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Crise à Gaza

Mes activités professionnelles m’empêcheront, au cours des prochains jours, de superviser vos commentaires. Or, comme vous pouvez vous en douter par le titre ci-haut, ce billet porte sur un sujet qui enflamme les passions et donne lieu, toujours et systématiquement, aux pires dérapages. Impensable, donc, de laisser active la fonction «commentaires» si je ne suis pas disponible pour monter la garde. Voici tout de même ma réflexion sur un sujet à propos duquel je sais d’avance qu’il est pratiquement impossible de convaincre beaucoup de gens de faire un minimum de nuances.

Quand le Hamas a décidé, le 19 décembre, de mettre fin au cessez-le-feu et de recommencer à faire pleuvoir des roquettes sur Israël, il savait parfaitement que la riposte israélienne serait brutale et ferait plus de victimes du côté palestinien.

Cela peut sembler incompréhensible pour nous, qui croyons que mourir inutilement ne fait pas de vous un martyr d’Allah. Mais il y avait aussi un calcul politique derrière tout cela.

Le Hamas espère attirer l’armée israélienne dans les rues de Gaza et transformer l’affrontement en guérilla urbaine sur son propre terrain. Le grand nombre de victimes civiles radicalisera encore plus le peuple palestinien, fera passer le Hamas pour celui qui le défend vraiment,  et forcera l’aile plus modérée du leadership palestinien, le Fatah, à hausser le ton ou à passer pour collaborationniste.                                                                          

Il y aura aussi des élections en Israël dans un mois. La coalition au pouvoir ne peut se permettre de passer pour moins ferme que le principal parti d’opposition, le Likoud, tenant historique de la ligne dure. Après le relatif échec de son opération contre le Hezbollah dans le sud du Liban en 2006, l’armée israélienne devait aussi montrer qu’elle peut encore se faire respecter. Le Hamas savait tout cela.

Il est vrai que la riposte israélienne est brutale et «disproportionnée». Mais on peut se demander à quoi pourrait ressembler une riposte «proportionnée» quand celui qui tire les roquettes n’est pas habillé en soldat identifiable et se fond dans la population civile.   

D’un autre côté, c’est bel et bien le Hamas, que cela plaise ou pas, qui a remporté les élections de janvier 2006 dans les territoires palestiniens. Depuis ce temps, Israël soumet Gaza, contrôlé par le Hamas, à un impitoyable blocus économique, ne laissant entrer qu’un mince filet d’aide humanitaire, et soutient davantage la Cisjordanie, contrôlée par le Fatah. Les Palestiniens trouvent évidemment qu’une telle «démocratie» ne vaut pas cher, en plus d’être irrémédiablement divisés entre eux.

Le plus tragique est que, privément, tous ou presque admettent qu’il n’y a qu’une seule solution viable, évidemment imparfaite comme tous les compromis boiteux : deux États côte à côte, souveraineté partagée sur Jérusalem comme capitale commune, retrait israélien des territoires occupés, renoncement palestinien au terrorisme, indemnisation partielle des réfugiés avec abandon de leur part du droit de retour intégral.  

Les États-Unis sont le seul acteur qui aurait les moyens de faire entendre raison aux deux belligérants. Mais ils sont juge et partie dans cette affaire, ayant choisi de supporter inconditionnellement Israël. L’Union européenne  peut parler tant qu’elle veut, mais elle n’a pas les moyens de sa rhétorique.

Il est absurde de se demander qui a raison. Deux légitimités historiques et nationales s’affrontent : d’un côté, un peuple martyr, les juifs, qui retrouve sa terre ancestrale après 2000 ans de persécutions, et, de l’autre, un peuple palestinien, également martyr, qui ne voit pas pourquoi il faudrait réparer une injustice par une autre, en le dépouillant lui de sa terre ancestrale.

Tant et aussi longtemps que ceux qui prônent le dialogue seront vus avec suspicion par leur propre peuple, un règlement définitif sera parfaitement inatteignable. Mais évidemment, et je le disais au début du billet, devant les horreurs sans nom dont nous sommes témoins, je sais qu’il est complètement inutile d’espérer convaincre beaucoup de gens de faire la part des choses.