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	<title>Le blogue de Joseph Facal &#187; Journal de Montréal et Journal de Québec</title>
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		<title>L&#8217;orphelinat</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Sep 2010 11:51:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Facal</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal de Montréal et Journal de Québec]]></category>

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		<description><![CDATA[On annonçait la semaine dernière la naissance d’un carrefour de rassemblement à l’intention de ceux qui partagent une sensibilité de droite, intitulé le Réseau Liberté Québec. Je ne connais pas personnellement les gens associés à cette initiative et je n’en savais rien jusqu’à l’annonce. À première vue, leur libéralisme économique semble assez musclé. On verra [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On annonçait la semaine dernière la naissance d’un carrefour de rassemblement à l’intention de ceux qui partagent une sensibilité de droite, intitulé le Réseau Liberté Québec.</p>
<p>Je ne connais pas personnellement les gens associés à cette initiative et je n’en savais rien jusqu’à l’annonce. À première vue, leur libéralisme économique semble assez musclé. On verra les suites mais, historiquement, les Québécois n’ont jamais fait bon accueil aux propositions de chambardements.</p>
<p>L’événement est cependant révélateur. Au Québec, pendant longtemps, seuls les gens d’affaires et quelques animateurs de radio tenaient un discours de droite, généralement dépourvu de subtilité. L’Institut économique de Montréal était la seule institution qui travaillait à lui donner une respectabilité intellectuelle. Dans les milieux sophistiqués, l’homme de droite était l’équivalent politique du pédophile. L’air du temps est décidément en train de changer.</p>
<p>Les plus ébranlés seront évidemment ceux qui croyaient à ce mythe d’un Québec résolument plus à gauche que le reste du Canada. Les sondages montrent plutôt que, si les Québécois sont plus ouverts que les Canadiens sur des questions comme l’homosexualité ou les armes à feu, ils ont une sensibilité similaire pour ce qui est de la fiscalité ou du rôle du secteur privé, à l’exception peut-être des Albertains. Décomplexée, notre droite locale sort maintenant du placard, mais elle avait toujours été là.</p>
<p>Il faut dire que la gauche québécoise avait réussi l’extraordinaire tour de force de diaboliser des idées qui sont pourtant monnaie courante, depuis des lunes, dans des pays européens régulièrement gouvernés à gauche,  comme la médecine privée, des exigences de performance dans le secteur public ou un vote secret pour se syndiquer.</p>
<p>Deux raisons expliquent la soudaine visibilité d’un courant de pensée qui était là depuis longtemps.  Pour l’essentiel, le «modèle» québécois est issu d’une philosophie social-démocrate maintenue en place, depuis quarante ans, à la fois par les gouvernements péquistes et libéraux.</p>
<p>Ce modèle nous a globalement bien servis, mais il craque aujourd’hui de partout. Libéraux et péquistes ne l’admettent pourtant que du bout des lèvres. Règle générale, un politicien de carrière, dont les convictions seront ondoyantes parce qu’il veut durer, ne voudra pas trop brasser la soupe. Le mouvement syndical, lui, n’admet rien du tout, car il sait qu’il ferait forcément les frais de toute révision sérieuse.</p>
<p>Cet immense décalage entre la réalité vécue par nos concitoyens, la politique partisane et les discours corporatistes crée un espace pour les gens porteurs d’un autre message. Le discours n’est pas nouveau, il est juste davantage écouté.</p>
<p>Le passage du temps fait aussi entrer en scène de nouvelles générations qui ne sont pas sensibles à ce récit enchanté et mythique qui présente la Révolution tranquille comme un âge d’or dont les fruits doivent être vénérés inconditionnellement. Je rencontre quotidiennement des jeunes qui en ont soupé de se faire dire qu’ils n’aiment pas le Québec ou qu’ils manquent de compassion parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans le genre de rectitude politique qui prévaut chez nous depuis si longtemps.</p>
<p>Tous les jours, le Québec se remplit un peu plus d’orphelins politiques qui ne demanderaient sans doute pas mieux que de se trouver une maison pour leur sensibilité. En attendant, ils cherchent.</p>
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		<title>Une vérité inconfortable</title>
		<link>http://www.josephfacal.org/une-verite-inconfortable/</link>
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		<pubDate>Wed, 01 Sep 2010 11:36:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Facal</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal de Montréal et Journal de Québec]]></category>

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		<description><![CDATA[Au Québec, pour obtenir le droit d’enseigner au primaire ou au secondaire, il faut réussir un examen de français écrit à la fin du baccalauréat en enseignement. Le taux d’échec à cet examen est faramineux : seulement un étudiant sur quatre le réussit du premier coup. Des petits futés ont donc mis sur Facebook plusieurs des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Au Québec, pour obtenir le droit d’enseigner au primaire ou au secondaire, il faut réussir un examen de français écrit à la fin du baccalauréat en enseignement.</p>
<p>Le taux d’échec à cet examen est faramineux : seulement un étudiant sur quatre le réussit du premier coup. Des petits futés ont donc mis sur Facebook plusieurs des questions de l’examen. Belle éthique. Et ils seront, un jour, enseignants.</p>
