Ce n’est pas la souveraineté, mais ce n’est pas ce qui était prévu à Ottawa
4 avril 2007 par Joseph Facal
On pourrait croire que plus les Québécois et les Canadiens vivront longtemps dans le même pays, plus ils finiront par se comprendre. Pantoute. Nous sommes sur deux planètes différentes. Depuis les élections du 26 mars, chacun y va de son interprétation de ce qu’elles veulent dire. Mais rien n’est plus étrange que de lire ce qui s’écrit sur nous dans le Canada anglais depuis quelques jours.
Évidemment, on se bouscule pour graver la pierre tombale du mouvement souverainiste. On le fait d’ailleurs tous les six mois, chaque fois que les sondages indiquent que l’appui à la souveraineté a fléchi de deux points.
Mais cette fois, ils pensent que ça y est vraiment. Ils espèrent même que le Québec deviendra sage comme le Manitoba. Pour un bout de temps au moins.
Il est vrai que les souverainistes ne semblent pas en position de tenir un référendum dans l’avenir prévisible. Mais voyons les choses autrement pour un instant.
Jean Charest est devenu chef du Parti libéral du Québec parce qu’au lendemain du référendum de 1995, les fédéralistes québécois voulaient à leur tête un vrai de vrai: un homme avec la feuille d’érable tatouée sur le coeur et qui dégainerait son passeport canadien plus vite que son ombre.
Pas un de ces fédéralistes fatigants à la Claude Ryan, à qui il pourrait venir des idées folles comme avoir des revendications constitutionnelles.
Évidemment, à Ottawa, après le départ de Jean Chrétien, on s’est dit qu’il fallait aider monsieur Charest à montrer aux Québécois que le fédéralisme pouvait être rentable pour eux.
Mauvais calcul
Paul Martin commença par reconnaître, dans le cadre des discussions sur le financement de la santé, que le fédéralisme pouvait fonctionner de façon asymétrique. Pierre Trudeau se retourna dans sa tombe et Jean Chrétien y trouva une nouvelle raison de mépriser Paul Martin.
Puis vint Stephen Harper, dont les ouvertures au Québec furent qualifiées d’extraordinaires par nul autre que Jacques Parizeau en personne!
Un plus grand rôle pour le Québec à l’Unesco? Adjugé.
La reconnaissance que les Québécois forment une nation? Adjugé.
Quelques centaines de millions de plus pour «régler» le déséquilibre fiscal? Adjugé.
Tout cela avait deux buts.
D’abord, aider Stephen Harper à marquer des points au Québec. À court terme, ça devrait normalement marcher. Mais surtout, cela devait aider Jean Charest à se faire réélire.
Résultat: les libéraux ont perdu 26 sièges et se sont fait lessiver chez les francophones. Évidemment, le gouvernement était impopulaire, mais retenons surtout que les Québécois ne l’ont pas récompensé pour ces gains indéniables.
Toujours plus
Désormais, les souverainistes détiennent la balance du pouvoir, ce qui n’est pas rien, mais surtout, l’opposition officielle est maintenant aux mains d’un parti qui veut: reprendre les négociations constitutionnelles, abolir le Conseil de la fédération, adopter une constitution du Québec, changer le nom de la province de Québec pour l’appeler «État autonome du Québec», supprimer le rapport d’impôt fédéral et réduire la dépendance du Québec à l’égard de la péréquation fédérale.
Ce n’est pas du tout la souveraineté, mais ce n’est pas ce qui était prévu à Ottawa.
Autrement dit, 77 des 125 sièges à l’Assemblée nationale sont entre les mains de deux partis qui veulent beaucoup plus de pouvoirs pour le Québec.
Bref, quand il y a des gains à prendre, les Québécois les prennent et continuent à en revendiquer d’autres. L’appétit leur vient en mangeant. Pourquoi s’arrêteraient-ils en si bon chemin?
On ne comprend pas encore, dans le Canada anglais, que les Québécois trouvent toujours des moyens de déjouer tous les calculs et, par des voies souvent imprévues, ne cessent jamais de s’affirmer. Cela ressemble dangereusement à une confiance en marche.
2 réponses à “Ce n’est pas la souveraineté, mais ce n’est pas ce qui était prévu à Ottawa”

Bravo pour ce texte du Québec en marche! C’est une excellente analyse!
Allez osez! Entrez dans la course à la chefferie du PQ.
En retour, voici un texte que j’ai fait parvenir à Stéphane Laporte en réponse à: Le PQ s’est tué en 2001.
Avant de répondre à votre affirmation, je citerai René Lévesque: ” Combien en est-il de par le monde qui ont refusé pareille chance d’acquérir paisiblement et démocratiquement, les pleins pouvoirs sur eux-mêmes? ”
Mon cher Stéphane, (pardonnez-moi le tutoiement, j’ai un fils de votre âge), que le PQ se soit tué en 2001 en laissant aller son chef est une hypothèse. Mais je n’y crois peu!
