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Dans le ring

C’est ce soir à Sherbrooke que les neufs candidats à la direction du Parti Québécois croiseront le fer dans un premier débat. Mais il ne faut pas attendre de l’exercice plus que ce qu’il peut donner.

Qu’on soit dans une course à la direction ou dans une campagne électorale pour choisir un gouvernement, les candidats de premier plan se préparent désormais de la même façon pour les débats : il faut projeter une image de confiance, éviter les pelures de banane, et réussir à placer une ou deux phrases joliment tournées que les journalistes, qui aiment le langage court et imagé, reprendront dans leurs reportages. En politique, on appelle ça : manier l’art du « clip ».

Les principaux candidats seront polis et courtois les uns avec les autres parce qu’ils savent qu’ils devront vivre ensemble à partir du 16 novembre. Si un candidat trébuche, c’est parce qu’il se sera mis lui-même un pied dans la bouche. Si de véritables missiles sont lancés, ils le seront par les candidats qui ne visent pas la victoire, mais veulent seulement passer leur message.

Hormis les révélations que l’on sait, nous avons eu droit jusqu’ici à ce qu’on appelait jadis les figures imposées dans les compétitions de patinage artistique. Comme les membres du PQ se préoccupent d’abord et avant tout de souveraineté, c’est à qui sera le plus souverainiste. C’est un peu surréaliste parce que tous les candidats le sont et  tous sont pressés d’y parvenir.

Pour éviter les dérapages,  les candidats pourraient vouloir se cramponner au programme que les militants viennent d’adopter lors du congrès de juin. Il serait en effet malhabile de faire comme s’il n’existait pas et que les militants avaient travaillé pour rien. Pour certains militants, la fidélité au programme est d’ailleurs plus importante que la correspondance entre celui-ci et la réalité.

La vraie vie

Le problème est cependant que le programme est muet sur les questions les plus pressantes qu’un prochain gouvernement péquiste aura à affronter comme, par exemple, le poids de la dette ou la multiplication des cliniques de santé privées.

Je vous prédis que les débats ne mettront pas à jour de grandes divergences  chez les principaux candidats. Le corridor idéologique a déjà été plus large au sein du parti. Les prises de position seront donc comme des pions que l’on avance sur un échiquier pour plaire à telle ou telle faction du parti, en essayant de ne rien dire qui pourra irrémédiablement vous faire perdre des votes.

Quand vous courtisez le vote des jeunes, vous ne vous empresserez pas de leur dire que le dégel des frais de scolarité est inévitable tôt ou tard.  Quand des écologistes vous talonnent, vous choisirez soigneusement vos mots pour leur expliquer que le développement économique n’est pas une hérésie et que les travaux hydro-électriques peuvent être faits correctement.

On déplore à juste titre la langue de bois de la classe politique. Si les politiciens y ont recours, ce n’est pas parce ce qu’ils n’ont pas de convictions. C’est plutôt parce qu’il n’y a rien à gagner à dire le fond de sa pensée, hormis l’estime d’éditorialistes qui ne votent pas. Dans une réunion de ma famille, allez-vous dire à votre oncle que vous êtes incapable de le supporter ?

Il est faux de penser que les gens veulent entendre la vérité : la grande majorité veut surtout entendre quelqu’un lui dire qu’elle a raison de penser ce qu’elle pense. Sauf exception, le courage et la franchise ne sont pas des vertus payantes en politique. Il s’agit donc d’avoir l’air sincère et naturel, mais de tenir des propos soigneusement calculés.

Voilà aussi pourquoi on se fait élire d’abord et on agit ensuite. Dire toute la vérité et rien que la vérité avant le vote, c’est le plus sûr moyen de ne jamais être élu.