L’«assimilation»
30 juillet 2008 par Joseph Facal
Malgré que je sois en vacances, je mets ce billet en ligne après avoir été interpellé poliment par André Pratte dans un de ses éditoriaux. Vous allez comprendre.
Ma chronique sur nos cousins français m’a en effet valu de nombreuses réactions, et pas seulement sur ce blogue.
Je défendais, rappelez-vous, la décision d’un tribunal français de refuser la citoyenneté à une jeune Marocaine qui, à la demande de son mari, s’est mise à porter le voile islamique intégral une fois établie en France.
Dans un curieux texte où il est aussi question d’homosexualité et de kirpan, l’éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte, déplore la décision française. Il espère qu’elle ne fera pas d’émules «dans une société libérale comme le Québec», et s’étonne aussi que je salue un jugement qui prononce le mot «assimilation».
Diantre ! Voici que nous apprenons que la France, patrie de Voltaire, des droits de l’homme et de la révolution de 1789, serait devenue moins «libérale» qu’une monarchie constitutionnelle comme le Canada.
Il ne faut pas, ajoute-t-il, qu’une majorité «impose» ses valeurs à une minorité. Visiblement, il n’a pas compris l’essence du jugement.
Personne n’interdit à la jeune femme de s’habiller comme l’exige son mari. Mais si elle refuse de signer le contrat moral qu’implique la citoyenneté, elle ne peut alors jouir des avantages qui en découlent. Cela s’appelle : assumer les conséquences de ses choix.
André Pratte dit préférer l’«intégration» à l’«assimilation». C’est ce qu’on appelle jouer sur les mots.
Dans le jugement français, le mot «assimilation» n’est pas utilisé dans le sens qu’on lui donnait au XIX siècle, du temps de Lord Durham. Il est entendu dans le sens de l’abandon, non pas de toutes vos pratiques culturelles distinctives, mais de celles qui sont les plus incompatibles avec celles de la majorité.
Le Petit Robert (1988, page 115) présente d’ailleurs «assimilation» et «intégration» comme des synonymes.
André Pratte reprend aussi l’argument éculé selon lequel ce jugement maintient cette femme dans l’isolement. C’est refuser de voir la logique expansionniste de l’intégrisme islamiste.
Plus il y aura des femmes en burqa qui seront socialement «acceptées», plus les pressions seront fortes sur les femmes musulmanes qui le refusent pour qu’elles rentrent dans le rang. La plus belle illustration des visées politiques derrière la burqa est que la jeune femme ne s’est mise à la porter qu’une fois arrivée en France.
Et les juifs hassidiques, qui ne s’intègrent pas davantage ?, demande André Pratte.
La différence saute pourtant aux yeux. Le judaïsme orthodoxe n’est pas une idéologie prônant l’imposition progressive aux autres de son dogme. L’islamisme radical, lui, s’est donné pour projet de nous convertir tous, à coups d’attentats terroristes s’il le faut.
Mon ami Pratte déplore que les autorités françaises aient enquêté sur la jeune femme avant de statuer sur sa requête. Ignore-t-il que, chez nous, la CSST peut faire pareil avant de déterminer si vous avez droit à des prestations d’invalidité, ce qui est tout de même plus anodin qu’une citoyenneté accordée pour la vie ?
La burqa demeure marginale chez nous, dit André Pratte. Vrai, mais elle l’était aussi jadis en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, et voyez où en sont aujourd’hui ces pays qui n’ont pas su faire la part des choses quand il le fallait.
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P.S Je ferme cependant les commentaires pour cause de vacances. Je sens qu’on reprendra ce débat de toute façon, non ?
