Fausse route, faux débat
17 février 2009 par Joseph Facal
Le décrochage scolaire continue à augmenter. La vieille proposition de couper les subventions aux écoles privées relève donc la tête. Si seulement c’était si simple.
Quand une école se vide, c’est que les parents ne lui font plus confiance. C’est ce qui arrive à plusieurs écoles publiques. Alors que faire ? Regagner la confiance des parents en leur offrant ce qu’ils veulent ?
Bien sûr que non. Pour stopper l’hémorragie, on y retiendra captifs enfants et parents en mettant l’école privée à un prix que les riches seulement pourront se payer. Une vraie mesure «progressiste» comme on les aime au Québec.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Précisément parce qu’elle est subventionnée, l’école privée coûte autour de 4000 $ par année par enfant. C’est accessible à la grande majorité de la population, si elle se dit qu’une auto de 16 000 $ roule aussi bien qu’une de 20 000 $, ou qu’un écran plat n’est pas indispensable.
Un carton de cigarettes Player’s coûte 66,99 $ avant taxes. Question de valeurs, j’imagine.
L’école privée sélectionne, c’est vrai. Mais elle sélectionne sur la base du mérite académique des enfants et non du portefeuille des parents. Qu’on puisse lui imposer d’autres exigences, ça se discute.
Mais coupez les subventions aux écoles privées et qu’arrivera-t-il ? Elles devront exiger des frais à la hauteur du coût réel de la formation. Les parents qui n’en auront plus les moyens devront retourner leurs enfants dans le secteur public qui verra ses coûts augmenter. Et nombre d’écoles privées fermeront faute de clientèle.
Les écoles privées restantes seront alors réservées non plus aux enfants talentueux, d’où qu’ils viennent, mais aux parents qui en ont les moyens, peu importe les mérites de leur enfant. C’est ça qu’on veut ?
Le message qu’enverrait la fin des subventions est que même si un enfant travaille fort, il n’aura pas accès à l’institution de son choix parce que ses parents n’en ont pas les moyens. Lamentable.
Si c’était si simple, comment expliquer alors qu’il y a des écoles publiques de grande qualité ? Comment expliquer qu’il y en a qui font des bonds de deux cent places dans ces classements qu’on dénonce, mais que tous consultent ?
Et où sont les preuves que la performance d’un élève en difficulté s’améliore parce qu’on le force à coexister avec celui qui réussit sans problème ?
Dans les écoles publiques qui réussissent, que trouve-t-on invariablement ? Des directeurs à poigne, de la discipline, des enseignants qui aiment leur métier, des parents qui s’occupent des enfants.
Comme par hasard, on y livre souvent un combat quotidien contre les conventions collectives soviétiques, les bêtises des commissions scolaires et les théories fumeuses des intégristes de la psychopédagogie. Le cas de l’école Louis-Riel, située dans un quartier difficile, est demeuré célèbre.
Tout le Québec d’aujourd’hui est dans ce débat. Chez nous, le réflexe premier est toujours de penser que pour aider les uns, il faut forcément réduire la liberté des autres. Moins fatigant, n’est-ce pas ?
Mes propres enfants fréquentent l’école primaire au coin de la rue, et j’en suis fort satisfait. Et elle est publique.
20 réponses à “Fausse route, faux débat”

Il existe également d’autres motivations que la qualité académique et de l’encadrement pour inscrire ses enfants dans les écoles privées, et on pourrait discuter longtemps de la pertinence de ces institutions. Par ailleurs, au moins deux des raisons de ceux qui s’y opposent ne sont pas valables. On prétend qu’elles coûtent plus cher à l’État, ce qui est mathématiquement et indiscutablement faux. On dit qu’elles privent les écoles publiques de leurs meilleurs éléments, ce qui est en partie vrai, mais pourquoi, alors, un certain nombre d’écoles publiques ont-elles d’aussi bons résultats malgré tout? À cause du climat institutionnel qui y règne et du bon sens pédagogique qui y prévaut.
On ne corrigera pas les déficiences du secteur public par le fait simpliste de faire disparaître les écoles privées, pour la même raison qu’on n’éradique pas une épidémie en niant qu’il s’agit d’une épidémie. Dans les deux cas, on prétend à l’absence de cause en masquant ses conséquences, ce qui ne les empêche pas d’advenir.
