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En tout respect

Chers amis blogueurs,

Vous avez évidemment remarqué que je me tenais plutôt tranquille ces derniers jours. Il y avait une raison à cela. Je me suis retrouvé mêlé, bien involontairement, à une controverse qui ne me touchait pas directement, mais qui me rejoignait indirectement. Elle m’a un peu détournée de mes tâches habituelles, dont celle de tenir le blogue à jour.

Pour aller à l’essentiel, il s’agissait de décider si je maintenais ou non ma collaboration de pigiste au Journal de Montréal en dépit du lock-out en vigueur. J’ai répondu oui à cette question difficile et délicate. Je l’assume en toute connaissance de cause, sachant que d’excellents arguments peuvent être invoqués à l’appui de chacune des deux positions possibles.

Je reprends ici l’essentiel de ma position. Je n’ai pas activé la fonction «commentaires» car j’en ai reçu déjà des tas par d’autres voies. Tout commentaire là-dessus dans les prochains textes présentés ici sera effacé. Affaire classée pour moi. Je m’interdis également, à moins d’y être contraint, de vous dire ce que je pense des motifs invoqués par ceux qui ont pris une autre décision.

Le syndicat des employés, disais-je donc, ne se mettra pas en grève pour un pigiste comme moi, et c’est bien normal. Je ne bénéficierai jamais des gains passés ou futurs qu’il ferait. Et si je n’écris plus, je ne dispose pas du revenu de remplacement que procure un fond de grève. La solidarité ne devrait-elle pas être une voie à double sens ?

Dans ce contexte, j’estime que continuer à écrire n’a strictement rien à voir avec le franchissement d’un piquet de grève lorsque vous auriez le choix d’aller magasiner ailleurs ou que vous prenez à quelqu’un son emploi.

J’ai d’autres revenus, me dira-t-on. Vrai, mais me permet-on de demeurer seul juge de ma situation financière ?

Le chroniqueur du Devoir, Michel David, a concédé que mon raisonnement se tenait, mais que la neutralité ne lui semblait pas possible.

Il est vrai que même s’il ne prend pas carrément parti, le pigiste est aspiré malgré lui dans un rapport de forces. Mais si je suis cette logique, ne plus écrire revient à choisir carrément le camp du syndicat. Posons alors respectueusement la question : et si le syndicat se trompait ?                                                                         

Je ne connais pas parfaitement ces questions, mais quelques évidences me frappent. Dans la presse écrite, les tirages baissent à peu près partout. Les profits chutent. Le lectorat vieillit. La technologie bouleverse tout. Des géants comme le NY Times ou le LA Times sont au bord du gouffre. Cette industrie change ou elle meurt.

Certes, quand surviennent des bouleversements dans une industrie, les travailleurs sont les premiers touchés. Jamais je ne blâmerai les travailleurs du Journal d’avoir jadis obtenu d’excellentes conditions de travail et d’y tenir.

Je l’ai vu dans une vie antérieure. Des reculs dans vos conditions de travail sont toujours douloureux. La culture syndicale traditionnelle en est une de gains successifs par accumulation. Les derniers gains deviennent le plancher de la ronde subséquente. Cette culture rend extrêmement difficile pour lui gérer des changements qui découlent d’une mutation radicale de l’industrie.

Bien qu’il soit toujours imprimé au Québec, le Journal est monté graphiquement à Toronto dans des installations qui lui appartiennent, a-t-on noté. S’il fallait boycotter toutes les entreprises québécoises qui délocalisent une partie de leur production, on n’aurait pas fini. Bienvenue dans la mondialisation.                                                                 

Quant à l’objectivité des journalistes qui couvrent l’affaire, elle frise le zéro parce qu’ils sont juge et partie. D’abord, ils travaillent pour la concurrence. Ensuite, ils savent qu’ils seront les prochains au bâton. Tout corps de métier se solidarise dans la tourmente. C’est humain.

Quebecor n’est sans doute pas un employeur parfait. Mais quand vous lirez certaines critiques, regardez d’abord d’où elles viennent et posez-vous ensuite la question : quels intérêts servent-elles vraiment ?

Les insultes reçues me dérangent moins qu’une piqûre de maringouin, mais les nombreux témoignages de gens qui disent comprendre ma position sont réconfortants.

Sincèrement, je ne m’attendais pas à devoir justifier mon droit de gagner ma vie honnêtement d’une façon qui ne vole le pain de personne.

Je réitère que ce blogue reprendra son fonctionnement courant incessamment, et j’espère, chers confrères et consoeurs blogueurs, vous y retrouver de nouveau. Merci.

Une réponse à “En tout respect”

  1. [...] Facal writes a comments-disabled post on his blog explaining his decision not to leave his Journal de Montréal column. He says he wants to be [...]