Articles
Commentaires

Dans la course à la direction du Parti Québécois, c’est le débat de ce soir à Québec, qui portera sur la souveraineté, qui est le plus attendu par les militants et les journalistes. Mais ce ne sera pas tout à fait Pink Floyd au Stade olympique.

Sur le fond des choses, la seule divergence importante oppose les candidats qui pensent qu’il faut s’engager à tenir un référendum coûte que coûte, et qui peuvent se permettre de le dire parce qu’ils n’ont aucune chance de gagner, et ceux qui devront vivre avec les conséquences de ce qu’ils auront dit. Pour que le débat décolle vraiment, il aurait aussi fallu que les candidats osent s’écarter du programme qui vient d’être adopté au dernier congrès. Mais ils craignent tous que des militants très susceptibles y voient un affront impardonnable. A la fin du débat, les commentateurs vous parleront donc du ton et l’allure d’un tel ou d’une telle, comme à Star Académie.

André Boisclair cherchera surtout à ne pas s’«auto-pelure-de-bananiser» comme disait Jacques Parizeau. Il voudra rassurer ceux qui trouvent ses convictions souverainistes trop tièdes, mais sans commettre la stupidité de s’enfermer dans un calendrier. Pauline Marois sera égale à elle-même : responsable, lucide et compétente. Mais on va encore dire qu’elle avait l’air trop comme ceci ou pas assez comme cela. L’ex-députée bloquiste Suzanne Tremblay, à qui je prêtais du jugement, lui reprochait l’autre jour d’avoir trop maigri. Nous en sommes là.

Jean-Claude St-André accusera encore André et Pauline de haute trahison. Mais les piqûres de maringouin n’ont jamais tué personne. Richard Legendre et Louis Bernard poursuivront leur duel pour voir lequel des deux tiendra son référendum le plus vite. À lui seul, Ghislain Lebel garantit que nous passerons une soirée divertissante. Cet homme a plus d’humour que les trois quarts des humoristes minables qui encombrent nos scènes. Les trois autres devront travailler fort pour se tailler un espace.

Le sourire de Stéphane

Certains candidats nous proposeront leur version de ce que devrait être la question du prochain référendum. Elle sera évidemment courte pour plaire à des militants pour qui vous êtes suspect si vous êtes nuancé. Ils renforceront donc eux-mêmes, exactement comme l’avait prévu Stéphane Dion avec sa loi sur la clarté, le mythe selon lequel la question du référendum de 1995 n’était pas assez claire. Pourtant, même Jean Chrétien avait l’air de l’avoir comprise à l’époque, quand il avait solennellement averti les Québécois que leur choix serait sans appel : partir ou rester.

Je vois d’ici Stéphane Dion qui rigole. En se radicalisant, le Parti Québécois éloigne de lui les nationalistes modérés dont il a besoin pour franchir nettement le cap des cinquante pour cent. Mais il faut dire que les sondages actuels, qui sont gonflés aux stéroïdes, font rêver les militants et les éloignent du réel. Le pragmatisme reviendra au moment des élections.

Il était savoureux d’entendre Bernard Landry, quand il s’est modestement autoproclamé  le meilleur de tous, qualifier d’«imposture» toute prudence tactique, alors qu’il avait lui-même pris soin de se préserver une marge de manœuvre qu’il avait baptisée l’«assurance morale de gagner». Quant aux Québécois qui voudraient savoir comment le PQ entend gouverner d’ici au Grand Soir, ce sont évidemment des simples d’esprit qui n’ont pas encore trouvé le divin chemin.

Un jour, il faudra pourtant expliquer aux Québécois que les peuples qui aspirent sérieusement à l’indépendance acceptent de faire des sacrifices et de se retrousser les manches. Il faut mordre dans l’avenir plutôt que de japper et de sortir son drapeau une fois par année. Les vrais chefs, eux, doivent savoir parler le langage du courage et de la grandeur.  Au fond, le pire ennemi de la souveraineté est en nous : dans le doux ronronnement de nos confortables vies.