<p>Quand on échoue un examen, il est plus facile de blâmer l’examen que de se blâmer soi-même. Un jeune homme qui n’a réussi le test qu’à sa troisième tentative se plaignait de ce qu’on lui demandait, entre autres, d’expliquer le sens du mot <em>indigent </em>ou celui de l’expression <em>les chiens aboient, la caravane passe.</em></p>
<p>On n’utilise pas cela dans la vie de tous les jours, dit-il. Voyez la mentalité que révèle son commentaire : pour lui, tout ce qui compte, c’est de connaître ce qui permet de se débrouiller dans le quotidien. Petite misère.</p>
<p>Ces taux d’échec hallucinants et ce genre de mentalité illustrent une dure réalité : chez nous, la profession d’enseignant au primaire et au secondaire attire assez peu les meilleurs étudiants. Ne me lancez pas de roches : il y a évidemment des exceptions nombreuses et admirables. J’en connais.</p>
<p>Ce n’est pourtant pas une fatalité. Les chiffres ne disent pas tout, mais ils sont souvent révélateurs. En Finlande, qui se classe au premier rang mondial dans plusieurs palmarès éducatifs, les futurs enseignants sont recrutés parmi le premier 10%, en termes de notes obtenues, des finissants de collège qui se dirigent à l’université. On est loin de ça ici. La profession d’enseignant y est toutefois infiniment plus prestigieuse et mieux rémunérée.</p>
<p>On s’imagine souvent que si on trouve la bonne méthode pédagogique, le bon ratio professeur-étudiant, la bonne technologie, le bon personnel de soutien, on augmentera radicalement la réussite scolaire. C’est le discours que véhiculent continuellement les partis politiques, le ministère ou les syndicats.</p>
<p>De la poudre aux yeux pour l’essentiel. Ces facteurs ont une importance très relative. Hormis le milieu familial, le facteur le plus décisif de la réussite éducative est la qualité du professeur. Or, la vérité est que l’aptitude à enseigner est largement innée. Pour l’essentiel, on l’a ou on ne l’a pas. C&#8217;est comme avoir l&#8217;oreille musicale ou pas.<strong>                                                                  </strong></p>
<p>Pourquoi est-ce ainsi ? Parce que le bon professeur est celui qui stimule la curiosité de l’enfant tout en faisant régner l’ordre. Or, pour inspirer et se faire obéir, il faut de la passion et de l’autorité, deux qualités qui ne s’enseignent pas vraiment. Les formations en pédagogie peuvent aider, mais marginalement, car elles sont souvent remplies de théories fumeuses et peu ancrées dans le réel. Quelques années en début de carrière suffisent habituellement pour savoir si on aura affaire ou non à un bon enseignant.  </p>
<p>Bref, si on veut améliorer la réussite éducative des enfants, rien n’est plus important que de s’assurer que les autorités concernées embauchent de bons professeurs et ont des recours contre les mauvais. Inutile de dire que la discussion publique chez nous ne porte JAMAIS là-dessus. C’est un autre des tabous au cœur du «modèle» québécois.</p>
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		<title>Le gentil voisin</title>
		<link>http://www.josephfacal.org/le-gentil-voisin/</link>
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		<pubDate>Mon, 30 Aug 2010 11:43:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Facal</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal de Montréal et Journal de Québec]]></category>

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		<description><![CDATA[Dès qu’il est question de terrorisme, beaucoup de gens chez nous font comme si le Québec et le Canada étaient dans une sorte de bulle qui nous mettrait à l’abri de cette réalité, qui n’existerait que dans de lointaines contrées ou pour les méchants Américains. La semaine dernière, trois jeunes hommes ont été arrêtés à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dès qu’il est question de terrorisme, beaucoup de gens chez nous font comme si le Québec et le Canada étaient dans une sorte de bulle qui nous mettrait à l’abri de cette réalité, qui n’existerait que dans de lointaines contrées ou pour les méchants Américains.</p>
<p>La semaine dernière, trois jeunes hommes ont été arrêtés à Ottawa par la GRC. On a découvert chez eux du matériel permettant de fabriquer des bombes avec lesquelles ils projetaient de commettre des attentats. Pas à Kaboul. Ici, chez nous.</p>
<p>Ce groupe posait <em>«une menace réelle et grave».</em> Ce n’est pas Stephen Harper, le «matamore», qui parle, mais le porte-parole de la GRC, qui n’a ici aucun intérêt politique ou idéologique à tordre les faits.</p>
<p>Malgré cela, nos esprits sont imprégnés par un discours qui ressemble plutôt à ceci : dans des pays du Moyen-Orient pauvres et maintenus sous tutelle par un Occident qui ne veut que leur pétrole, des jeunes désœuvrés et sans espoir donnent un sens à leur vie en s’attaquant à ce qu’ils perçoivent comme la cause de leur misère personnelle et de celle de leurs peuples. Le fond du problème serait donc économique, politique et sociologique.</p>
<p>Il est vrai que les États-Unis, en particulier, et l’Occident, en général, ne sont pas irréprochables. Il est vrai aussi que plus de prospérité économique, moins d’inégalités sociales et des classes moyennes robustes feraient baisser la tension dans cette région du monde. Mais revenons un instant aux jeunes hommes arrêtés jeudi dernier.<strong>                                                              </strong></p>
<p>Khurram Syed Sher, 28 ans, est né au Canada. Médecin formé à McGill, il a longtemps vécu sur la rue Nancy, à Brossard, avec sa femme et ses trois enfants. Amateur de hockey-bottine, il a aussi participé à l’émission de télé <em>Canadian Idol. </em>Son acolyte, Misbahuddin Ahmed, 26 ans, est technicien en radiographie à l’hôpital d’Ottawa.</p>
