Articles
Commentaires

Carnets de voyage 2

Chaque peuple vit à sa manière le choc entre la tradition et la modernité.

Je vous racontais lundi que je m’étais promené dans le nord de l’Espagne pendant les Fêtes.

Dans la Cantabrie, à vingt kilomètres de Santander, on trouve un petit village appelé Santillana del Mar. Jean-Paul Sartre écrivit un jour que c’était le plus village beau d’Espagne et ce fut la fin de la tranquillité. Les autocars de touristes se mirent à déferler.

L’endroit est effectivement charmant. Hormis les automobiles et quelques fils électriques, l’essentiel est miraculeusement préservé. On se croirait en plein Moyen-âge.

Or, l’une des idées fortes de notre époque est que la violence est uniformément mauvaise. On trouve pourtant dans ce village rien de moins qu’un petit musée de la torture. Oui, madame.

Une des choses les plus bizarres que j’ai jamais vues. Une collection parfaitement macabre d’instruments utilisés par l’Église catholique romaine pour que les hérétiques avouent leurs déviances et se repentent. Il faut dire que la Sainte Inquisition fut, pendant les XV et XVI siècles, particulièrement zélée en Espagne.

Les touristes qui déambulent là-dedans sont profondément troublés. Certains deviennent carrément verts. Mais le fait est que ce musée existe et qu’il n’y a pas de manifestants dans la rue avec des pancartes qui en réclament la fermeture. Le passage du temps permet ici de regarder sereinement le passé dans toutes ses dimensions. Parfaitement impensable en Amérique du Nord.

Autre observation liée à la précédente: les femmes âgées portent beaucoup plus de manteaux de fourrure que chez nous. On se croirait dans nos années 70. Le discours moderne et guimauve contre la cruauté envers les animaux a très peu d’écho ici.

Ne me comprenez pas de travers : les Espagnols aiment les animaux autant que nous. Ils rigolent simplement de cette idée selon laquelle l’animal serait un être porteur de droits légaux qui en ferait presque l’égal de l’humain. Pour eux, il y a une hiérarchie naturelle dont nous sommes le sommet. Il faut simplement ne pas en abuser.

D’autres fois, c’est nous qui devrions leur donner des leçons. On trouve en Espagne un formidable système d’achat de billets de spectacles par Internet. Vous pouvez ensuite les imprimer vous-même dans pratiquement n’importe quel guichet automatique d’une banque. Mais les gens préfèrent poireauter dans d’interminables files d’attente. Nous leur passions sous le nez en rigolant.

Par contre, à la poissonnerie, même quand on peut prendre des numéros pour établir un ordre, les gens se demandent entre eux qui est arrivé le dernier et se fient à la parole de chacun. Gare à celui qui voudrait faire le malin et se faufiler. Une formidable démonstration de civisme.

Évidemment, les McDonald et les Burger King prolifèrent. Mais même lorsqu’ils s’installent dans un lieu sans valeur patrimoniale, ils sont intégrés dans l’édifice qui est déjà là, plutôt que posés sur un terrain rasé exprès pour eux. Le manque d’espace et le souci esthétique vont main dans la main.

C’est cependant en Espagne que j’ai découvert le comble absolu de la quétainerie. Je me le garde en réserve. Patience.

Une réponse à “Carnets de voyage 2”

  1. le 24 jan 2010 à 15:25 Robert Lachance

    J’avais hâte, à tous les jours.

    En fréquentation, il y a eu un bas aux Fêtes. C’était doublement prévisible. Je vigile. Parlant de Vigile, ce ne fut pas une mauvaise affaire, mais rien à côté de point de Bascule, à moins que vous ayez de meilleurs chiffres que moi.

    « Chaque peuple vit à sa manière le choc entre la tradition et la modernité. »

    Observation abyssale ! C’est inclusif pour l’Islam et le Québec.

    Pour le peuple qui, en partie ne se différentie de la nation au fond que par une dimension temporelle, avenir plutôt que passé, la question n’est qu’une question de vocabulaire mais exclusive.

    C’est une observation de niveau chapitre 3 dans ce qui aurait pu s’intituler plus simplement Un grand peuple genre, pour faire plus récent.

    Que ce soit par le biais du Journal de Montréal ou sa suite à Québec et ailleurs au Québec, faite votre devoir d’immigré intégré volontaire premierministrable, pour faire allemand, faites votre devoir ailleurs qu’au devoir. Virginie aura bientôt trop duré. D’accord, Fabienne Larouche y expose assez bien notre dégénération, mais à quel escient ?

    P.S. – 1 Vous n’avez d’ordre à recevoir que de vous-même, au moment et à l’étage où l’on se parle.

    P.S. – 2 P.S. 1 n’est pas un ordre.

    P.S. – 3 À défaut de voyager, aux Fêtes, que l’on me pardonne cette expression si elle contrevient à la Charte, j’ai lu une biographie d’Hitler de John Tolan pour en savoir plus sur un ou deux concitoyens de Québec et j’ai beaucoup appris. J’ai complété par un roman d’Éric-Emmanuel Schmitt, La part de l’autre, cadeaux de Noël de ma meilleure Autre pour voir la même chose autrement.

    P.S. 4 – Jean-Paul Sartre s’y était-il rendu à bicyclette ou en train ? Avec ou sans Simone de Beauvoir ?