longue vie. À ces gens j’ajouterai René-Daniel Dubois, même si ses déclarations tonitruantes, et un peu échevelées parfois, en horripilent beaucoup. La transgression, bien qu’à une échelle aussi réduite, est encore tolérée dans la citée, ce qui nous laisse croire que tout n’est pas perdu. (Cependant, j’ai le souvenir de caricatures danoises… mais c’est un sujet plus douloureux encore et sur lequel nous reviendrons peut-être un jour.)
L’immaturité des Québécois me semble certaine, monsieur Guimont, mais c’est là le jugement d’un homme en colère qui a plongé trop longtemps dans ses classiques et qui en a gardé le goût du combat. Je rêve d’un « J’accuse » bien senti qui ferait trembler le temple de chimères que nous construisons tous ensembles. Ce rêve tient lieu d’espoir. En attendant, restons éveillés…
Je m’étonne toujours à la lecture de certains propos sur l’interprétation que l’on peut faire d’un film et de la société qui le regarde. Se regarde-t-elle vraiment?
La cruauté ne vient pas du miroir, elle vient de l’interprétention de l’image que l’on y voit.
Cruel, j’y vois de la cruauté.
La fête est pour moi une extraordinaire occasion de regarder le passé. De Champlain en passant par mon ancêtre venu en 1648 et de ses descendants. À ceux qui furent tué en 1754 par les hommes de George Washington, l’assassin-premier-président des USA…
Portrait un peu triste d’un Québec qui suit le courant mondial de la désaffection de l’humanitaire et du social. La cupidité, devenue vertue, propose la fête sans conscience.
Je n’espère plus rien. Pas à mon âge. Je laisse la jeunesse choisir le monde dans lequel elle voudra bien vivre. Avec ou sans conscience.
Je laisserai plutôt le rappel de l’appel laissé par les treize vieux résistants de la France en 2004 :
http://www.youtube.com/watch?v=XIFh5wsHgSI
Créer c’est résister, résister c’est créer.
Consommation, indifférence, grandes jasettes et petits gestes, le charcoal, le prix du gaz, la météo; le Québécois trouve le moyen de se plaindre quand quelque chose n’est pas à son goût.
Et il bosse. Il est angoissé. Il stresse! Alors il prend des pillules, des petites granules, un bain moussant et recommence à courir comme ces poules qui n’ont plus de têtes, propulsées uniquement par des influx nerveux.
Jean-Marc, dans sa baraque d’un quartier nul où aucun voisin ne se parle, imite le Québécois qui court après son bonheur dans une mauvaise direction. À la fin du film, il pèle des pommes, et il a l’air bondieument serein. SIMPLICITÉ VOLONTAIRE!
Y’a tellement de belles choses, de choses simples, pour être heureux. Ignorance, ambition, indivualisme, consommation, allez savoir ce qui gruge l’énergie des Québécois?
Salutations à M.Facal et à tous les internautes.
D’abord, toutes mes félicitations pour ce billet qui fait réfléchir. À la fois songé et au goût du jour; léger dans ce cas-ci. Du grand Facal!
J’ai défendu becs et ongles la vision du Québec que nous présente Arcand dans son “Âge des ténèbres”. Elle est beaucoup plus proche de la réalité que les critiques l’ont laissée entendre. Le rapport Montmarquette semble être une excellente avenue à explorer pour contourner le gouffre que nous prédit le film.
Malheureusement, les conclusions dudit rapport ne sont pas électoralement rentables, mais à chaque jour, un peu plus de Québécois déchantent. Une sorte de constat tacite s’installe doucement dans la tête des Québécois. Un laxisme collectif en quelque sorte, comme lorsqu’on refuse de se lever le matin, en tapotant compulsivement le bouton “Snooze” du réveil. À ce sujet, votre dernière lettre, dans “Qui a raison?”, s’emploie à échafauder certaines pistes de solutions très intéressantes.
Vous parliez d’un miroir dans votre mot? Et bien voici un petit exercice impliquant un miroir. Je vous renvoie à la page 186 de votre dernier livre et je vous propose d’y relire le deuxième paragraphe. Immédiatement après, allez observer un miroir et observez ce que vous y voyez.
Nous sommes plus que vous croyez à attendre ce jour. En l’attendant toutefois, je vous dis à la prochaine fois.
-Jason, 19 ans, Québec
Bonjour Monsieur Facal,
Avec la difficulté à nous entendre sur la définition du “québécois”, nous négligons d’approfondir les changements qui s’opèrent dans la société québécoise et, ainsi, notre connaissance de la mentalité des québécois et de leurs valeurs devient moins juste. Peut-être que nous concluons trop rapidement à l’immaturité parce que nous court-circuitons le processus d’analyse.
Notre façon de décrire les québécois demande que nous tracions un portrait différent aujourd’hui par rapport au temps de la période où Pierre Bourgault a fondé le R.I.N dans les années ‘60. Quand les grands chantres nationalistes s’expriment sur le sujet, je trouve que le contenu de leur propos devient plus lourd à analyser, c’est devenu plus difficile à expliquer. D’ailleurs, c’est peut-être pour cette raison que leurs interventions deviennent plus espacées selon moi.
