Faut-il davantage de privé dans la santé?
22 juin 2005 par Joseph Facal
Quand un camp déchire sa chemise et que l’autre parle d’une victoire historique, la vérité est habituellement à mi-chemin. C’est le cas du récent jugement de la Cour suprême qui lève l’interdiction de pouvoir prendre une assurance privée pour se faire rembourser des soins déjà couverts par le régime public d’assurance-maladie.
Les juges majoritaires soutiennent que le droit à la vie et à l’intégrité de la personne est mis en cause par des délais d’attente devenus excessifs, et que rien ne permet de conclure que l’interdiction des assurances privées est nécessaire pour protéger l’intégrité du régime public. Bref, c’est le système actuel qui ne fournit plus les services que les gens ont le droit de recevoir. Il faut donc renverser le fardeau de la preuve : c’est aux tenants du statu quo de nous dire ce qu’ils proposent pour solutionner nos problèmes.
Impossible statu quo
Dans le cadre actuel, deux options seulement s’offrent à nous. La première option, c’est de taxer et de s’endetter davantage. Mais les milliards qu’on engloutit dans le système ne semblent pas améliorer la situation. Et puis taxer qui au juste, quand on sait qu’il y aura de moins en moins de travailleurs ? L’autre option, c’est de continuer à financer la santé en coupant dans les écoles, les garderies, les routes, la culture et tout le reste. À quoi ressemblera ce Québec ?
Si vous dites à un Suédois, un Allemand ou un Français que nos lois interdisent les assurances privées, il ne vous croira pas. Le Canada, en effet, n’est pas la norme, mais l’exception. Aucun autre pays en Occident n’est aussi fermé à la médecine privée. Dans ces autres pays, qui ne sont pas des sociétés néo-libérales, personne ne grimpe aux rideaux en évoquant la médecine à deux vitesses. Mais au Québec, quand on évoque le privé, il s’en trouve toujours pour brandir l’épouvantail américain que personne ici ne réclame.
Pas de miracle
Le recours aux assurances privées n’est évidemment pas une solution miracle. Elles ont permis de réduire les délais en Australie, mais pas en Irlande. Les résultats intéressants obtenus par l’Espagne et la Grande-Bretagne semblent s’expliquer surtout par une combinaison de mesures.
Si d’autres sociétés peuvent faire coexister deux systèmes, c’est aussi parce qu’elles n’ont pas les problèmes de pénurie de médecins et d’infirmières qu’éprouve le Québec. Les compagnies d’assurance ne voudront sûrement pas non plus couvrir le coût des maladies les plus onéreuses, à moins de charger des primes exorbitantes que seuls les plus riches pourront se payer. On ne peut donc, du jour au lendemain, simplement copier ce qui se fait ailleurs.
Mais dans la vraie vie, un quart de nos dépenses réelles de santé vient déjà directement de nos poches ou est assumé par nos assurances privées de groupe. Les très riches vont déjà se faire soigner aux États-Unis. En toute logique, les détracteurs de toute forme d’ouverture vers le secteur privé devraient se passer des assurances privées qu’ils financent conjointement avec leur employeur. Comment justifier sérieusement qu’un individu puisse payer pour une vasectomie, mais pas pour une opération de la prostate ? Mais il faudrait surtout que les arguments raisonnés remplacent les procès d’intention, et que le Québec tout entier commence par respirer par le nez.
