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Hydro-Québec

Critiquer Hydro-Québec est un sport national chez nous. Les hausses de tarifs au niveau de l’inflation qu’elle demande sont cependant très raisonnables. De 1998 à 2003, les tarifs ont été gelés. Comme tout le reste ou presque a augmenté, le prix  que nous payons  pour notre électricité a baissé en réalité de 12%.

À l’époque où Hydro-Québec avait des surplus qui lui sortaient par les oreilles, de 1980 à 2000 à peu près, il était compréhensible de vendre l’électricité bon marché. Mais notre consommation d’énergie a énormément augmenté au moment même où Hydro-Québec ralentissait la construction de nouveaux barrages. Qui a oublié le fiasco de Grande-Baleine ? Résultat : l’abondance est aujourd’hui chose du passé et nous devons apprendre à gérer plus prudemment cette précieuse ressource.

Hydro-Québec pourra aussi de moins en moins compter sur l’argent facile des exportations aux Etats-Unis. Les barrages qu’on peut construire sur les rivières encore inexploitées coûteront de plus en plus cher. Ils produiront donc une électricité qui coûtera à Hydro-Québec à peu près le même prix que celui facturé aux Américains.

Le gouvernement a trois bonnes raisons de permettre à Hydro-Québec de hausser ses tarifs. Les profits retournent dans les coffres de l’État, qui en a bien besoin pour payer nos hôpitaux, nos écoles et nos routes. Il faut aussi financer le coût des chantiers futurs pour satisfaire notre appétit énergétique. Finalement, moins c’est cher et plus on consomme, et vice versa. En augmentant les tarifs, on encourage les économies d’énergie.

Le Québec n’est pas non plus une île au milieu de l’océan. À Toronto, les tarifs ont augmenté en 2004 de 4 à 14% selon le type de clientèle. Ils ont augmenté de 5% au Manitoba et de 4,85% en Colombie-Britannique.

L’important, c’est que la hausse ne soit pas la même pour tous. Plus on paie cher, moins la hausse devra être forte. Moins on paie, plus il faudra augmenter. À 9 cents le kilowattheure, les petits commerces sont ceux qui paient le plus cher à l’heure actuelle. Puis viennent les gens comme vous et moi qui chauffons nos maisons à 6 cents le kilowattheure. À 3,8 cents le kilowattheure, ce sont les grandes entreprises qui paient le moins cher, en plus d’être les plus grosses consommatrices.

Pourquoi de tels écarts ? L’idée, c’est bien sûr d’attirer ici des entreprises avec nos bas tarifs pour qu’elles créent des emplois et de la richesse. En pratique, il faudrait voir au cas par cas si le jeu en vaut la chandelle. Abitibi Consol, par exemple, a pressé le citron au maximum avant de fermer quand ce ne fut plus assez rentable à son goût.

Le gouvernement a aussi bien fait d’annuler le contrat qui prévoyait approvisionner en électricité la multinationale Alcoa à un prix qui équivalait à une subvention annuelle de 150 millions $ pendant 25 ans en échange… de 250 emplois. C’est peut-être la seule bonne chose faite jusqu’à maintenant par le gouvernement Charest.

Supposons un instant qu’Hydro-Québec appliquait les tarifs en vigueur en Ontario. Elle augmenterait alors ses profits de quatre milliards par année. Le gouvernement pourrait  mieux financer la santé et l’éducation, commencer à rembourser la dette comme en Alberta, subventionner le chauffage et l’électricité des vrais pauvres, et encourager les petites entreprises qui sont les principales créatrices d’emploi au Québec.

Je rêve évidemment. Mais la vraie question est là : voulons-nous continuer à payer des tarifs ridiculement bas alors que nos écoles, nos hôpitaux et nos routes tirent le diable par la queue, ou allons-nous regarder plus loin que le bout de notre nez et faire de nos rivières un levier de développement dont profitera toute la collectivité ? C’est l’un ou l’autre, mais pas les deux.