<p>Peu de temps auparavant, un autre jeune homme avait tenté de faire sauter une auto à Times Square, en plein cœur de New York. Il était analyste financier au Connecticut. Lui non plus n’avait rien à voir avec le profil-type du paumé qui devient terroriste par désespoir.  On a affaire ici à des jeunes qui ont grandi chez nous, qui sont instruits et qui occupent des positions sociales enviables.</p>
<p>On comprend maintenant mieux ce phénomène. Pour toutes sortes de raisons, une crise survient dans leurs vies et les déstabilise. Leur route croise alors celle d’un recruteur islamiste, expert de la manipulation psychologique, qui canalise leur désarroi vers l’action terroriste, tout en leur offrant soutien et réconfort. Le recrutement se fait maintenant moins dans les mosquées, trop surveillées, et davantage sur le web.</p>
<p>Quand sa femme a mis au monde un de leurs bébés, Syed Sher distribuait, paraît-il, des biscuits à ses voisins de Brossard pour partager sa joie. Et alors ? Il a droit à la présomption d’innocence et le procès, si on se rend jusque-là, devrait clarifier bien des choses. L’Histoire est cependant remplie des semeurs de mort qui étaient des maris et des pères de famille exemplaires.</p>
<p>Il n’y a jamais d’explication simple et unique d’un phénomène complexe, mais il est angélique de s’imaginer que nous serions à l’abri du danger parce que nous n’aurions rien ou presque à nous reprocher.</p>
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		<title>La cascade</title>
		<link>http://www.josephfacal.org/la-cascade/</link>
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		<pubDate>Wed, 25 Aug 2010 13:30:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Facal</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal de Montréal et Journal de Québec]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans le domaine de l’éducation, on vit très longtemps avec les conséquences de nos décisions. La réforme pédagogique commença à être implantée en l’an 2000. Vous en connaissez évidemment les grandes lignes : priorité aux compétences transversales, moins d’emphase sur les connaissances,  travaux de recherche en équipe, bulletins sans chiffres, etc. L’idée de départ n’était pas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le domaine de l’éducation, on vit très longtemps avec les conséquences de nos décisions.</p>
<p>La réforme pédagogique commença à être implantée en l’an 2000. Vous en connaissez évidemment les grandes lignes : priorité aux compétences transversales, moins d’emphase sur les connaissances,  travaux de recherche en équipe, bulletins sans chiffres, etc.</p>
<p>L’idée de départ n’était pas celle-là : il s’agissait de se concentrer davantage sur les matières de base et de hausser les exigences. Il n’était pas question de chambarder les méthodes d’apprentissage, qui devraient être laissées à la discrétion de l’enseignant.</p>
<p>Je l’ai écrit mille fois : j’étais et je demeure contre ce détournement des intentions originales, tout en reconnaissant que tout n’est pas totalement mauvais là-dedans et que cette réforme ne fut pas appliquée partout de la même manière.</p>
<p>Les enfants de cette réforme entrent au cégep cette semaine. Ils ne sont ni plus ni moins doués que leurs prédécesseurs, mais ils auront reçu une formation différente. Le hic est que les cours de cégep sont basés sur les acquis que les étudiants du secondaire d’AVANT la réforme étaient supposés avoir.</p>
<p>Sans sauter trop tôt aux conclusions, le milieu est inquiet. <em>«Le choc de la réalité s’en vient»,</em> prévient le plus important représentant syndical des enseignants. Il  dit qu’il aimerait être optimiste. C’est donc qu’il ne l’est pas.</p>
<p>Le représentant des étudiants collégiaux dit que ces jeunes seront plus autonomes que ceux d’avant, mais admet qu’ils auront des lacunes dans les connaissances de base. Les connaissances de base à cet âge, c’est par exemple de savoir additionner deux fractions et accorder un participe passé. Il demande des ajustements aux cours de cégep pour en tenir compte.</p>
<p>Interviewée par le journal <em>La Presse</em>, une jeune fille de 17 ans confiait n’avoir JAMAIS eu un cours magistral. En langage clair, elle n’a jamais passé une heure à écouter le professeur et à prendre des notes, ce qui exige une capacité à fixer son attention. Au cégep et encore plus à l’université, le cours magistral reste pourtant, moins qu’avant mais tout de même encore, la forme d’enseignement dominante.    </p>
<p>Mettez-vous maintenant à la place du prof de cégep qui reçoit ces jeunes. Supposons qu’il réalise que 20% du groupe devrait normalement échouer. Il fait quoi ? Le système d’éducation fonctionne un peu comme une chaîne de production. Ça entre par un bout et il faut que ça sorte à l’autre bout avec le moins de complications possibles.</p>
<p>Trop d’échecs indisposeront tout le monde : ses propres collègues, les étudiants et leurs parents qui chialeront, les directions d’établissement qui n’aiment pas les imprévus et lui feront les gros yeux,  le ministère qui est obsédé par les taux de réussite, et le cabinet de la ministre qui devra réagir à des articles de journaux et aux attaques de l’opposition.</p>
<p>Devinez ce que fera le pauvre prof : la tentation sera immense de donner des passe-droits. Vous feriez quoi vous ? Après deux ans de ce régime, le jeune arrivera à l’université où le même manège recommencera : on constatera qu’il ne sait pas ce qu’on a pris pour acquis qu’il saurait. Et on fera quoi ? Appelons cela un effet de cascade.</p>
<p><strong> </strong></p>
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		<title>Le bulletin</title>
