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Des nouvelles du front

Je suis de retour en Espagne. Partout en Europe, la température continue à monter dans le débat sur l’identité nationale.

Ça part évidemment dans toutes les directions. En Espagne, vient de débuter le premier procès de gens accusés d’avoir organisé un tribunal islamique clandestin ayant décrété la condamnation à mort d’une jeune femme. En Italie, des députés avancent la malencontreuse idée d’ajouter la croix chrétienne dans le drapeau italien.

En France, il est acquis qu’un projet de loi encadrant le port de la burqa sera présenté. La burqa, c’est le vêtement qui recouvre intégralement le corps et la tête des femmes, à la différence du niqab qui laisse une fente pour les yeux.

Un récent sondage révélait que 65 % des Français souhaitent l’interdiction de la burqa. Ils voudraient cependant qu’elle soit interdite partout, ce qui n’est pas ce que prévoit le texte qui sera débattu. On l’interdira dans les institutions publiques, les transports en commun et à la sortie des écoles.

Le président Sarkozy ne s’est pas réfugié derrière les «experts» : la burqa, a-t-il dit, «n’est pas la bienvenue» en France. Toutes les religions doivent se pratiquer avec une «humble discrétion». L’héritage chrétien, a-t-il ajouté, a laissé des traces si profondes en France que le confronter directement exposerait les autres religions à un rejet massif.

Revenant sur les réactions outrées au référendum dans lequel les Suisses votèrent pour l’interdiction de nouveaux minarets, il demanda tout simplement : «qu’auraient choisi les Français si on leur avait posé la même question ?»

Combien de femmes portent cet habit ? On estime leur nombre à environ 2000 dans toute la France. Près d’un Français sur deux admet ne croiser une femme ainsi vêtue que «rarement», voire «jamais». Mais ils en font une question de principe : celui de ne pas accepter un symbole qui n’est pas religieux, mais politique, et qui incarne l’asservissement de la femme et le rejet de l’Occident. Quand un principe est en cause, qu’il y en ait 20, 200 ou 2000 ne change rien.

Cette semaine, sort aussi en librairie le témoignage-choc de l’artiste Bérengère Lefranc. Française de souche, elle a porté la burqa pendant un mois. Pour voir. Son expérience sociologique a immédiatement tourné au cauchemar, mais elle a tenu le coup.

Un «enfer», un «calvaire», dit-elle. On la pointait du doigt, on la regardait comme un bête, on lui a même craché dessus. Elle se sentait comme «un homard plongé dans l’eau bouillante». Elle ne pouvait donner la main à son conjoint. Quand elle a soulevé son voile pour aspirer furtivement sa cigarette, les intégristes lui lançaient des regards haineux. En un mois, elle a perdu 6 kilos. Faites-en ce que vous voulez, je fais juste vous raconter.

Sur toutes ces questions, les Européens ont face à nous un gros avantage et un gros handicap. Le handicap est qu’ils ont laissé faire pendant très longtemps : ils se retrouvent donc aujourd’hui avec une immense patate chaude entre les mains. Leur avantage est qu’ils refusent désormais nettement ce chantage moral qui veut faire croire qu’il serait mal d’asseoir les règles collectives sur les valeurs de la majorité.

19 réponses à “Des nouvelles du front”

  1. le 03 fév 2010 à 9:39 Gilles

    Je suis un peu surpris quand vous dites en parlant des européens que « Le handicap est qu’ils ont laissé faire pendant très longtemps».

    En Espagne je ne sais pas mais il me semble que contrairement à la Gande Bretagne où est née et d’où a essaimée cette notion de multiculturalisme, en France donc, la politique officielle est depuis toujours de tendre vers l’assimilation.

    Par contre je pense bien que vous avez raison en disant que «Leur avantage est qu’ils refusent désormais nettement ce chantage moral qui veut faire croire qu’il serait mal d’asseoir les règles collectives sur les valeurs de la majorité.»

    Récemment dans un article, Christian Rioux révélait que les (ou des) parlementaires français ayant oeuvré à la définition de la politique sur la Burqua semblaient très au courant de la situation du Québec ou le débat sur le même sujet fait rage. En passant, on est loin de «Avez-vous la plotte à terre…?».

    Revenons à nos moutons. Ces parlementaires jugaient que les accomodements raisonnables tels que pratiqués ici étaient à toutes fins utiles un piège et incompatibles avec l’établissement d’une société ou prévaut le bien commun et où c’est l’État qui doit définir comment on vit.