Un grand chef c’est une source d’inspiration additionnelle, mais contrairement à vous et Robert Lepage, je pense que ce n’est pas l’élément essentiel. Du moins, j’en doute. L’important c’est l’équipe!
La preuve en est qu’avec les meilleurs chefs comme les moins bons, le vote souverainiste se maintient toujours à 45%. Les sauveurs cela va bien faire! En fait, si le PQ a reculé depuis 1998, cest parce qu’il n’est pas à l’écoute de la population et qu’il a fait de grosses gaffes . Et c’est pour la même raison, que le PLQ est en chute libre ( 24% d’appui francophone, le plus faible en 100 ans).
Rappelons ici les événements précédant le départ de Bouchard!
D’abord le ressac du référendum, puis — les coupures très sévères du fédéral en santé et autres, — la loi sur la clarté — le déficit zéro — la mise à la retraite de 300 médecins et 4 milles infirmières — les fusions catastrophiques de 2000 — et la goûte d’eau qui faisait déborder le vase de Lucien: la victoire du PLC en 2001, alors que Chrétien se comportait comme un EMPEREUR, tout en achetant l’âme des Québécois, avec les commandites.
C’en était trop pour lui. Le comportement de son peuple face au fédéral l’a tué littéralement. J’aurais fait la même chose à sa place, je serais parti. Pourtant, comme vous le disiez il avait des qualités rares : une autorité naturelle, une prestance de chef d’état, et un grand charisme. Tout le monde va être d’accord avec vous à ce sujet!
Diriger le PQ n’est pas une sinécure puisque ce n’est pas un parti normal. C’est un parti qui doit véhiculer un projet de pays tout en administrant le Québec. C’est presque incompatible! D’ailleurs vous avez souligné avec raison la difficulté du chef avec le parti ( cela a débuté sous René Lévesque ).
Les purs et durs, comme on les appellent à tort, sont les fondations du parti (ciment). Et quand ils brassent la cage, c’est parce qu’ils se sentent trahis par leur Leader avec cette “stratégie des petits pas” qui n’a jamais abouti. Ils préfèrent être dans l’opposition mais à condition que l’on parle d’indépendance du pays à venir. Mais ce ne fut pas le cas(excepté sous Parizeau). Et lentement ils ont commencé à déserter et à ne plus voter.
Bouchard fut un grand chef, mais sa présence à côté de Parizeau (seul chef du PQ, jamais contesté), lors du dernier référendum, ne fut quand pas suffisante même avec une question un peu diluée!
Le PQ doit donc impérativement( pour se démarquer vraiment de l’ADQ ), revenir au mandat premier: ” l’indépendance ” ; quitte à rester dans l’opposition les 5 prochaines années. À partir d’aujourd’hui ils doivent faire de la pédagogie et parler d’identité, de langue et du pays à venir; et rien d’autres. S’ils prennent le pouvoir la population saura qu’iI y aura référendum sur ” l’indépendance “, point.
Depuis la déclaration de Parizeau (désavouée par ses pairs péquistes, quelle honte!) le PQ est sur la défensive depuis ce temps. Quelle erreur de ne pas l’avoir défendu alors qu’il n’avait dit que la vérité! Oui “DES” VOTES ethniques. 85 milles naturalisés entre 93 et 95.
En politique on dit qu’un an c’est l’éternité et que tout peut arriver; comme dans le cas de l’ADQ. En effet, qui aurait cru il y a un an qu’il prendrait le pouvoir?
Donc, laissons faire le temps. Moi je trouve que l’idée de la souveraineté progresse lentement et sûrement, même si elle passe par des chemins tortueux. La différence avec la situation antérieure, c’est qu’elle est portée maintenant, à différents degrés, par tous les autres partis, excepté le PLQ. Et avec leur dernière déconfiture, ils sont obligés de se montrer moins “Pro-Canadien”. Qui l’aurait cru?
Pour terminer, j’ajouterai…. pourquoi laissez l’administration de sa maison à son voisin, alors que l’on peut devenir propriétaire!
Bonjour M.Facal,
concernant le désir de l’ADQ de retourner se vautrer dans la boue constitutionnelle, avez-vous lu le rapport de l’institut de recherche sur le Québec mené par le chercheur Patrick Taillon?
J’ai écrit un court texte sur le sujet sur le blogue politique « Un homme en colère », si cela vous intéresse (il y a un lien vers le rapport, ça vous fera visiter!) :
http://uhec.net/?p=200
Ne pensez-vous pas que Dumont risque de se cogner les dents sur la réticence traditionnelle des Canadians devant la gloutonnerie québécoise? Et que cela sera le point de départ d’une remontée spectaculaire de notre cause? Souhaitons-le! Croisons-nous les doigts!