Faut-il cesser de subventionner l’école privée?
17 décembre 2004 par Joseph Facal
En raison du professionnalisme et du dévouement du personnel, je suis très satisfait de la qualité de l’école publique de quartier que fréquente mon garçon de six ans. Mais cela ne m’empêche pas de trouver légitime qu’une part raisonnable de mes taxes serve à subventionner l’école privée. Il se trouve que cependant que les dirigeants du réseau public viennent de demander à nouveau que l’on réduise l’aide publique au réseau privé. Il ne faut pas leur donner raison.
On voudrait nous faire croire que si une partie de l’argent présentement versé au privé était dirigée vers le public, ce dernier s’en porterait mieux. C’est infiniment plus complexe que cela. D’une part, sans nier son importance, l’argent est loin d’être le seul facteur explicatif de la réussite d’une école. D’autre part, une baisse trop abrupte, voire l’abolition du financement public entraînerait la fermeture de beaucoup d’écoles privées. Si cette clientèle retourne dans le réseau public, le financement de l’État augmentera, mais aussi les dépenses pour le transport, les services de garde et les ressources spécialisées.
On s’insurge aussi fréquemment contre le fait que l’école privée, surtout au secondaire, draine les meilleurs élèves. Vrai, mais c’est un argument qui a perdu beaucoup de sa force depuis que des écoles publiques internationales ou à projet éducatif particulier sélectionnent elles aussi leurs élèves. Les écoles publiques qui vivent de graves difficultés sont invariablement situées dans des milieux sociaux difficiles qui commandent des interventions ciblées, et non un saupoudrage uniforme de ce que l’on aurait rapatrié du privé. Mais les réflexes uniformisants ont la couenne dure au Québec, et nous font perdre de vue que les élèves québécois sont parmi les plus performants en Occident en mathématiques, en sciences et en lecture.
Un peu comme le discours sur le gel des frais de scolarité universitaires, l’opposition au financement public de l’école privée se drape aussi dans une rhétorique égalitariste et faussement progressiste qui minerait dans les faits les buts qu’elle prétend poursuivre. Justement parce qu’elle est subventionnée, l’école privée est accessible à la classe moyenne. Sans subventions, plusieurs de ces écoles privées feraient faillite, et celles qui survivraient devraient tellement hausser leurs droits d’admission pour couvrir leurs coûts réels qu’elles ne seraient plus accessibles qu’aux enfants des très riches. Est-ce vraiment ce que l’on veut ?
Il est vrai qu’il est parfois naïf de prêter à la concurrence toutes les vertus. Mais on a ici toutes les raisons de penser que l’attrait accru du privé ces dernières années n’est pas sans influence sur les remarquables progrès faits par bien des écoles publiques forcées de se remettre en question pour stopper l’hémorragie de leur clientèle. Quand la demande l’exige, l’offre doit s’ajuster.
Que reproche-t-on au juste à cette coexistence du public et du privé qui nous a historiquement si bien servis ? Je soupçonne qu’une bonne part des résistances que suscite l’école privée trouve sa source dans cette hostilité sourde et larvée à l’endroit de tout ce qui est privé que l’on entretient au Québec.
Il est vrai aussi que la liberté de choix sert à tellement de sauces qu’on perd de vue son importance quand elle est vraiment en cause. Pourquoi priver les parents de ce choix si c’est qu’ils souhaitent pour leur enfant ? Il faudra bien finir par apprendre à se faire confiance et cesser de penser que d’autres sont toujours mieux placés pour décider de ce qui est bon pour nous.