    Cette façon de voir est illustrée clairement dans une lettre parue dans Le Devoir hier qui mérite d’être lue :
    http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/282239/une-lettre-a-mes-amis-du-quebec

    Finalement la crise sévit et manifestement toutes les sociétés occidentales ne pourront pas en être épargnées. Mais c’est peut-être porteur d’espoir. La crise est un moment charnière entre deux états. Une période de déstabilisation qui appelle un rétablissement. On ne peut éviter la crise d’identité certes. Et si nous en sortions plus fort? Quand une question n’est pas posée on n’a pas à y répondre. Mais une fois mise sur la table, il faut nécessairement apporter une réponse qui permette de rétablir l’équilibre rompu.

    J’ai trouvé intéressant ce que l’on dit dans Wikipédia au sujet de la notion de crise. Je vous invite à aller y voir : «En grec, nous apprend Wikipédia, « Κρίσις », la crise, est la faculté de distinguer, une décision entre deux choix possibles. Une crise suppose donc une prise de décision, une action pour s’en sortir.» http://fr.wikipedia.org/wiki/Crise

  2. le 03 fév 2010 à 20:34 Gino Tremblay

    M.Facal. Vous êtes de loin l’homme politique que je préfère. Cela étant dit, j’aimerais vous poser une question. Quand pourrons nous espérer vous voir comme chef du Parti de l’Union Européenne du Québec ? Ne croyez vous pas qu’il serait grand temps que ce parti existe ? Voter pour L’UEQ c’est vouloir la souveraineté du Québec dans une union européenne forte. Pour ma part, vous avez déjà mon vote. Vive le Québec libre! dans une Union Européenne forte.

  3. le 03 fév 2010 à 21:32 ymdelisle

    M. Facal, quand vous parlez de « nouvelles du front », est-ce que cela signifie que vous êtes (ou que nous sommes) en guerre?

  4. le 03 fév 2010 à 22:18 Gino Tremblay

    M. Facal. Je ne vous apprend rien en vous disant que l’identité d’un peuple est ce qui définit ces actions, or je m’identifie comme un francophone Québécois-Européen. Le pourquoi que tout va mal n’est pas très compliqué… Comment voulez-vous que cette identité ne soit pas l’ennemi des dirigeants. Nous sommes dans un système américo-britannique alors que nous, peuple français avons une mentalité différente.

    Le voleur entra chez le roi

    y déroba le trésor convoité

    qu’elle ne fût pas sa surprise quand il rentra chez soi

    de voir qu’il avait été volé

    Rien de matériel n’avait disparus

    Toutes les richesses était là

    ce que le roi ne voya pas

    c’est qu’il était cocu

  5. le 04 fév 2010 à 13:55 ymdelisle

    Gino, alors les « francophone Québecois Européen » sont l’equivalent des « White Anglo-Saxon Protestants », ou WASP. Les américo-britannique ne sont-ils pas des « anglophone américano-britannique-Européen »? Si je vous comprends bien, M. Facal qui est orignaire de l’amérique du sud, n’est pas un francophone Québecois-Européen. Est-il un « allophone francophone sud-américano-européen »? Je ne comprends pas votre logique.

    En passant, ça me dérange de me faire dire que je suis membre d’un peuple français. J’ai une identité québecoise…pas française.

  6. le 04 fév 2010 à 14:17 Victor H

    Vrai que pe président Sarkozy n’est pas au prise avec le « gouvernement des juges » canadiens de la Cour Suprême.Un certain bon sens préserve la France.

  7. le 04 fév 2010 à 14:26 ymdelisle

    Victor, pouvez-vous préciser votre pensée?

  8. le 04 fév 2010 à 16:42 Gino Tremblay

    M.ymdelisle, non les « francophone Québecois Européen » ne sont pas l’équivalent des « White Anglo-Saxon Protestants », ou KKK ou de quelques partis de droites.

    Le « francophone Québecois Européen » que je suis, est en fait une mentalité rebelle qui préfère de loin l’être à l’avoir. Je ne veux pas avoir un pays, je veux être un pays. Toutes la différence est là.

    J’ai l’amour de ma langue que j’aime bien écorchée en tant que rebelle. L’identité culturelle pour moi est une affaire d’être et non d’avoir. J’ai donc la mentalité d’être un peuple sans pour autant vouloir dominer et/ou écraser les autres.

    Les américo-britanique-ect… ont leurs propres mentalités ainsi que leur langue que je respecte, par contre je n’ai pas cette mentalité et personne ne me la fera adopter, j’aimerais mieux en mourir. Mon coeur bat en français.