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		<pubDate>Wed, 18 Aug 2010 12:22:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Facal</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal de Montréal et Journal de Québec]]></category>

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		<description><![CDATA[J’imagine que vous attachez de l’importance aux résultats scolaires de votre enfant, non ? Vous aimeriez donc que son bulletin indique clairement s’il progresse ou non vis-à-vis de lui-même et par rapport aux autres. Vous voulez un bulletin où l’on retrouverait les 56 %, les 71% ou les 88% de jadis, avec la moyenne de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’imagine que vous attachez de l’importance aux résultats scolaires de votre enfant, non ?</p>
<p>Vous aimeriez donc que son bulletin indique clairement s’il progresse ou non vis-à-vis de lui-même et par rapport aux autres. Vous voulez un bulletin où l’on retrouverait les 56 %, les 71% ou les 88% de jadis, avec la moyenne de la classe à côté et les commentaires du prof en bas.  Idéalement, le même partout, pour pouvoir comparer les écoles entre elles. Un peu ce que vous et moi avons connu.</p>
<p>Bref, c’est simple, non, cette histoire de revenir à un bulletin chiffré et moins obscur ? Détrompez-vous, c’est loin d’être simple.  </p>
<p>Le bulletin est supposé refléter les acquis de l’enfant. Vous et moi avons connu une époque où les acquis étaient des connaissances. Nous allions à l’école pour apprendre qui avait découvert la Nouvelle-France et en quelle année.</p>
<p>Depuis quelques années, l’enseignement au Québec repose plutôt sur l’idée que l’important est que l’école enseigne non plus des connaissances, mais surtout des compétences.</p>
<p>Une compétence, c’est une connaissance dont on sait se servir. Connaître ce qu’est un marteau est bien, savoir clouer est mieux. Au lieu d’apprendre que Jacques Cartier a touché nos rives en 1534, l’enfant doit pouvoir faire un projet de recherche sur les débuts de la Nouvelle-France pour vous en parler à l’heure du souper.</p>
<p>Cela sonne bien, mais ça pose au moins quatre problèmes.  </p>
<p>Le premier est que la compétence ne peut venir qu’après l’étape de la connaissance. Il faut apprendre les faits de base sur Jacques Cartier AVANT de pouvoir avoir une opinion personnelle sur lui. On a trop réduit l’importance de cette première étape incontournable.</p>
<p>Le deuxième problème est que les «compétences» sont plus difficiles à évaluer que les «connaissances». Tu sais ou tu ne sais pas, c’est clair et net. Mais quel est le degré de compétence avec lequel l’enfant manie sa connaissance ? D’où ces étranges bulletins qui disent que votre gars est capable, pas capable ou relativement capable d’«exprimer»  ceci ou cela.</p>
<p>Le troisième problème est que l’apprentissage par compétences, qui n’est pas entièrement mauvais, est devenu, pour certains pédagogues, un subterfuge pour faire disparaître l’échec, la comparaison avec les autres et le redoublement.  Il y a en effet des gens qui pensent que c’est affreusement élitiste et traumatisant d’évaluer et de classer. Si l’enfant poche ses maths de 5<sup>e</sup>, son estime de soi va en souffrir et il pourrait devenir assisté social, batteur de femme ou joueur compulsif.</p>
<p>Le quatrième problème est qu’en imposant la pédagogie par projets, la tentation est immense pour l’enfant de copier ce qu’il aura pigé sur Wikipédia en tapant «Jacques Cartier». On voit cela même à l’université. Presque involontairement, plusieurs deviennent des experts de la fraude intellectuelle.</p>
<p>Bref, le type de bulletin est indissociable du type d’enseignement. On ne peut séparer les deux. Si vous voulez un bulletin comme ceux de jadis, il faut aussi revenir à un enseignement plus traditionnel qui priorisera les connaissances.</p>
<p>Que l’enfant commence par apprendre qui était Jacques Cartier. Excusez-moi, mais ça n&#8217;a pas vraiment d&#8217;importance de savoir si, à douze ans, il aurait aimé ou non vivre à cette époque.</p>
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		<title>Le mépris</title>
		<link>http://www.josephfacal.org/le-mepris/</link>
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		<pubDate>Mon, 16 Aug 2010 11:59:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Facal</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal de Montréal et Journal de Québec]]></category>

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		<description><![CDATA[Le journaliste Sébastien Ménard nous apprenait l’autre jour que le ministère de l’Éducation a discrètement mandaté un «religiologue» pour dresser une liste de 35 fêtes jugées importantes dans les religions catholique, musulmane, orthodoxe, juive, hindoue, bouddhiste et sikh.  C’est pour «aider» les écoles, dit le ministère, à planifier les activités scolaires et la tenue des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le journaliste Sébastien Ménard nous apprenait l’autre jour que le ministère de l’Éducation a discrètement mandaté un «religiologue» pour dresser une liste de 35 fêtes jugées importantes dans les religions catholique, musulmane, orthodoxe, juive, hindoue, bouddhiste et sikh. </p>
<p>C’est pour «aider» les écoles, dit le ministère, à planifier les activités scolaires et la tenue des examens sans heurter les susceptibilités religieuses de personne.  Presque à l’unanimité, le milieu de l’éducation s’est insurgé.</p>
<p>La bonne foi et la compétence du monsieur mandaté ne sont pas en cause. Il fait le boulot pour lequel on le paie. Je ne doute cependant pas qu’il se trouvera un Raëlien pour protester contre l’oubli du jour où Raël a été emmené en soucoupe volante par les extra-terrestres.</p>