Presque toutes les tentatives pour remettre l’école publique, surtout au secondaire, sur ses rails ont échoué depuis les années quatre-vingt, notamment parce que les gouvernements successifs s’en sont toujours remis aux gourous de la pédagogie et de la psychologie du jour, qui relèvent presque toujours d’un quasi-charlatanisme dans ces domaines, même s’il est universitaire. Ce fléau ne touche pas que le Québec mais l’Amérique du nord et une partie de l’Europe. Les enfants-rois (on parle même depuis peu des enfants-empereurs…) ne le sont devenus que parce qu’on les y a préparés, autant dans les familles bien intentionnées que dans les écoles. La dégradation des résultats dans les cégeps(après 20 ans là-dedans, j’en sais quelque chose) et les universités n’a pu que suivre.
Constamment, du moins dans les cégeps, on se casse la tête à chercher des moyens miracles pour récupérer ceux qui s’y noient, comme si, en deux ans, on pouvait corriger 11 ans d’insignifiance et de laisser-aller. Généralement, il est bien tard pour inculquer la curiosité, le goût du travail intellectuel et un certain savoir-vivre à des gens de 18 ans qu’on a laissé pousser comme des plantes sauvages; ceux qui s’en sortent ont le plus souvent connu un milieu familial qui contrebalançait sérieusement celui des écoles qu’ils ont fréquentées. J’en suis presque rendu à la conviction que le gratin du milieu politique et la haute fonction publique sont, dans le meilleur des cas, inconscients de la situation ou simplement indifférents aux résultats : ils cultivent leur serre-chaude; dans le pire des cas, ils sont bien au fait mais veulent tout simplement produire une majorité de travailleurs de base intellectuellement malléables et corvéables à merci : un cheap labor, confiant au secteur privé, où la plupart envoient d’ailleurs leurs enfants, la préparation d’une élite de caste.
La « logique » socialiste dans ce dossier est tout le moins inquiétante:
Problème:
Les élèves de l’école A réussissent bien.
Les élèves de l’école B réussissent mal.
Solution socialiste:
Fermons l’école A!
Sérieusement, à quand le financement égal pour les écoles privées et publiques? Que l’état finance l’éducation est une chose, mais pourquoi l’état devrait avoir le monopole de l’administration des écoles?
On propose d’augmenter la hausse des tarifs d’électricité car ils sont beaucoup plus bas que la moyenne canadienne. On propose de conserver le financement de nos écoles privées contrairement aux autres provinces canadiennes.
Et voilà que M’sieur Facal est fâché, il parle des conventions collectives soviétiques. Un mot appris en écoutant la radio FM de Québec?
Un article publié dans le Journal de Montréal. J’en crisse, je boycotte. Je prend la défense de vos anciens collègues soviétiques.
Merci pour la recette, assez simple en apparence, mais qui fonctionne :
« Des directeurs à poigne, de la discipline, des enseignants qui aiment leur métier, des parents qui s’occupent des enfants.»
Merci M. Facal; votre recette cerne bien ce qu’ont besoin les écoles publiques pour contrer le décrochage et améliorer leur niveau d’enseignement.
Bravo et merci !
Que de matière grise dans votre Page de garde ! Je suis d’accord avec l’ensemble de l’oeuvre.
Je n’ai plus de contact concret comme vous avec le monde de l’école et je n’écoute pas Virginie, je m’en garde et c’est une mise en garde.
Vous écrivez:
« Quand une école se vide, c’est que les parents ne lui font plus confiance. C’est ce qui arrive à plusieurs écoles publiques… »
Je vais aux statistiques.
À l’élémentaires, on retrouve les enfants de 6 à 13 ans, qui sont donc nés entre 1995 et 2002 environ. L’Institut de la statistique du Québec me révèle qu’en ces années au Québec, il y a eu respectivement ces milliers de naissances:
1995 93
1996 90
1997 86
1998 81
1999 78
2000 78
2001 77
2002 76
2003 75
Moi, j’ajoute qu’il peut s’agir d’un déclin démographique local si une école publique se vide.
Au secondaire, on retrouve de tout entre 12 et 20 ans mettons. En ces années, il y a eu respectivement ces milliers de naissances:
1988 93
1989 97
1990 102
1991 104
1992 101
1993 98
1994 95
1995 93
Le problème est différent mais de la même tasse de thé.
