Allo, Dr. Ménard?
6 juillet 2005 par Joseph Facal
Un médecin peut se tromper. Mais quand trois médecins de suite vous disent que vous avez une tumeur maligne, les chances sont très fortes qu’ils aient raison. C’est fâcheux, mais c’est comme ça.
La même chose vaut pour tous les diagnostics posés sur notre système de santé. On ne compte plus les rapports de groupes mandatés par nos gouvernements pour nous dire ce qui va mal et ce qu’il faudrait faire. Je n’en connais aucun qui soutient que nous pouvons continuer comme si de rien n’était. Aucun…
Le dernier en date est le rapport Ménard, qui fait suite aux rapports Clair, Kirby, Romanow, Rochon, et j’en oublie sûrement quelques autres. Le comité Ménard a fait du travail solide : des constats irréfutables, une analyse nuancée, et un éventail de solutions difficiles, mais réalistes et nécessaires.
Trois idées simples à retenir. D’abord, le statu quo est impossible parce que les besoins à combler augmentent beaucoup plus vite que les ressources disponibles. Ensuite, les options qui s’offrent à nous sont toutes pénibles. Enfin, plus nous attendrons, pire ce sera.
Au fond, le rapport Ménard illustre que les problèmes du système de santé sont à la fois désespérément simples et terriblement compliqués. Compliqués parce que rien n’est simple quand nous ou ceux que nous aimons luttent contre la douleur ou la mort.
Mais aussi très simples parce qu’on les résume en deux phrases : la dette du Québec et le poids de nos impôts nous privent de marge de manœuvre financière au moment où le vieillissement de la population fait exploser les coûts du système. Résultat : la santé gruge une part croissante du budget de l’État, au détriment des écoles, des garderies, des routes et du reste.
Que faire ?
Si les problèmes et les solutions sont connus, pourquoi nos gouvernements ne prennent-ils pas le taureau par les cornes ? Parce que le prix politique à payer serait terrible, et que les gouvernements veulent d’abord et avant tout être réélus.
Il n’y a pour le moment aucun appui populaire pour des réformes qui seraient inévitablement douloureuses, tout simplement parce que les Québécois ne voient pas encore l’impasse dans laquelle nous sommes en train de nous enfoncer. Nous vivons à crédit et ne réalisons pas que nos enfants hériteront un jour de la facture.
Les syndicats ont bien sûr rejeté du revers de la main les recommandations du rapport Ménard. On peut s’en désoler, mais c’était parfaitement prévisible. Les syndicats aiment invoquer l’intérêt général et, souvent, s’en soucient réellement. Mais ils existent d’abord et avant tout pour défendre les intérêts de leurs membres. C’est au gouvernement de faire ce qu’il estime être dans l’intérêt général.
On peut bien débattre de l’opportunité de poser tel ou tel geste, mais le menu de solutions à l’intérieur duquel il faut choisir est très limité. Il faut fixer un rythme d’augmentation annuelle des dépenses et s’y tenir, rembourser notre dette, mettre de l’argent de côté en prévision des hausses futures de coûts, faire un peu plus de place au secteur privé à l’intérieur du régime public, baisser nos attentes à l’endroit du système, et comprendre que la santé est une responsabilité individuelle autant que collective.
On se tue à répéter des évidences. Et plus on attendra, pire ce sera…
