Changer ou mourir
28 mars 2007 par Joseph Facal
Après le tsunami de lundi soir, tous les partis ont des devoirs à faire. Mais c’est évidemment le Parti québécois qui fera face aux questionnements les plus fondamentaux. André Boisclair a bien fait d’annoncer qu’il restait. Évidemment, la politique étant ce qu’elle est, il ne manquera pas d’être sévèrement blâmé pour la dégelée historique subie lundi.
On se chargera évidemment de faire l’inventaire de tout ce qui aurait dû être fait autrement depuis son accession à la tête du Parti québécois. Certains évoqueront l’excellente campagne qu’il a menée. D’autres rappelleront les résistances tenaces auxquelles sa personne se heurte auprès de certains segments de la population.
Il serait pourtant trop simple de faire de monsieur Boisclair l’unique bouc émissaire pour l’échec de son parti. Même en se donnant un jeune chef, le Parti québécois n’a pas réussi à incarner l’espoir, le changement, le goût de l’avenir. En fait, il a payé le prix d’avoir refusé de faire l’autocritique qui aurait dû suivre la raclée subie en 2003.
Que faire?
Le Parti québécois s’est construit sur deux piliers: la souveraineté et la social-démocratie. Les renier enlèverait à ce parti sa raison d’être. Il doit surtout rompre avec son obsession référendaire, moderniser la social-démocratie et revenir aux raisons essentielles de vouloir un pays.
Par-dessus tout, il doit cesser de se comporter comme s’il détenait tout le temps la vérité absolue et qu’il savait toujours mieux que les gens ce qui est bon pour eux. Il projette l’image d’un parti qui confond la nécessaire fidélité à ses valeurs avec l’attachement dogmatique à des politiques dépassées. Le gel des frais de scolarité en était l’illustration la plus caricaturale.
L’ADQ a fait des percées spectaculaires dans des régions qui ne sont pas du tout de tradition conservatrice. Des millions de Québécois, souvent souverainistes, qui ne sont pas du tout des gens de droite bornés, ne se reconnaissent tout simplement plus dans la lecture du Québec que propose le Parti québécois depuis plusieurs années.
Partout en Occident, des partis de centre gauche, sans rien renier de leurs valeurs, adaptent leurs conceptions du rôle de l’État, des finances publiques et du secteur privé à un monde qui change plus vite que jamais et aux nouvelles aspirations des jeunes familles de la classe moyenne. Le Parti québécois s’est jusqu’ici refusé à cela.
L’obsession référendaire
Historiquement, le Parti québécois a été une coalition hétéroclite, allant de la gauche jusqu’au centre droit, cimentée autour de l’idée de la souveraineté. Cette coalition ne tenait que parce qu’elle était dirigée par des chefs immenses, et parce que la perspective d’un référendum gagnant dans des délais raisonnables permettait de faire accepter à chacun des compromis sur les autres enjeux.
À partir du moment où ces deux conditions ne sont plus réunies, bien des souverainistes se sentent désormais libres d’aller voir ailleurs. Grugée sur sa gauche, dévorée sur sa droite, cette coalition se réduit donc comme peau de chagrin depuis 1994. La vieille stratégie d’essayer de fédérer tous les souverainistes au sein d’un seul parti qui prendrait le pouvoir avec assez d’élan pour tenir un référendum semble épuisée.
Il était pourtant parfaitement prévisible que marteler la tenue coûte que coûte d’un référendum ne ramènerait pas les souverainistes au bercail, puisque personne n’y croyait sérieusement à court terme. Elle n’a eu pour seul effet concret que de renforcer l’image d’un parti déconnecté du Québec réel.
Trois dangers mortels guettent désormais le Parti québécois: s’imaginer qu’un changement de chef serait à lui seul une recette miracle, se radicaliser comme il l’a souvent fait après les défaites, ou s’éviter de bouger sous prétexte que de nouvelles élections pourraient survenir rapidement.