Une école, c’est comme un Colisée Pepsi: si sa raison d’être se vide, elle ne peut plus faire la ligue Nationale. Et d’autant plus si son personnel vieillit.
@ Lutopium
Beau raisonnement ça. Si les autres provinces font mal- copiez et si elles font bien- ignorez.
Les bas tarifs électriques encouragent le gaspillage, ce qui est gaspillé ici ne peut être vendu à l’exportation au gros prix- donc perte pour tous (même pour ceux qui gaspillent).L’an passé 25% des profits de HQ provenaient de l’exportation ( pour moins de 10% du volume produit) faites vous-même le calcul et répétez après moi: les bas tarifs électriques coûtent très chers à l’ensemble des Québécois.
Quant aux écoles privées, M. Facal a tout à fait raison. Il n’a pas parlé du pourquoi que le Québec en a tellement par rapport aux autres provinces. Autrefois, seuls les religieux dispensaient l’éducation secondaire dans des collèges privés. Quant le ministère de l’instruction publique fut crée on décida de ne pas fermer tous ces collèges et aujourd’hui ils perdurent.
Ce que les socialeux oblient c’est que celui qui décide d’investir dans ses enfants en se privant d’un plasma géant n’est pas un forcément un égoiste néo-libéral.
Le probleme du décrochage scolaire doit etre regardé de facon plus simple sans tomber dans les théories psycho-sociales a cinq cennes. Pourquoi un eleve décroche de l’école? La premiere cause, selon moi, est le manque d’intéret. Au secondaire, les ligues sportives inter-école ne sont pas encore tres dévloppées contrairement a nos voisins américains ou les high school ont des infrastructures sportives beaucoup plus évoluées qu’ici. Quand on sait que le décrochage affecte beaucoup plus les garcons que les filles, le sport devient un outil des plus efficace pour séduire ceux-ci. On parle souvent de relachement au niveau de la discipline et bien la structure d’une équipe sportive peut également apporter certains gains a ce niveau.
Je crois que chercher des solutions dans la relation public-privé est une fausse piste mais il est important de maintenir l’attrait et la qualité de l’école publique. A écouter de nombreux nouveaux jeunes parents, l’école privée représente LA SOLUTION pour l’éducation de leurs enfants et ce meme si ces parents sortent du systeme publique et on tres bien réussi. Il y a un probleme de perception a quelque part.
Sur un autre sujet, j’aimerais savoir pourquoi M. Facal vous publié 2 textes par semaine depuis le lock-out alors que c’était un avant. C’est pas une facon de renoncer a sa neutralité ca?
Les jeunes me paraissent avoir beaucoup d’appétit pour apprendre, ce, même rendu à l’âge adulte.
Paradoxalement, certains conservent cet appétit pour apprendre, mais perdent le goût d’être formé et l’école y contribuerait pour beaucoup, semble-t-il.
Je fais l’hypothèse que pour ces jeunes (et plusieurs adultes une fois rendus sur le marché du travail) le potentiel à apprendre reste énorme aux moments «non-officiels, non-programmés et spontanés où les gens se forment», malgré le décrochage scolaire qui les a amenés à ne plus fréquenter les écoles ou un programme de formation certifié.
Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur des établissements d’enseignement, on a souvent l’impression que les jeunes disent: «j’aime apprendre, mais je déteste qu’on me forme».
Dans un climat où il n’y a pas d’ordre ou sa sécurité est compromise, où les éducateurs tirent chacun la couverture de leur côté, où l’organisation du travail prime sur la qualité des services à rendre, où les outils pour apprendre sont moins accessibles/performants qu’à la maison (quand ils existent) et où c’est risqué de se montrer du côté du beau, du vrai et du bien, je comprends qu’on se pousse.
On ne me fera pas croire que le comportement de ceux qui décrochent (parents/professeur/étudiant) signifie qu’ils n’ont plus l’appétit d’apprendre.
Si l’école publique n’est plus capable de se remettre assez en question pour s’adapter au régime des gens qui la fréquentent, pas étonnant que la santé de notre système public soit défaillante. Je veux bien que le privé fasse aussi, parfois, partie du problème, mais pour beaucoup de monde, il fait partie de la solution. Trop de monde? Sans doute, à Montréal (et au secondaire), en particulier…
On pourrait peut-être se demander pourquoi autant de jeunes gens perdent à l’école le goût d’être formés, alors que souvent, ils le retrouvent ailleurs?
