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L’idée derrière la création de l’assurance-maladie universelle était de faire en sorte que l’État paie pour l’ensemble des soins de base. Nous n’y arrivons plus, et ce n’est la faute de personne.

On ne peut rien contre le vieillissement de la population, l’apparition de nouvelles maladies, l’invention de nouveaux médicaments, et le remplacement périodique des équipements. C’est une fumisterie de faire croire qu’en serrant la vis aux médecins et aux compagnies pharmaceutiques, ou en gérant autrement, nous réglerions nos problèmes.

Dans le système actuel, trois options s’offrent à nous. On peut dépenser toujours plus, s’endetter davantage et refiler la facture aux jeunes. Bel héritage. On peut taxer davantage, mais qui au juste ? Il y a très peu de riches au Québec, et nous ne faisons plus assez d’enfants qui paieront des taxes quand ils seront grands. La troisième solution est celle que nous avons choisie jusqu’à maintenant : couper ailleurs, c’est-à-dire financer la santé sur le dos des écoles, des routes, de la culture et du reste. Quand nous aurons  transformé tout le Québec en un vaste hôpital, nous pourrons dire : mission accomplie.

Nos problèmes sont-ils des problèmes d’argent ? Oui et non. Si de l’argent tombait du ciel, cela aiderait bien sûr. Mais les Français et les Suédois dépensent moins d’argent que nous et sont en meilleure santé. Les États-Unis sont le pays qui dépense le plus pour la santé, et on en voit l’élégant résultat sur les plages américaines. Notre système est aussi terriblement rigide, pris en otage par des groupes d’intérêt et inadapté à la montée de maladies chroniques. Et nos gouvernements ont peur des conséquences politiques de prendre le taureau par les cornes.

Les réformes en cours sont bien intentionnées. Mais elles sont insuffisantes et limitées par une absurde loi fédérale. Comme l’argent requis ne peut plus venir de l’État québécois qui n’a plus un sou et que nous laissons Ottawa nous tondre, il devra venir de ceux qui en ont les moyens. Il faut donc permettre à ceux qui le veulent d’acheter des assurances privées qui couvriront des soins de base, qui seraient données dans des cliniques privées encadrées par l’État.

De toute façon, ces cliniques privées poussent déjà autour de nous comme des champignons, mais nous faisons semblant de ne pas les voir. Est-il logique de pouvoir payer de votre poche pour une vasectomie, mais pas pour un cancer de la prostate ? Scandaleuse médecine à deux vitesses ? C’est pourtant ce qui se passe partout en Europe. Leurs hôpitaux publics sont-ils moins bons que les nôtres ? Allez-y et vous m’en reparlerez.

Évidemment, cela ne suffira pas. Il faut aussi mettre de l’argent de côté pour le futur, accepter plus de médecins étrangers, faire davantage de prévention, et ainsi de suite.  Le problème au Québec, c’est qu’à chaque fois que vous évoquez le privé, les gens pensent aux États-Unis, qui sont exactement ce qu’il ne faut pas faire.

Je soupçonne aussi beaucoup de dénonciateurs du secteur privé, qui crient du haut de leurs rideaux mais n’ont rien de mieux à proposer, de joyeusement profiter des assurances privées qu’ils financent conjointement avec leur employeur. Faut-il s’étonner ensuite du cynisme des gens quand ils entendent tant de discours aussi déconnectés de la  réalité autour d’eux ?