<p>Je ne devrais pas rire, car la tournure d’esprit des fonctionnaires qui lui ont confié ce mandat suinte le mépris de partout.</p>
<p>Le mépris, d’abord, envers la majorité des parents. Le ministère sait évidemment que ces derniers ne veulent pas qu’on chamboule le calendrier pour accommoder les minorités religieuses. Il fait aussi semblant d’ignorer qu’ils sont à 83 % catholiques. Il a donc procédé en catimini, espérant réussir à voler sous le radar.</p>
<p>Le mépris, aussi, envers les enseignants. Le ministère sait pertinemment qu’ils sont contre, mais depuis quand se soucie-t-il de ce qu’ils pensent ? On nous dit que les enseignants ne sont pas «obligés» d’utiliser ce calendrier, mais, si on a pris la peine de l’élaborer, c’est bien afin qu’ils s’en servent, non ? Pas besoin d’«obliger» formellement pour que ceux d’en bas comprennent ce qui est attendu d’eux. On nous avait fait le même coup avec les manuels scolaires entièrement écrits selon la philosophie des compétences transversales.</p>
<p>Un mépris subtil, ensuite, envers les minorités religieuses elles-mêmes. Généralement issues d’une immigration récente, on les traite ici comme de petites choses fragiles, incapables ou non désireuses de s’adapter, ultra-susceptibles et qui, incidemment, n’avaient rien demandé. C’est donc, comme toujours, au système de s’adapter aux minorités, plutôt que l’inverse.<strong>                                                                   </strong></p>
<p>Le mépris, enfin, de ceux qui ont conçu cette aberration envers eux-mêmes. Pour eux, une école québécoise laïque, ce n’est pas une école qui ne fait la promotion d’aucune religion. C’est au contraire une école qui s’assure de n’en oublier aucune. Si c’est ce que ces gens pensent vraiment, pourquoi ne le disent-ils pas ouvertement ? Pourquoi ne pas avoir le courage de leurs convictions ?</p>
<p>On ne compte plus les cachotteries aberrantes concoctées dans les entrailles de ce ministère et dévoilées par un journaliste qui fait son travail ou un fonctionnaire qui a un problème de conscience. À chaque fois, on essaie de nous faire croire que l’initiative repose sur un «interculturalisme» québécois dont on est toujours aussi incapable de nous dire en quoi il est concrètement différent du multiculturalisme à la canadienne.</p>
<p>Vous auriez tort de penser que ce ministère est comme un hôpital psychiatrique dont une poignée de patients aurait pris le contrôle. Ces gens-là savent exactement ce qu’ils veulent. Ils ont décidé de vous enfoncer dans la gorge une sorte d’école et de société dont vous ne voulez pas. Mais c’est évidemment pour votre plus grand bien.</p>
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		<title>Que faire ?</title>
		<link>http://www.josephfacal.org/que-faire/</link>
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		<pubDate>Wed, 11 Aug 2010 12:05:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Facal</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal de Montréal et Journal de Québec]]></category>

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		<description><![CDATA[Je n’ai pas l’habitude de faire référence, dans mes billets, aux commentaires que je reçois. Quand je réagis, c’est habituellement dans la section réservée à ceux-ci. Je ferai toutefois une exception aujourd’hui. Vous savez que je suis souverainiste. Or, dans mon billet de lundi, je déplorais que la fierté et le goût de la liberté, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je n’ai pas l’habitude de faire référence, dans mes billets, aux commentaires que je reçois. Quand je réagis, c’est habituellement dans la section réservée à ceux-ci. Je ferai toutefois une exception aujourd’hui.</p>
<p>Vous savez que je suis souverainiste. Or, dans mon billet de lundi, je déplorais que la fierté et le goût de la liberté, de l’effort, de l’excellence, de l’audace se portent si mal dans le Québec d’aujourd’hui. Voilà les seuls vrais obstacles à l’indépendance.</p>
<p>Un habitué de ce blogue, Gilles Laplante, fait remarquer que, depuis une quarantaine d’années, nous avons adopté toutes sortes de programmes, de lois et de règlements qui ont anesthésié ces qualités morales qu’un individu doit avoir pour envisager sérieusement de faire l’indépendance.</p>
<p>Nous avons, dit-il, mis en place de nombreux programmes collectifs d’assurance contre les risques. Or, faire l’indépendance, c’est justement faire un pari qui n’est pas écrit d’avance et qui comporte sa part d’incertitude.</p>
<p>Nous avons, dit-il, donné une telle place à l’État qu’il nous a déresponsabilisés et a amoindri en nous l’amour de la liberté. Or, faire l’indépendance, c’est justement prendre ses responsabilités et vouloir en assumer davantage au nom de la liberté.</p>
<p>Nous avons, dit-il, une fiscalité et des règlements qui découragent l’effort et l’audace… d’où un taux de création d’entreprises plus faible que dans le reste du Canada. Or, nous savons pertinemment que faire l’indépendance exigerait plus d’efforts que nous n’en avons jamais faits, même si je ne doute pas que nous en serions capables.</p>
<p>Soyons honnêtes : Gilles Laplante est loin d’avoir tort. Armés des meilleures intentions du monde, nous avons posé des gestes dont plusieurs ont fait réellement avancé le Québec. Ils correspondaient sans doute à ce qu’il fallait faire à ce moment. Et je ne propose aucunement de démanteler tout ça. Mais il est vrai que les accélérateurs d’hier sont devenus les freins d’aujourd’hui.</p>
<p>La loi 101 est sans doute le plus bel exemple. Cette loi essentielle a permis à notre langue de faire des progrès de géant. Par contre, elle a contribué à créer un faux sentiment de sécurité linguistique. Résultat : nous demeurons passifs et indifférents devant l’anglicisation galopante de la métropole du Québec.</p>