D’accord avec vous M. Facal. Mais, je me pose des questions. Nous avons un bon système d’éducation. Nos frais de scolarité universitaires sont les plus bas en amèrique. Nos universités sont excellentes et certaines, comme McGill, sont classées dans le top 10 mondial. Nos professeurs ont un syndicat fort avec des contrats, et des fonds de pensions, blindés. Donc, bonnes conditions de travail. Pourtant, nous avons des problèmes majeurs avec le décrochage et la qualité de l’enseignement.
Certains politiciens aiment bien parler de « nos valeurs Québecoises ». Il me semble qu’une valeur importante manque à ce chapitre. L’importance de l’éducation n’ai pas une de « nos valeurs ». Quand nous combattons pour la survie de notre langue, pourquoi l’éducation n’est-elle pas valorisée? Avons-nous un problème de société?
Depuis 25 ans nous avons mis nos efforts sur des débats « nationaux » stériles quand ils auraient du être mis sur la création de la richesse avec une attention centré sur l’éducation. Des statistiques publiées dans la Presse d’aujourd’hui disaient que près de 40% des Québecois ne paient pas d’impôts. Nous sommes un « pays » pauvre. Est-ce une des raisons pourquoi l’éducation n’est pas valorisé?
Dans le passé, les « anglais » formaient des administrateurs et des ingénieurs pendant que nous formions des prêtres et des notaires. Le résultat fût catastrophique. Aujourd’hui, nous avons un des plus haut taux de décrochage des pays industrialisés et nos élèves sont presque illetrés. Dans une économie axée de plus en plus sur le savoir nous allons encore vivre une catastrophe. …….Et nous allons blâmer les autres.
L’histoire se répète.
La discussion m’a rappelé un article dans une revue de droite: The Economist, traitant d’un changement de politique en éducation dans un pays social démocrate: La Suède.
http://www.economist.com/business/displaystory.cfm?story_id=11535645
Au delà de la rhétorique « au Québec, on est dont des petits minables socialistes qui comprenons dont jamais rien! », logique dans laquelle vous semblez malheureusement tomber, vous semblez oublier ces simples faits :
1. En Ontario, les écoles privées ne sont pas subventionnées, donc pratiquement aucun parent n’envoie ses enfants à l’école privée.
2. Les élèves Ontariens réussissent aussi bien, sinon mieux, que les élèves Québécois.
Vous devriez peut-être penser un peu plus avant d’écrire …
Comment ça faux débat? tout le monde le sait. Les subventions aux écoles privées c’est un vrai problème, et probablement le noeud du problème.
Historiquement les écoles privées d’où ça vient Joseph ? Ça vient d’un compromis qui devait être temporaire au moment de la réforme de l’Éducation.
Compromis temporaire joseph. Au temps de la réforme de l’Éducation. Pour donner le temps aux communautés religieuses de se réorganiser. C’était écrit en toutes lettres dans le rapport Parent
On est au cirque du Soleil, et Joseph y est contorsionniste. Sac!
M. Facal,
Alors que j’ai souvent admiré la clarté de votre pensée, votre raisonnement ici est particulièrement échevelé, pour ne pas dire faux, tout simplement.
Tout d’abord, disons-le crûment: vous vivez sur une autre planète si on retient ce passage: «Précisément parce qu’elle est subventionnée, l’école privée coûte autour de 4000 $ par année par enfant. C’est accessible à la grande majorité de la population (…)» La grande majorité de la population. Ah bon? De plus, remettons en question ce chiffre de $4 000$ auquel il faut rajouter le coût de l’uniforme, du matériel scolaire, des manuels et des activités parascolaires, entre autres.
Plus loin, vous voyez poindre un drame: «Mais coupez les subventions aux écoles privées et qu’arrivera-t-il ? Elles devront exiger des frais à la hauteur du coût réel de la formation. Les parents qui n’en auront plus les moyens devront retourner leurs enfants dans le secteur public qui verra ses coûts augmenter. Et nombre d’écoles privées fermeront faute de clientèle.»
