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Gueule de bois

Inquiets, certains péquistes commençaient à trouver bien verte l’herbe sous les pieds de Québec solidaire. Depuis les élections partielles de lundi, on voit que plus on s’éloigne de l’UQAM et du Plateau Mont-Royal, plus c’est une terre de roches stérile qui attend l’extrême-gauche québécoise.

Éclatantes et sans discussion, les victoires péquistes dans Pointe-aux-Trembles et Taillon étaient néanmoins prévisibles. Les vrais faits saillants, c’est l’absence d’embellie pour Jean Charest malgré des derniers mois moins mauvais que d’habitude, mais surtout les scores minables faits par Québec solidaire. Après ce début de rêve que furent les 22% recueillis dans Sainte-Marie-Saint-Jacques, c’est la gueule de bois et la vaisselle sale après le party de la veille pour la go-gauche.

Toutes les conditions étaient pourtant réunies pour bien faire : des élections sans enjeu réel, dans lesquelles on peut concentrer ses ressources et choisir avec soin ses candidats au lieu de diluer ses forces dans l’ensemble du Québec, et une couverture médiatique complaisante et gratuite depuis des mois, sans commune mesure avec l’importance réelle de cette formation. Mais on n’a pas entendu une seule idée neuve de la part de Québec solidaire qui dit vouloir faire de la politique autrement. Quant à la très discrète candidate dans Pointe-aux-Trembles, elle avait l’air de quelqu’un qui s’en allait cueillir des fraises plutôt que se chercher un siège au Parlement.

Il y a des choses qui ne s’inventent pas : l’un des deux chefs de Québec solidaire, Amir Khadir, avait dit que Pointe-aux-Trembles ressemblait au Saguenay et était un «test» pour sa formation. Visiblement, monsieur Khadir connaît le Saguenay comme je connais le Bangladesh. Il y a quelques mois, il n’excluait pas un complot américain derrière les attentats du 11 septembre. Cet homme a un don pour le comique involontaire. Une autre militante du parti, Ginette Lewis, avait appuyé sans réserves ni nuances le Hezbollah. Françoise David est en train de découvrir que diriger un parti politique, ce n’est pas la même chose qu’organiser la Marche des femmes.

On dit parfois que des gens ou des idées gagnent à être connus. Dans le cas de Québec solidaire, c’est le contraire qui semble vrai. Ce qui se présentait comme un renouveau n’est pour l’instant que le ramassis réchauffé de toutes les vieilles lubies du gauchisme moralisateur : anticapitalisme primaire, antiaméricanisme virulent et glorification de toutes les minorités qui s’autoproclament victimes du système. Si la révolution prolétarienne n’a pas eu lieu, c’est que le peuple, voyez-vous, est aliéné par l’idéologie bourgeoise et ses agents. Il faudra donc le soigner malgré lui à coups de thérapie progressiste et de rééducation autoritaire.

Rien de nouveau

Mais faut-il s’en étonner ? Québec solidaire, après tout, est né de la fusion d’Option citoyenne et de l’Union des forces progressistes, dont faisaient partie les trotskistes de Socialisme international et les marxistes-léninistes du Parti communiste du Québec. Être marxiste-léniniste à vingt ans est une fantaisie sans conséquence : l’être passé la trentaine est franchement inquiétant.

Si Québec solidaire retrouve progressivement le niveau d’appui traditionnel de l’extrême-gauche québécoise, qui est lilliputien, ce n’est pas parce que ses idées ne sont pas connues. C’est parce que le bon sens n’a pas encore déserté la majorité des Québécois, qui sent bien que le projet politique que propose Québec solidaire, qui est tout sauf un renouveau, c’est celui qui n’a provoqué que misère, stagnation et recul des libertés partout où il a été implanté.

Non, tout profit n’est pas sale. Non, la mondialisation n’est pas qu’une catastrophe. Non, la délinquance n’est pas que le produit d’une enfance malheureuse. Non, ce n’est pas être borné que de trouver préférable d’élever ses enfants dans une famille biparentale et hétérosexuelle. Non, encourager le talent n’est pas nécessairement de l’élitisme. Entre la gauche réaliste et responsable et le gauchisme dogmatique et sectaire, il y a une différence de nature et non de degré.