<p>Que faire ?, me demanderez-vous. Gilles Laplante me semble être un fédéraliste qui s’assume. La question concerne essentiellement ceux qui croient, comme moi, que l’indépendance vaut encore la peine.</p>
<p>La condition préalable à la souveraineté est que notre peuple retrouve le goût du mouvement, l’envie d’avancer collectivement. Sinon, lui parler d’indépendance, c’est comme faire écouter de la musique à un sourd.</p>
<p>Alors remettons le Québec en mouvement. Attaquons vigoureusement les problèmes concrets et immédiats du Québec : l’école, la santé, la productivité, les finances publiques. Mais ne le faisons pas pour y accroître encore plus la place de l’État et nous déresponsabiliser davantage, mais, au contraire, pour stimuler de nouveau la responsabilité individuelle, la fierté et l’initiative.</p>
<p>Un peu comme quelqu’un qui retrouve les bienfaits de l’exercice physique après des années d’oisiveté, peut-être que cela donnera éventuellement envie à notre peuple, un jour, de se reposer la question de son statut politique. L’appétit vient en mangeant, paraît-il. Si nous perdons des joueurs mécontents en route, on en gagnera de nouveaux ailleurs.</p>
<p>Résultat garanti ? Absolument pas, mais, dans la famille souverainiste, quelqu’un a-t-il quelque chose de mieux à proposer ?</p>
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		<title>L&#8217;embourgeoisement</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Aug 2010 12:47:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Facal</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal de Montréal et Journal de Québec]]></category>

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		<description><![CDATA[Le président du PQ, Jonathan Valois, mettait récemment en garde les souverainistes contre les risques de folklorisation et d’institutionnalisation de leur mouvement. Les commentateurs ont surtout retenu l’allusion au folklore parce qu’elle évoque des images amusantes de rigodons et de ceintures fléchées. Il est néanmoins vrai, comme le notait monsieur Valois, que chaque génération doit [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le président du PQ, Jonathan Valois, mettait récemment en garde les souverainistes contre les risques de folklorisation et d’institutionnalisation de leur mouvement.</p>
<p>Les commentateurs ont surtout retenu l’allusion au folklore parce qu’elle évoque des images amusantes de rigodons et de ceintures fléchées. Il est néanmoins vrai, comme le notait monsieur Valois, que chaque génération doit s’approprier le projet souverainiste et y apporter sa touche. L’essentiel est que cela ne fasse pas perdre de vue les raisons fondamentales de vouloir la souveraineté, qui ne sont pas une affaire d’âge ou de saison.</p>
<p>Le danger d’institutionnalisation est plus insidieux. L’institutionnalisation, c’est lorsqu’un mouvement contestataire, rebelle, anti-establishment, se fait récupérer et devient lui-même une partie de l’establishment.  <em>If you can’t beat them, join them !</em></p>
<p>De ce point de vue, le PQ et le Bloc sont un peu devenus, malgré eux,  des institutions centrales du système qu’ils veulent que le Québec quitte. Faute de mieux, le PQ vise le pouvoir provincial, et le Bloc lutte souvent pour améliorer tel ou tel projet de loi fédéral.  Prenez un député souverainiste : combien d’heures par semaine consacre-t-il réellement à la promotion de la souveraineté ? Ce n’est pas un reproche et ce n&#8217;est pas la faute de quiconque. C’est ce qui arrive forcément quand les années passent sans que l’objectif se rapproche.</p>
<p>La génération qui forme la colonne vertébrale du mouvement souverainiste est aussi celle qui a le plus profité des progrès du Québec moderne. Une bonne partie de cette génération est aujourd’hui installée dans des situations sociales confortables : professeurs d’université lourdement subventionnés par l’argent fédéral, travailleurs syndiqués, fonctionnaires et employés des réseaux publics, retraités qui jouissent de la vie, etc. J’en fais partie.</p>
<p>Habituellement, quand on atteint un certain rang et un âge certain, on s’assagit. On brasse moins. On défend ses «acquis sociaux», comme on dit chez nous. On se dit que c’est à la relève de faire sa part. On ne désire pas moins la souveraineté, mais on est moins prêt à y consacrer des milliers d’heures. On se dit que si la souveraineté ne survient pas, on aura tout de même vécu une belle vie. Il y a évidemment des exceptions.</p>
<p>La Révolution tranquille et ses suites ont accouché de ce que Gilles Gagné et Simon Langlois, eux-mêmes souverainistes, ont appelé une République des satisfaits. Or, les gens satisfaits ont moins d’énergie militante à donner que les insatisfaits. Nous nous sommes embourgeoisés.</p>
<p>Dès lors, c’est le cercle vicieux. Si les élites souverainistes sont amollies par le confort, l’autosatisfaction et le poids des années, comment pourraient-elles insuffler le goût de la liberté, de l’audace, du risque, du dépassement, de la grandeur, à un peuple déjà terriblement indifférent à tout ce qui n’est pas du court terme et du quotidien ?</p>
<p>Procurez-vous <em>Le confort et l’indifférence </em>(1982), de Denys Arcand, et regardez la célèbre entrevue du gars qui trippe sur le système de son et le jeu de lumières qu’il a installés dans sa roulotte. Tout était déjà dans cette scène, dit d’une façon métaphorique qu’il ne faut évidemment pas lire au premier degré.</p>