Premièrement, quels sont les coûts réels de la formation d’une école privée? À 36 élèves par classe avec des conventions collectives moins généreuses que le secteur public, comment se fait-il qu’il en coûte aussi cher d’étudier au privé si cette formation est subventionnée à 60%, que les élèves présentent moins de problématiques lourdes et dispendieuses, que les manuels et autres matériels scolaires n’ont pas à être fournis par l’école et ce, en calculant tous les frais connexes mentionnés plus haut? Privé égale profits. Si ce type d’école n’était pas aussi rentable, croyez-vous que cette forme d’entreprise serait aussi populaire actuellement?
Deuxièmement, est-ce que les coûts du réseau scolaire public vont nécessairement augmenter? Des élèves performants coûtent moins cher qu’un élève ordinaire. Pour avoir une réponse juste à cette question, il faudrait savoir quels profits dégagent les écoles privées, comment sont dépensés les frais exigés aux parents (salaire des directeurs et de certains cadres, par exemple), etc.
Si on veut comparer, il faudrait avoir tous les chiffres, non? Or, actuellement, on discute avec du vent, du sable, de l’air.
Là ou votre raisonnement quitte définitivement la route, quant à moi, c’est lorsque vous écrivez : «L’école privée sélectionne, c’est vrai. Mais elle sélectionne sur la base du mérite académique des enfants et non du portefeuille des parents. (…) Les écoles privées restantes seront alors réservées non plus aux enfants talentueux, d’où qu’ils viennent, mais aux parents qui en ont les moyens, peu importe les mérites de leur enfant. C’est ça qu’on veut ? Le message qu’enverrait la fin des subventions est que même si un enfant travaille fort, il n’aura pas accès à l’institution de son choix parce que ses parents n’en ont pas les moyens. Lamentable.»
Désolé M. Facal, mais je ne vous suis plus du tout. C’est votre raisonnement qui est incohérent et lamentable. L’école privée sélectionne sur les mérites académiques des enfants ET sur le portefeuille des parents. Parfois même uniquement sur ce seul dernier critère. Chose certaine, je n’ai jamais vu une école privée admettre un enfant génial… pauvre. Il doit payer. Ses performances, aussi éblouissantes soient-elles, ne lui ouvriront aucune porte.
Vous expliquez que le succès de certaines écoles publiques actuelles reposent sur «Des directeurs à poigne, de la discipline, des enseignants qui aiment leur métier, des parents qui s’occupent des enfants. Comme par hasard, on y livre souvent un combat quotidien contre les conventions collectives soviétiques, les bêtises des commissions scolaires et les théories fumeuses des intégristes de la psychopédagogie.» Plus simpliste que cela, il ne reste plus qu’à viser la chefferie de l’ADQ.
Dans mon milieu, je vois davantage d’enseignants livrer des combats pour leurs élèves contre la bêtise pédagogique et l’illogisme administratif que pour le respect de leur convention collective.
Dans les faits, M. Facal, un des principaux facteurs de réussite d’une école (ce n’est pas le seul, je tiens à le préciser) est le milieu socio-économique dont sont issus les jeunes qui y étudient.
Le fric, le même fric qui sert parfois à les inscrire à l’école privée, tiens. Le même fric qui permet aux jeunes de manger à la maison et d’avoir un lunch décent le midi. D’avoir un environnement décent et calme. D’avoir accès à des livres. À une certaine culture. De ne pas être stressés par des parents qui se demandent de quoi sera fait demain.
Dans les quartiers moins nantis, on le sait, tous les tenants de la droite se tuent à le répéter sans malheureusement en mourir, les parents préfèrent tous une auto à 20 000$ même si une à 16 000$ roule aussi bien, un écran plat et un carton de cigarettes Player’s à 66,99 $ avant taxes.