Quand je regarde des reportages à la TV sur les hommes politiques situés dans le temps de la révolution tranquille, et que je m’arrête sur les individus (la foule) captés par la caméra, je sens que ça a beaucoup changé depuis. Les changements sont indéniables. Notre société est confrontée à une autre réalité que celles des années ‘60. Le comportement du québécois est en changement constant. La toile de fond qui supporte la mentalité et les valeurs des québécois poursuit son déploiement un peu comme une fractale. L’humain s’adapte en fonction de son environnement et des connaissances qu’il acquiert. Nous pouvons dire que dans ses connaissances et son environnement se trouvent ce que l’on pourrait appeler les sources d’influence. Les changements chez le québécois nous aident à suspecter les sources d’influence qui agissent un peu comme des pôles d’attraction.
Pour supporter mon idée au sujet du changement, je mentionnerai ces phénomènes relativement nouveaux et ne m’en voulez pas si je me suis abstenu d’effectuer une recherche plus poussée:
la vie familiale (moins d’enfants, monoparentale, famille reconstituée), la vie de famille (la distanciation des membres de la famille, les fêtes comme au jour de l’An ailleurs qu’à la maison, la prépondérance de la présence des diffuseurs d’information que sont la TV et internet, l’arrivée de l’enfant-roi), la criminalité (drogue, Norbourg, gang de rue, la commission Gomery), social (itinérance, supersexualisation chez les jeunes, décrochage scolaire, valeurs morales chambardées dont la baisse de pratique religieuse). Finalement, insistons sur l’emprise du mercantilisme qui finance la TV et internet. En effet, avec le nouveau mode de vie gravitant autour de la TV dans les foyers, les corporations de ces media dépandent de leurs commanditaires pour le financement alors ils poursuivent leurs recherches dans le développement du contôle de l’auditoire (vous connaissez BBM) et le grand objectif est de favoriser leur emprise sur l’individu et le programmer, c’est-à-dire lui apprendre comment il doit vivre (comme l’importance de devenir plus belle (cosmétiques, vêtements), comment faire une vie plus agréable (rénover sa maison, faire des voyages, boire du vin, changer d’auto). Suite à leurs efforts, beaucoup de progrès se fait pour améliorer l’interface entre la pensée de la personne et le message du diffuseur. Les écrans “plein mur” ont permis des pas de géant de ce côté-là !!!
Oui, le québécois en a fait du chemin depuis le temps du R.I.N. Ceux qui, aujourd’hui, s’en tiennent aux particularités du paradygme d’alors font joliment fausse route !!! Notre compréhension de cette évolution se fait difficilement, entre autres, à cause de notre manque de vocabulaire pour nous exprimer. Nous ne faisons pas assez d’efforts pour analyser et définir ce qui doit l’être et attribuer les noms qu’il faut. Ce manque de motivation est relié au fait que l’on ne réalise pas suffisamment ou que l’on ne veut pas admettre que la situation a changé. Conclure que le québécois est immature, c’est la preuve qu’on passe à côté de l’étude qui devrait être faite. Prenez par exemple le projet extraordinaire dont on entend parler ces jours-ci et qui nous réjouit tant, ce projet de Bombardier. Comment pourrait-on en parler si nous n’employions pas son nom : “Series C” ? Un autre bon exemple, c’est naissance d’un nouveau territoire suite à la création de son nom: le 450.
Dans la nature le vide n’existe pas; le vide est le néant. En général, l’esprit de l’homme ne poursuivra pas sa recherche de réponse s’il tombe sur une explication qui remplit le vide. Par exemple, pendant longtemps on a cru que la terre était plate et que le soleil oscillait d’un bout à l’autre. C’est d’avoir une explication qui est important. La rumeur joue ce rôle. Elle tiendra tant qu’elle ne sera pas remplacée par une autre explication. Combien de gens pensent que les anglos haissent les canadiens français ! Beaucoup de souverainistes alimentent cette rumeur. Dire que le québécois est immature, c’est le même principe de rumeur qu’on applique.
Trouver le bon nom n’est pas toujours facile, exemple: québécois de souche ou canadien-français etc, ou encore nation, pays, ou encore séparation, sécession, souveraineté. Mais si nous ne parvenons pas à définir les nouveaux phénomènes, nous ne pourrons jamais sortir des fausses perceptions, des ambiguités et cette confusion contribuera à embêter ceux qui essaient de nous expliquer la situation. Dire que le québécois n’est pas mature, c’est trop simpliste. C’est comme l’étudiant qui aurait à s’exprimer sur la guerre de sécession aux USA et qui dirait “le monde est sans amour”.
Le québécois a beaucoup changé depuis le temps du R.I.N. et quand j’entends les “chantres” populaires qui s’expriment, aujourd’hui, sur notre société, j’ai l’impression que ceux-ci ré-éditent des formulations du temps des années ‘60 (excepté Legault qui parle de péréquation). Eux, je les comprend dans le fond. Le politicien (leur cour incluse) recherche son profit sous la bannière d’un parti souverainiste (n’est-il pas le plus supposément nationaliste?). Et il sait que sa meilleure tactique est de projeter (miroir) au québécois l’image du québécois qu’il aime. Mais, il semblerait, que de plus en plus, les québécois distinguent mieux la réalité et en arrivent de plus en plus à des attentes plus matures.