<p>Il ne faut certes pas renoncer, mais la mise en garde de monsieur Valois doit être entendue et méditée. Comment déplacer la montagne quand on s’est soi-même perché à son sommet parce qu’elle offre la plus belle vue en ville ?</p>
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		<title>Le bon combat</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Aug 2010 16:27:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Facal</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal de Montréal et Journal de Québec]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans une récente chronique, Richard Martineau déplorait sa difficulté à intéresser ses enfants aux grandes œuvres classiques, noyées dans le fast-food culturel qui nous submerge. Je livre le même combat. Il ne faut évidemment pas compter sur l’aide de l’actuel Ministère de l’Éducation. Une dame œuvrant dans le monde de l’édition me rapportait qu’au niveau [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans une récente chronique, Richard Martineau déplorait sa difficulté à intéresser ses enfants aux grandes œuvres classiques, noyées dans le fast-food culturel qui nous submerge. Je livre le même combat.</p>
<p>Il ne faut évidemment pas compter sur l’aide de l’actuel Ministère de l’Éducation. Une dame œuvrant dans le monde de l’édition me rapportait qu’au niveau collégial, des œuvres classiques pourtant très accessibles, comme celles de Jacques Godbout ou d’Albert Camus, sont partout remplacées par du Guillaume Vigneault ou du Marie-Sissi Labrèche.</p>
<p>En tout respect, on peut se demander si ces derniers seront lus dans cinquante ans. Mais l’idéologie dominante dans le monde québécois de l’éducation ne se pose plus cette question. L’important est de mettre le jeune en contact avec des œuvres qui parleront de sa réalité à lui. Sinon, pense-t-on, le livre lui tombera des mains au bout de deux pages.</p>
<p>Toutes les époques ont évidemment produit du fast-food culturel. Qui se souviendrait aujourd’hui du médiocre Antonio Salieri (1750-1825), grande figure musicale de son époque, si le magnifique film de Milos Forman, <em>Amadeus</em>, ne l’avait tiré de l’oubli ?  Le passage du temps est le plus impitoyable des juges, mais il faut justement lui laisser du temps pour faire le tri.</p>
<p>Avec mes enfants, j’ai choisi la ruse. Un chef-d’œuvre peut aussi être accessible. Un film d’Hitchcock, par exemple, passe mieux que le <em>Rashomon</em> de Kurosawa. Dans cette brèche, on glisse ensuite du Sergio Leone ou du Spielberg, puis on augmente progressivement le niveau.</p>
<p>Quand notre époque produit quelque chose de bon, je fais du judo. Tous les enfants ont vu les trois volets du <em>Seigneur des Anneaux</em> de Peter Jackson. Avec les miens, je me tape ensuite les minables <em>Twilight. </em>Puis, je leur montre, en parallèle, qu’au-delà de leurs goûts personnels, il y a, dans la trilogie de Jackson, une profondeur, une subtilité, une originalité, une maîtrise qui déclassent totalement les ados vampires. La démonstration devient plus aisée si les enfants sont a priori réceptifs à ce que vous proposez comme modèle. </p>
<p>Pour la littérature, j’ai un autre subterfuge. La version originale de <em>Moby Dick</em> fait plus de 800 pages et contient de longs développements sur l’industrie de la pêche. <em>Vingt mille lieues sous les mers,</em> de Jules Verne, a environ 500 pages et fourmille de considérations sur la flore sous-marine. Les auteurs du XIXe siècle publiaient souvent leurs romans sous forme de feuilletons dans les journaux. Comme ils étaient payés à la ligne, ils rallongeaient la sauce.</p>
<p>Il existe cependant des versions abrégées de bonne qualité. On garde l’intrigue, on ne touche pas au style, mais on enlève tout ce qui est du remplissage. Dans quelques années, il y a des chances que le jeune veuille se frotter à la version longue originale.</p>
<p>J’ai aussi un certain succès avec Conan Doyle (Sherlock Holmes), Edgar Allan Poe, Robert L. Stevenson, Jack London, etc. Évidemment, ce n’est pas Flaubert, mais mon but premier est de tuer l’idée que si c’est vieux, c’est forcément ennuyeux. Appelons-ça de l’étapisme culturel.</p>
<p>La question qui tue est : pourquoi notre système d’éducation a-t-il renoncé, sauf d’heureuses exceptions, à transmettre la culture classique ?</p>
<p>Ce renoncement a plusieurs causes liées entre elles. L’école québécoise baigne dans cette idée perverse selon laquelle des exigences trop élevées pourraient conduire l’enfant à l’échec. Or, un roman de Balzac ou de Steinbeck, un film de Fellini ou de Kubrick, demandent des efforts considérables. Tant pis si ce jeune découvre ensuite que la vie adulte lui réserve des échecs pour lesquels il n’a pas été préparé.</p>
<p>Fondamentalement, notre système ne veut pas former et élever l’esprit du jeune, mais le mouler professionnellement pour répondre aux exigences de la société. On se dit que ne rien connaître de ces œuvres ne l’empêchera pas de gagner sa vie. Ce n’est pas faux, mais cela donnera forcément une société dont le niveau culturel moyen sera très bas.</p>
<p>Notre système  véhicule aussi, je l&#8217;ai dit, l’idée qu’il faut partir de la culture vécue par le jeune. Ce n’est pas entièrement mauvais si on la dépasse rapidement. L’accès à la connaissance authentique exige une rupture avec notre monde quotidien pour entrer dans autre univers, comme un explorateur débarquant dans une contrée inconnue. Il ne faut pas conforter le jeune dans sa certitude que rien n’est meilleur que Simple Plan.</p>
<p>C’est un peu comme ces gens qui vont en vacances dans le Sud. Soir après soir, ils ne prennent que les pâtes dans le buffet. Ils ne goûteront pas aux mets locaux parce qu’ils n’ont pas été habitués à penser qu’il peut y avoir autre chose que leurs petites habitudes. Personne n’a rompu leurs certitudes culinaires.</p>
