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Au moment d’écrire ces lignes, on ne connaît pas l’identité de tous ceux et celles qui seront candidats à la direction du Parti Québécois. Mais il est clair qu’il n’y aura pas cette fois de Lucien Bouchard sur les rangs. Le prochain chef sera une femme ou un homme grandeur nature avec ses qualités et ses défauts.

On peut à bon droit se désoler de la difficulté croissante à attirer en politique des personnalités exceptionnelles, qui préfèrent aujourd’hui se réaliser dans le monde des affaires, des arts ou de la science. De plus en plus, les postes de leadership en politique seront réservés à des gens qui n’auront fait que cela dans leur vie. Mais on peut aussi  voir comme un signe de maturité et de confiance des Québécois en eux-mêmes que les rênes du gouvernement  puissent être confiées à une personne qui ne portera pas sur ses seules épaules le destin entier du Québec.

Les priorités du prochain chef du Parti Québécois crèvent les yeux. S’il ne veut pas rapidement être débordé par ses propres troupes, il devra démontrer sa détermination absolue à faire du Québec un pays le plus tôt possible. Il devra aussi refaire l’unité du parti, proposer des idées claires, augmenter le nombre de membres, solidifier l’organisation et assainir les finances du parti. Il faudra aussi une discipline de fer pour vaincre des libéraux qui auront sans doute remplacé Jean Charest par Philippe Couillard.

Les souverainistes ont raison de penser que le pays du Québec est à portée de main s’ils expliquent avec des mots simples ce que la souveraineté permettrait de changer concrètement dans nos vies. Mais il n’y aura pas de raccourci pour y parvenir. Les Québécois n’accepteront rien qui ne soit irréprochable au plan démocratique. Tous ces scénarios qui évoquent des gestes de rupture avec l’ordre constitutionnel avant même d’en avoir obtenu le mandat lors d’un référendum sont inacceptables. Quand on se radicalise, on se marginalise, et on repousse ceux dont on a besoin pour construire une majorité.

Le Parti Québécois doit aussi comprendre que le Québec a changé. Le Québec de la Révolution tranquille s’est construit autour de trois idées fortes : les francophones devaient reprendre le contrôle de leur économie, la langue française était menacée, et il fallait se doter d’un État fort pour progresser collectivement. Il faut rester vigilants, mais les progrès accomplis justifient une attitude plus ouverte et confiante, moins crispée.

Le Parti Québécois s’est toujours défini comme un parti de centre-gauche, et c’est très bien ainsi. Mais il y a un monde de différence entre une gauche responsable et un gauchisme stérile. La première encourage les entrepreneurs. La deuxième les voit comme un mal nécessaire. La première considère que des finances publiques saines sont le fondement d’une vraie solidarité sociale. La deuxième considère que le déficit zéro fut une dérive néo-libérale. La première pense qu’il faut outiller les gens pour les rendre autonomes. La deuxième ne voit rien d’anormal à ce qu’ils restent dépendants de l’État pendant une vie entière.

Mais surtout, le prochain chef devra débarrasser le parti de cette image d’arrogance intellectuelle qui lui colle à la peau. C’est au Parti Québécois d’aller à la rencontre du peuple et de partir de ses préoccupations, plutôt que de se désoler qu’il n’ait pas encore vu la lumière qu’il leur propose.