Parents indignes…
Je vais extrapoler (à tort peut-être) à partir de mon histoire personnelle. Maman d’une petite fille de 7 ans maintenant, je n’avais pas imaginé que j’étais pour l’inscrire au privé, et encore moins pour le primaire. Or, c’est pourtant ce que j’ai dû me résoudre à faire. Lorsque je l’ai inscrite en maternelle, je me présentai au conseil d’établissement. Je fût facilement élue (il n’y a assez peu de parents qui s’impliquent… autres débats mais quand même en lien quand on y pense!). Bref, en étant sur le conseil d’établissement, j’appris les dessous de mon école. J’appris qu’elle avait un indice de défavorisation supérieur à 9/10; j’entendis les enseignants avoués être incapable de passer leur programme à cause des cas trop lourds de discipline; je compris que la francisation était un idéal… bref, j’appris toutes sortes de choses qui me convainquirent que, si je voulais être un parent responsable, je ne pouvais consciemment laisser ma fille à cette école pour la suite de son primaire. Je fis quelques démarches et je trouvai une école de la commission scolaire de Montréal qui voulait accueillir ma petite. J’étais prête à voyager davantage pour donner un environnement académique où les conditions seraient plus gagnantes. À ma grande stupeur, la commission scolaire de Laval refusa ma demande de changement de commission scolaire sous prétexte que cette école n’avait pas un programme particulier (ex. international). J’appris qu’on refuse ce genre de demandes à moins que l’école où l’on veut envoyer notre enfant, offre un programme qui n’est pas offert sur le territoire lavallois (tout ça, vous l’aurez compris, pour protéger leurs subventions par enfant). Je pouvais toujours demander un changement de zone de desserte, mais je n’étais pas certaine de l’obtenir et je n’avais aucune garantie de l’avoir pour les années suivantes. En optant pour cette option, j’aurais exposé ma fille à des possibles changements d’école annuels (rien d’idéal pour le lien d’attachement).
Bref, je me retrouvais comme parent privé de mon droit de choisir. Dans le domaine de la santé, nous ne sommes pourtant pas obligés de fréquenter absolument l’hôpital de notre région! J’ai pensé entreprendre des démarches judiciaires (je suis convaincue que j’aurais eu gain de cause) mais par le temps que les procédures eurent été terminés, ma fille aurait, elle, terminée son primaire! Bref, pour ne pas me voir imposer une école, j’ai dû opter pour le privé. J’aurais préféré, et de beaucoup, l’envoyer au public. Mais que voulez-vous, même si on me donnait des froot loops à l’épicerie, je ne pourrais me résoudre à en donner à ma fille pour déjeuner!
Si je comprends bien Professeur Masqué, la richesse et nos valeurs ne sont pas au rendez-vous. Je suis d’accord. Mais, le plus important des deux c’est la valeur que nous mettons sur une bonne éducation. C’est nous, les parents, qui avons la responsabilité de créer ces valeurs. Ce n’est pas à l’état de le faire. Au Québec, nous demandons toujours à l’état de tout faire. Eh bien, l’état ne peux pas tout faire. Je ne viens pas d’une famille riche. Les sept enfants de ma famille ont tous fait des études universitaires. Mes parents avaient compris que le succès venait par l’éducation. Chez nous ce n’était pas « si tu vas à l’université », mais plutôt « quand tu iras à l’université ». Mes enfants font, et feront, des études universitaires. Pourquoi? Parce qu’ils ont compris que l’éducation c’est important.
Comme le dit le vieux dictons, nous pouvons amener un cheval à l’abreuvoir mais le faire boire est autre chose.
Encore une fois, je le dit, la faute est la notre. Avant d’apporter des solutions, nous devons en premier lieu accepter notre responsabilité. Nous devons commencer par nous libérer d’une de nos « valeurs Québecoises » les plus réductrices, celle qui est de toujours blâmer les autres.
Monsieur Facal,
Les écoles privées ne font plus la charité aux beaux cerveaux. De même, quand un donateur permet à l’école privée d’acquérir du matériel convoité, il devient assez difficile de refuser d’accueillir ses enfants sous prétexte qu’ils éprouvent des difficultés scolaires…
Vous avez tout de même raison, 4000 $ par année, c’est plus accessible que 10000 $, mais ce n’est pas vrai que c’est possible pour tout le monde. Heureusement, il existe des programmes comparables dans les écoles publiques. Je pense en particulier aux programmes d’études internationales ou à certaines concentrations. Le public n’est pas réservé aux nuls.
À mon avis, le problème est beaucoup plus grave que la simple partition public-privé. Monsieur Facal, je crains que notre société soit trop pauvre pour offrir un bon système d’éducation à tout le monde. Permettez à tous les enseignants le luxe de ne pas endurer les parasites de leurs classes, c’est-à-dire les personnes qui n’ont aucunement l’intention d’apprendre et qui ne sont là que parce qu’elles sont obligées et qui n’ont comme intention que de déranger, permettez au public comme c’est possible au privé d’expulser ces élèves et vous verrez l’école changer, vous verrez les enseignants retrouver la passion d’enseigner, vous verrez les jeunes retrouver la passion d’apprendre à l’école. Je suis chaque jour impressionnée de constater à quel point nos jeunes savent être créateurs et je n’ose même pas imaginer tous les projets qu’ils pourraient mettre de l’avant si on se permettait de les débarrasser de ceux qui ne sont là que pour ralentir ou même détruire les élans.