<p>Nos facultés des sciences de l’éducation forment aussi depuis longtemps des cohortes entières de professeurs qui, eux-mêmes, ne connaissent rien de Molière, de Hubert Aquin ou de Charlie Chaplin, à moins de les avoir découverts par eux-mêmes ou à cause de leurs parents. Comment pourraient-ils ensuite transmettre ce qu’ils ne possèdent pas ? Il y a évidemment des exceptions.</p>
<p>Une autre cause de cette démission est que le relativisme est devenu l’idéologie dominante de notre époque. Au plan culturel, le relativisme, c’est de laisser chaque personne être l’unique juge de ce qui est bon ou mauvais en fonction de ce qu’elle aime ou n’aime pas. Si j’aime, c’est bon, si je n’aime pas, c’est mauvais. Les jeunes ne croient pas qu’il y ait des critères objectifs, indépendants de leurs goûts personnels,  permettant de soutenir que Marie-Sissi Labrèche ne vaut pas Stendhal ou que Marie-Mai ne vaut pas les Beatles.</p>
<p>Quand vous discutez avec des jeunes et que vous les coincez en leur démontrant que leur opinion ne tient pas la route, au lieu de reconnaître leurs torts et de changer d’opinion, ils se réfugieront derrière : <em>«chacun a droit à son opinion».</em> Ils confondent le droit à une opinion avec l’idée que toutes les opinions ont la même valeur.</p>
<p>Pourquoi, me demanderez-vous, la connaissance de cette culture classique est-elle importante ? Parce que nos jeunes se posent les mêmes questions qu’on se pose depuis 2500 ans. En sachant comment les plus grands esprits y ont répondu, ils s’éviteront de radoter en s’imaginant faussement qu’ils inventent.</p>
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		<title>Burger King</title>
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		<pubDate>Mon, 26 Jul 2010 21:52:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Facal</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal de Montréal et Journal de Québec]]></category>

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		<description><![CDATA[Le Journal de Montréal a publié récemment une photo que je n’arrive pas à oublier. Elle était pourtant très banale. On y voyait le chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, affublé d’un tablier et d’un chapeau de cuisinier, en train de flipper des burgers lors d’un barbecue partisan. Cela fait partie d’une stratégie [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le <em>Journal de Montréal</em> a publié récemment une photo que je n’arrive pas à oublier.</p>
<p>Elle était pourtant très banale. On y voyait le chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, affublé d’un tablier et d’un chapeau de cuisinier, en train de <em>flipper </em>des burgers lors d’un barbecue partisan. Cela fait partie d’une stratégie estivale destinée à relever sa côte de popularité.</p>
<p>Je ne suis pas un admirateur de ce monsieur, mais là n’est pas la question. On prend aujourd’hui pour acquis que, pour avoir du succès en  politique, un leader doit être présenté comme un homme aussi ordinaire que possible. On veut nous faire croire que c’est un bon gars, accessible, surtout pas prétentieux, qui cuit ses boulettes en prenant une petite bière avec ses chums. Une version plus mature de Louis-José Houde.</p>
<p>Ses conseillers n’essaient pas de présenter Ignatieff pour ce qu’il est vraiment : un prof de Harvard, auteur d’une douzaine de livres, qui a longtemps vécu à l’étranger, et qui est le fils d’un diplomate illustre. Au Canada, être un intellectuel, c’est un synonyme de déconnecté, hautain et  prétentieux. Chez nous et à notre époque, la hauteur est un défaut, et c’est celui qu’on pardonne le moins.</p>
<p>On n’imagine évidemment pas De Gaulle ou Churchill se prêtant à ces mises en scène, qu’ils auraient trouvé indignes de leur rang. Remarquez, même à notre époque, je ne me souviens pas d’avoir vu Jacques Parizeau ou Lucien Bouchard s’y livrer.</p>
<p>Ce sont les médias modernes qui ont changé la donne. Dans une société où tout passe par eux, s’ils ne s’intéressent pas à vous, vous n’existez pas. Nos médias ont cependant de la difficulté à traiter la complexité. Les partis politiques ont donc renoncé à nous présenter des positions complexes sur les enjeux importants.  Ils iront chercher nos votes en nous faisant croire que leur chef est aussi sympathique que votre beau-frère Gaétan.</p>
<p>Désolé, je ne marche pas là-dedans. Je ne veux pas que le chef du gouvernement soit comme moi ou comme mon beau-frère. En raison de ses responsabilités, je veux, j’exige qu’il soit meilleur que moi, qu’il ait plus de caractère et de jugement que moi. Notre époque veut cependant faire croire que nous devrions tous être égaux et pareils. C’est pourquoi la vraie grandeur nous met mal à l’aise. Tout doit être rabaissé au niveau moyen.</p>
<p>Pour le meilleur et pour le pire, les médias ont aboli la distance entre nos chefs et nous. Dans les années trente, la majorité des Américains ne savait pas que le président Roosevelt était un handicapé en chaise roulante. Les leaders pouvaient ne pas être vus en public pendant des mois sans qu’on trouve cela étrange. Les journalistes ne parlaient pas de l’alcoolisme de Churchill. Aujourd’hui, ils se battraient pour en parler les premiers.</p>
<p>Pensez-y : si nous, les électeurs, trouvons normal que nos politiciens se déguisent ou fassent les épais dans des émissions de variété, comment pourrions-nous ensuite les prendre au sérieux et accepter de les suivre s’ils nous proposaient des objectifs exigeants et ambitieux ? Que penserait un soldat qui, avant la bataille, verrait son général s’habiller en clown ?</p>
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