    Pour ce qui est de M. Facal, seul lui peut se définir. Malheureusement, votre identité Québecoise ne peut nier sa descendance Européenne. L’Europe est le berceau de la francophonie. La langue française est un attribut de la souveraineté.

    En espèrant que vous comprendrez mieux ma logique.

  9. le 05 fév 2010 à 11:06 Victor H

    @ymdelisle

    Le chantage moral dont parle M.Facal, c’est un chantage qui s’appuie au Canada sur la charte canadienne des droits.

    La Charte a donné un formidable appui à la constitution d’un gouvernement des juges. C’est ce gouvernement des juges, prêt toujours à tout interpréter, qui pousse les politiciens à n’être plus que les commis de la Charte. Et c’est à celui, chez les politiciens, qui sera le plus commis et le plus servile à son égard.

    Le gouvernement des juges ralentit le débat démocratique en prétendant l’accélérer. En résulte scepticisme et cynisme de la population.

  10. le 05 fév 2010 à 11:49 Gilles

    Victor H vous résumez la situation de façon impeccable en trois cops de cuillère à pot.

    La situation au Canada est polluée par la Charte des droits et la prépondérance qu’elle accorde au gouvernement par les juges.

    Mais surtout à une charte des droits individuels, dont on remarquera que ça commence toujours par des causes individuelles qui une fois gagnées s’étendent en cascade à des groupes entiers par la suite.

    Pendant ce temps, les droits collectifs sont bafoués. Quelque chose m’échappe ? Je ne pense pas.

    Et on en est rendu à croire comme le dit Joseph, «qu’il serait mal d’asseoir les règles collectives sur les valeurs de la majorité».

    Je n’ai pas l’impression d’avoir grandi dans une société sans droits. De tous temps, dans toutes les sociétés, dans tous les groupes humains, les arrivants ont eu à s’adapter au milieu dans lequel ils voulaient vivre et d’abord s’intégrer. C’est un phénomène humain soumis aux lois de la psycholigie. Ça n’a rien à voir avec une charte des droits.

    Que des règles soient établies pour empêcher que les arrivants soient discrimnés ou pour favoriser leur intégaration, je ne connais personne qui soit contre. Et je suis moi aussi en faveur de ça.

    Mais que nous soyons maintenant et pour toujours soumis à une Charte des droits individuels, sans contrepartie de devoir, dont le monopole d’application appartient aux juges de la cour Suprême du Canada, et qui fait en sorte que n’importe qui puisse rester enfermé dans une singularité qui lui est propre et vivre indéfiniment en marge de la société je ne vois rien d’intelligent là-dedans.

    A Roma comportati come i romani! Si t’es pas content va vivre là où on vit comme tu veux vivre, parce qu’ici on ne vit pas comme ça.

  11. le 05 fév 2010 à 12:45 daveyy

     »De tous temps, dans toutes les sociétés, dans tous les groupes humains, les arrivants ont eu à s’adapter au milieu dans lequel ils voulaient vivre et d’abord s’intégrer. C’est un phénomène humain soumis aux lois de la psycholigie. Ça n’a rien à voir avec une charte des droits. » Gilles

    Parlez-en aux aborigènes du Canada et du Québec !

  12. le 05 fév 2010 à 14:38 Gilles

    Comme toujours dave igrec igrec se montre mauvais coucheur mais j’y suis habitué maintenant.

    Oui justement dave igrec igrec dans les sociétés aborigènes il y avait des rites : d’accueil, de passage, et d’intégration. Sans oublier les rites des morts.

    Ça n’avait et ça n’a rien à voir avec le geste politique d’imposer une Charte des droits individuels. Dans les sociétés aborigènes il n’y a pas de droits individuels, il n’y a que des droits collectifs.

    C’était leur façon «d’asseoir les règles collectives sur les valeurs de la majorité», et de préserver leur culture.

  13. le 05 fév 2010 à 14:46 Gilles

    Et j’ajoute que nous en avons un bel exemple aujourd’hui même, alors que des avis d’expulsion seront signifiés prochainement à une quinzaine de Blancs qui habitent Caughnawaga.

    En français ça devrait s’apeller de l’épuration ethnique. Mais le gouvernement fédéral qui est prêt à permettre le port du Kirpan dans les écoles, a déclaré par la voix d’une agente de communication sur les ondes de radio canada, ne pouvoir préserver les droits des blancs qui vivent à Caughnawaga.

    Parait que ce ne serait q’une simple affaire de gestion interne.

