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Un témoin qui craint pour sa vie, un réseau de financement parallèle, de la corruption érigée en système : à chaque jour qui passe, la commission Gomery nous apprend des choses sur le fonctionnement du Parti libéral du Canada qu’on associe habituellement aux républiques de bananes.

Préparez-vous donc à rire de moi : je maintiens que la majorité de nos élus sont honnêtes, dévoués et travailleurs. Mais vous n’entendez jamais parler de ceux-là parce qu’ils font simplement de leur mieux le travail qu’on leur a confié, comme vous et moi. Quel naïf je suis, n’est-ce pas ?

Je sais pourtant de quoi je parle parce que je l’ai fait pendant neuf ans : nos députés, pour la plupart, croient au bien commun, ne s’enrichissent pas, et font des sacrifices personnels considérables. Évidemment, personne ne les force à être là.

Tous les partis, sans exception, ont connu des épisodes dont ils n’ont pas à être fiers. Aucun n’est blanc comme neige. Mais nous avons affaire ici à un cas extrême : un parti politique qui a été au pouvoir si souvent et si longtemps qu’il en est venu à considérer l’État comme sa chose personnelle.

Avant même ce scandale, la crédibilité de la classe politique a toujours été faible, ici comme ailleurs. Le respect est accordé à quelques rares individus, ou à un politicien que l’électeur connaît personnellement et qu’il a vu à l’œuvre. La confrérie politique, elle, est jugée en bloc.

Ce discrédit est lié à la nature même de la fonction politique.  Les métiers que les gens tendent à respecter sont ceux qui sont éloignés de la controverse et dont l’utilité sociale saute aux yeux : le pompier sauve notre vie, le médecin nous soigne, le fermier nous nourrit. C’est net et précis.

Nos députés, eux, doivent trancher des questions qui nous divisent nous-mêmes : faut-il augmenter les impôts ou pas ? Faut-il interdire la cigarette ou pas ? Faut-il faire la souveraineté ou pas ? Nos discussions de famille sur ces sujets, qui ne sont pas télévisées, sont-elles tellement plus civilisées ? C’est parce que leur métier même est de s’impliquer dans des conflits que les avocats sont aussi impopulaires que les politiciens.

Pour changer des choses, il faut aussi conquérir le pouvoir. Or, la lutte pour la conquête du pouvoir, par définition, ne peut pas être élégante, parce que s’affrontent des idées et des ambitions irréconciliables. Inévitablement, l’une doit triompher et l’autre doit perdre.  C’est la même chose partout où il y un pouvoir à conquérir, sauf que la lutte pour le pouvoir politique est la seule qui se fait ouvertement.

Le scandale des commandites est bien sûr gravissime. Mais notre culture politique est aussi minée par le refus d’admettre  la moindre erreur même quand elle crève les yeux, par les promesses que l’on fait en sachant qu’on ne pourra les tenir, par la partisanerie bornée qui refuse de reconnaître que votre adversaire peut avoir raison, par les décisions prises en fonction du court terme alors qu’il faudrait voir loin en avant, et par la peur de faire des réformes difficiles mais nécessaires.

Au-delà du remplacement d’un parti par un autre, c’est à un changement complet de notre culture politique qu’il faut travailler.