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Les antimondialistes se sont rebaptisés altermondialistes le jour où ils ont compris que la mondialisation était inévitable. La bonne bataille à mener était celle pour une mondialisation encadrée par des règles équitables plutôt qu’une mondialisation répondant à la seule loi du plus fort. Mais des confusions intellectuelles graves persistent chez certains altermondialistes.

Beaucoup de jeunes militants dirigent une bonne part de leur animosité contre l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Ils voient l’OMC comme le cœur d’un complot mondial ourdi par des multinationales qui manipulent les gouvernements afin d’exploiter encore plus les peuples les plus pauvres.

Que les États représentés à l’OMC subissent de terribles pressions est indéniable. Mais l’OMC offre aussi aux pays pauvres une arène pour faire valoir leurs intérêts. Les populations civiles auraient-elles un meilleur rapport de force si ce lieu, certes rempli d’imperfections, n’existait pas ?

Imaginons un instant un monde sans OMC, où les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l’Inde et la Russie régleraient de façon bilatérale, à leur seule convenance, ce qui les préoccupe, sans que les gouvernements des autres pays n’aient voix au chapitre. C’est pourquoi les pays pauvres ont compris qu’ils avaient tout intérêt à investir l’OMC pour essayer de la changer de l’intérieur, plutôt que de s’en détourner. La démonisation de l’OMC  nuit à ceux qu’elle prétend aider.

L’une des vraies limites de l’OMC est qu’elle a été mise sur pied pour régler des différends commerciaux. Or, ce que la mondialisation met en cause, c’est la capacité des pays d’avoir des systèmes sociaux et des industries culturelles qui leur soient propres. L’OMC est en ce sens un forum insuffisant et mal outillé.  Il est de toute façon stupide de s’imaginer que les peuples vont se laisser faire et renoncer à ce qui les distingue. Une société ne se réduira jamais à une somme de préférences individuelles et à une rationalité strictement marchande.

À l’inverse, si chaque gouvernement se braque derrière une longue liste d’exceptions nationales décrétées non négociables, on retourne aux attitudes protectionnistes de jadis qui entravent le progrès. Si le commerce est assis sur des règles vraiment équitables, il est vrai que l’abolition des barrières profite à tous. Il faut donc élaborer une voie mitoyenne entre un protectionnisme débilitant et une libéralisation au seul bénéfice des plus forts. À cet égard, l’OMC a au moins le mérite d’exister.

Que faire pour l’avenir ? Il faudrait d’abord que les règles de fonctionnement de l’OMC donnent aux pays pauvres plus d’espace et de moyens pour s’y faire valoir. Comme les questions commerciales seront de plus en plus indissociables des enjeux sociaux et culturels, il faudrait ensuite renforcer les autres institutions multilatérales conçues à l’origine pour en débattre, comme l’UNESCO ou l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Les Nations unies devraient aussi se mettre au travail sur une Charte universelle des biens publics inaliénables comme l’eau, la santé ou les culturelles nationales, sur le mode de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Cela ne voudrait pas dire que l’entreprise privée n’y aurait pas sa place, mais seulement que la logique ultime ne saurait être celle de la marchandisation totale.

Il faudrait enfin que les populations des pays riches comprennent qu’être libre-échangiste à l’étranger et  protectionniste chez nous, et exiger des pays pauvres des comportements environnementaux sans rapport avec leur condition, les condamne à cette misère que l’on souhaite voir disparaître.