Et maintenant, André?
16 novembre 2005 par Joseph Facal
La victoire d’André Boisclair est claire, nette et sans discussion. Elle ne souffre d’aucun problème de légitimité. S’ils sont de bonne foi, tous les péquistes qui ne l’ont pas appuyé devraient, en toute logique, se rallier et le soutenir pleinement. Deux raisons expliquent son succès : un profond désir de renouveau et le fait que M.Boisclair était le seul des neuf candidats capable de l’incarner.
Les seules difficultés de sa campagne furent les révélations concernant sa vie privée. Nombre de militants, y compris parmi ceux qui l’ont appuyé, craignent de voir ressurgir ces histoires pendant la prochaine campagne électorale. André Boisclair et son entourage assurent que tout cela est définitivement derrière lui. Il faut les croire sur parole. Chose certaine, comme le Parti libéral ne voudra pas faire porter la prochaine campagne électorale sur son bilan de gouvernement, la vie privée de M.Boisclair n’a pas fini d’être fouillée au peigne fin. On peut trouver cela regrettable ou justifié, mais il faudrait être bien naïf pour s’attendre à autre chose. Pour le moment, les Québécois ont choisi de ne pas lui en tenir rigueur. Mais l’opinion publique est une maîtresse capricieuse.
On peut difficilement blâmer un candidat qui, jusqu’à il y a dix jours, semblait seul dans la course d’être resté prudent sur ses idées et ses intentions. Pourquoi s’exposer inutilement quand on a une énorme avance et que le but premier est de gagner? La réduction de la dette, par exemple, était une position forte et lucide, mais elle fut suivie d’une ouverture à la gratuité scolaire que nos finances publiques n’ont pas les moyens de supporter.
Vers le référendum ?
Certains chefs sont efficaces parce qu’ils sont guidés par une seule priorité, comme Jacques Parizeau et son référendum rapide ou Lucien Bouchard et le déficit zéro. D’autres sont plutôt des chefs d’orchestre qui inspirent leur équipe à donner le meilleur d’elle-même, comme Jean Lesage ou René Lévesque. Dans la position de M.Boisclair, son unique priorité crève les yeux : un référendum gagnant sur la souveraineté en début de mandat. Sinon, les militants du Parti Québécois perdront rapidement patience. Pour eux, la cause passe avant les individus.
Un autre de ses problèmes sera que les membres du Parti Québécois ne s’entendent que sur l’objectif de la souveraineté. Sur tout le reste, les positions vont du socialisme pur et dur jusqu’au centre. Le dernier congrès a été l’occasion d’une radicalisation qui fait les délices d’une minorité qui parle fort, mais qui risque de couper le parti de la majorité des Québécois. Jean Charest et Mario Dumont sont infiniment plus dangereux que Françoise David.
Tôt ou tard, il faudra aussi que M.Boisclair trouve le courage de dire aux membres du Parti Québécois des choses qu’ils n’aimeront pas entendre. Trop de militants se cramponnent encore à de la pensée magique. Réussir l’indépendance est le plus exigeant des chantiers qu’un peuple puisse se donner, et il faut cesser de faire croire que les milliards se mettront à pleuvoir. Les talents de communicateur de M.Boisclair sont indéniables, mais c’est le fond des choses qui finit par faire la vraie différence. Ce sont le courage, la hauteur de vues et la force de caractère qui démarquent les grands leaders de ceux qui ne font que passer.
Quelques jours avant la démission de Bernard Landry, André Boisclair admettait bien humblement qu’il ne se sentait pas prêt à assumer de telles responsabilités. Il est humain qu’il ait changé d’avis sur lui-même pour saisir une opportunité qui ne repasse pas souvent. Les plus optimistes admettent cependant qu’ils ont fait un pari très audacieux. Il reste que M. Boisclair a gagné haut la main le droit d’avoir la chance au coureur.