Que faire avec les expulsés ? Un Loft géant. Imaginez l’idéal pour ces ados : du plaisir, du pain et des jeux… et la célébrité ! Bonne semaine !
Monsieur Joseph, vous êtes tout mêlé là !
« Une vraie mesure progressiste comme on les aime au Québec » Un peu d’honnêteté Joseph… comme on les aime en Ontario et dans plusieurs autres provinces aussi;
« …4000$ par année par enfant. C’est accessible à la grande majorité de la population. » Attends voir..j’ai trois enfants donc 12,000 par année…je me demande quel degré de platitude devrait avoir l’écran plat dont je devrai me passer et qui libérera 12,000$ par année dans mon budget…hum…
« Mais elle sélectionne sur le mérite académique des enfants et non du portefeuille des parents. » Je n’ajouterai pas de commentaire. Votre bec a été suffisamment cloué par les intervenants précédents.
« Et nombre d’écoles privées fermeront faute de clientèle » …et nombre de bons professeurs et de bons élèves viendront rehausser la qualité du milieu scolaire public.
Je relis votre texte et je n’arrive pas à reconnaître l’esprit rationnel dont vous faites habituellement preuve. Le seul paragraphe où je vous rejoins totalement est celui où vous parlez des écoles publiques qui réussissent, des enseignants qui aiment leur métier et des parents qui s’occupent de leurs enfants. J’ajouterais qu’il est essentiel de stimuler et de valoriser le goût de l’effort; et mental et physique.
Bref.
Je trouve indécent d’avoir contribué par mes impôts à financer des institutions reconnues supérieures mais auxquelles mes enfants n’avaient pas accès faute de moyens des parents. D’autant plus que, ce faisant, l’opération nuisait à la qualité de l’école publique en la privant de bons élèves et professeurs d’une part et des montants considérables consacrés à l’école privée d’autre part.
Le décrochage scolaire est plus complexe que la réduction au questionnement sur le financement d’écoles privées au détriment d’écoles publiques. Les causes du décrochage sont multiples; on peut se lancer dans le « profilage » du décrocheur, on y décèlera sans doute des caractéristiques. Toutefois je crois qu’il faudrait d’abord se demander pourquoi et comment un jeune se retrouve-t-il dans un cercle vicieux d’échec, de perte d’estime et de dévalorisation. Je suis plutôt enclin à croire qu’un milieu familial perturbé, disloqué où l’amour et le respect des enfants font défaut est un milieu propice à l’éclosion du décrochage. Partager des rêves et des progrès lors de saines activités parascolaires (ou hors de l’école) renforcent l’estime! La responsabilité première incombe à la famille. La déresponsabilisation parentale, ce décrochage social, pave la voie à l’échec scolaire! Concurremment à cet environnement familial chaleureux, assurons-nous que les ventres soient rassasiés et que le matériel didactique soit au rendez-vous!
John Stossel a fait une émission intéressante sur le manque de compétition entre les écoles aux États-Unis:
http://www.youtube.com/watch?v=Bx4pN-aiofw
La question du décrochage est complexe et plus large que celle du privé. C’est justement ce que je dis…si on lit attentivement.
Mais voyez le ton de certaines des interventions (pas toutes)de ceux qui ne sont pas d’accord avec moi : fréquemment, reviennent cette animosité envers l’émulation, envers le privé parce qu’il est privé, envers le fait que X a plus de moyens que Y, et même envers la liberté de choix tout court. Et bien sûr, les problèmes de Y sont toujours la faute de X.
Désolant…tout simplement désolant. Enfin…c’est rien de nouveau.
Rassurez-vous, mon cher Vindictater : l’espace du lundi était occupé par Benoît Aubin qui doit aussi coordonner les pages d’opinion, ce qui lui prend beaucoup de temps. Ce n’est pas un espace occupé jusque-là par un syndiqué. Paix à votre âme.