    C’est ça qui se passe chez les …aborigènes dave igrec igrec.

  14. le 05 fév 2010 à 15:31 daveyy

    Gilles

    Quand on déclare publiquement des platitudes générales (relisez votre 11h49 et notez l’utilisation de termes comme toutes les sociétés et tous les temps) comme si vous étiez un expert mondial en la matière, faut s’attendre à une riposte un peu cinglante. Mais honnêtement c’est pas à vous que je voulais m’en prendre mais plutôt à votre exposé imbu de certitude de toujours avoir raison.

    Sur les millions de kms carrés que composent le Québec, est-ce trop généreux de laisser les autochtones se gouverner dans les tout petit réduits qu’ils leur restent ?

    Vous vous scandalisez que le fédéral permet le kirpan au Québec( présumément contre la volonté du Québec ) mais du même souffle vous l’accusez de permettre les Mohawks un minimum de gouvernance sur le vestige d’un territoire ancestral. Ça me semble deux poids deux mesures.

  15. le 05 fév 2010 à 18:15 ymdelisle

    Gilles. Il faut le faire. Déblatérer contre une charte qui protège les droits. La charte est là pour protéger le simple citoyen des abus qui, entre autres, peuvent venir des gouvernements. Vous savez très bien que dans un Québec souverain, il y aurai une constitution, une charte des droits, une cour suprème et des juges. C’est ça la démocratie. Ce que vous proposez, si je comprends bien vos commentaires, c’est l’anarchie.

  16. le 05 fév 2010 à 18:35 Jean Claude Pomerleau

    Ce n’est pas tant la Charte enchâssée dans la Constitution de 1982 qui pose problème mais bien plus précisément la clause interprétation:

    « Article 27.Toute interprétation de la présente charte doit concorder avec l’objectif de promouvoir le maintien et la valorisation du patrimoine multiculturel des Canadiens. »

    Ce qui veut dire que la Cour Suprême du Canada doit s’y conformer. Point.

    Outre cette clause d’interprétation, qui est une porte ouverte aux achaismes, la Constitution canadienne contient 2 absolutismes: La primauté de Dieu, qui est celui des protestants puisque; et, la Reine d’Angleterre est la Chef d’État et qu’elle est lié de jure à la Religion protestante instituée par Henry V111 de par la Constitution d’Angleterre.

    Il faut se rappeler que le peuple n’est pas souverain au Canada, nous sommes tous des sujets de sa Majestée.
    ……….

    Pour comprendre pourquoi cette Constitution « moderne » a été promulguer sans approbation démocratique. Il faut savoir qu’elle est le résultat de la fixation idéologique de Trudeau: Le multiculturalisme a été imposé pour contrer la réalité de l’État nation du Québec; et, la Reine d’Angleterre a été conserver comme symbole unificateur d’un Canada, faute de mieux.

  17. le 05 fév 2010 à 18:42 Francois Aubin

    Franchement ymdelisle vous aimé bien lire les commentaires et les interprétés à votre manière!

    Je vais y aller du même genre de lecture alors. Si je suis bien votre raisonnement, vous proposé d’éliminer les élections et de laissé tout simplement les juges décidés de tout et de rien en interprétant les chartes.

    Le point était que la charte des droits de la personne de Trudeau est tellement contraignantes au niveau légal et met tellement de l’avant certains droits individuels qu’il devient pratiquement impossible que ce soit les élus et la population qui décide des questions éthiques et sociales les plus importantes de la société. La cour a déjà tranché sur le sujet de l’avortement, de la peine de mort, du mariage gay, les règles référendaires, la portée de la loi 101, etc. Des juges nommés pour leurs loyaux services au valeureux parti libéral du Canada décident de tous les débats et de toutes les enjeux et les politiciens ont de plus en plus de mal à prendre position de peur de se faire contredire par les juges. Voila un constat qui vient du fait que les droits individuels priment sur les droits collectifs et il est tout à fait normal de questionner cette pratique sans pour autant prôner l’anarchie.

  18. le 06 fév 2010 à 17:17 Gilles

    Et suite à ce que disent Jean-Claude et François, il s’ensuit conséquemment qu’il est impossible dans ce pays «d’asseoir les règles collectives sur les valeurs de la majorité», puisque c’est la Charte par ses règles interprétatives qui fait loi.

    CQFD…

  19. le 09 fév 2010 à 10:08 Gilles

    Et pour poursuivre dans cette veine, voici un petit film qui pourrait intéresser :

    http://www.youtube.com/watch?v=isUSnmOGg08