Articles
Commentaires

C’est à Daniel Johnson père que nous devons le célèbre : quand je me regarde, je me désole, mais quand je me compare, je me console. C’est exactement comme cela qu’il faut voir le partage de la richesse au Québec.

Les programmes sociaux et les mesures fiscales pour redistribuer la richesse sont loin d’être parfaits. Mais ils ont donné d’incontestables résultats : les écarts entre les riches et les pauvres sont beaucoup moins forts au Canada qu’aux États-Unis.

Savoir si on a raison ou pas de se donner cette peine est une question de philosophie, pas d’économie : vous y serez plutôt opposé si vous pensez que les gens doivent se débrouiller seuls, et vous y serez plutôt favorable si vous pensez que les gens doivent  s’entraider. La plupart des gens sont  surtout allergiques aux exagérations dans un sens ou dans l’autre.

Si on regarde les revenus avant impôts et qu’on ne tient pas compte des programmes sociaux et du coût de la vie, l’écart entre les riches et les pauvres est le même au Québec que dans le reste du Canada. Mais au Québec, les riches paient plus d’impôts qu’ailleurs au Canada, et plus de gens ici ne paient aucun impôt. Le Québec offre aussi des garderies à tarif réduit, une assurance médicaments, des tarifs d’électricité ridicules, des frais de scolarité encore plus ridicules, des loyers très bas, et ainsi de suite.

Quand on refait les calculs en  tenant compte de tous ces facteurs, les écarts entre riches et pauvres sont un peu plus faibles au Québec que dans le reste du Canada. Autrement dit, ce n’est jamais drôle d’être pauvre, mais mieux vaut l’être au Québec que dans le reste du Canada, et surtout qu’aux États-Unis.

Le Québec accorde cependant beaucoup de temps d’antenne à des militants professionnels, souvent issus de l’extrême gauche des années 1970, qui en veulent à tous les riches d’être riches, même s’ils ne l’admettront jamais. Pour eux, ceux qui paient des impôts n’en feront jamais assez pour les pauvres. Rien de moins que l’égalité absolue ne les contentera vraiment, et ils n’acceptent que parce qu’ils n’ont pas le choix que le talent, l’énergie et l’ambition creusent des écarts. L’entreprise privée est au mieux tolérée, mais ne saurait être encouragée.

Si on veut que chaque pointe de tourtière soit plus grosse, il faudra pourtant grossir la tourtière. Si on en demande trop à ceux qui la cuisinent, ils iront la faire en Chine. Nous nous partagerons alors des hausses de taxes et des coupures de services.

Pourquoi plutôt ne pas nous aider nous-mêmes en reprenant le contrôle des dépenses de santé, en commençant à rembourser notre dette, en nous attaquant au décrochage scolaire au secondaire, en encourageant intelligemment les innovateurs et les créateurs de richesse, et en cessant de nous faire arnaquer par le gouvernement fédéral ?

Les Québécois peuvent être très fiers des efforts qu’ils font pour aider les plus mal pris. Personne en Amérique du Nord ne fait mieux que nous avec les moyens qu’on a. Il ne faut évidemment pas s’imaginer meilleurs que nous ne le sommes ou nier les vrais problèmes. Mais noircir le portrait et nous culpabiliser injustement pourrait finir par produire un effet boomerang qui nuirait à ceux que l’on veut aider.