Ailleurs, ça bouge
8 février 2010 par Joseph Facal
Avouons-le, il est parfois réconfortant de voir que d’autres ont les mêmes problèmes que nous. En autant que ça ne serve pas d’excuse pour ne rien faire.
Vous savez que je suis en Espagne. Ici, la crise frappe fort, très fort. C’est le seul pays du G-20 sans croissance économique à l’heure actuelle. Le déficit est énorme, la dette publique s’envole et le chômage atteint des sommets historiques.
Le gouvernement Zapatero, qui est de gauche, vient de présenter un plan d’austérité. Il coupera ses dépenses partout, sauf à l’aide sociale, dans la recherche universitaire et dans la lutte au terrorisme. Chez les fonctionnaires, seulement un départ à la retraite sur dix sera comblé.
Le problème structurel le plus grave est cependant que l’Espagne vieillit très vite. De moins en moins de travailleurs devront financer les retraites d’aînés de plus en plus nombreux.
Les Espagnols de moins de cinquante ans avec une tête sur les épaules savent qu’ils ne pourront bénéficier des mêmes pensions que les aînés d’aujourd’hui, même si ces derniers les trouvent insuffisantes. Le Québec fait face au même problème.
La pièce de résistance que le gouvernement Zapatero vient de dévoiler est donc de relever progressivement l’âge légal de la retraite pour le porter à 67 ans. Tous les experts, sans exception, prônent cela, tout en laissant entendre que cette mesure seule ne suffira pas.
Déjà, plusieurs pays européens augmentent aussi le nombre d’années de travail sur la base duquel se calcule le montant des pensions. Évidemment, le cas d’un professeur d’université, qui ne soulève rien de plus lourd qu’un dictionnaire, est différent de celui d’un ouvrier de la construction.
Vous n’avez pas idée des réactions des syndicats. Ils promettent une guerre thermonucléaire à ce gouvernement qu’ils considèrent comme le leur, et qui voudrait donc les «trahir». Leur opposition, disent-ils, sera «frontale». Remarquez, je peux comprendre que personne n’aime perdre des acquis devenus des droits.
Les petits partis d’extrême gauche, qui ne prendront jamais le pouvoir et peuvent donc dire n’importe quoi, sont déjà dans les rideaux.
Ils disent tous admettre le problème, mais ils souhaitent des propositions «alternatives». Ils ne mettent cependant sur la table que des hausses de cotisations et d’impôts pour les employeurs et les hauts salariés. Air connu.
Les économistes leur répondent : hausse garantie du chômage, des prix, de la fraude fiscale et chute des investissements.
Évidemment, trois jours après le dévoilement de la proposition, des ténors gouvernementaux commençaient déjà à montrer des signes de nervosité et à diluer le message. Accouchera-t-on d’une souris ?
L’opposition parlementaire de droite a l’immense avantage de n’avoir aucun «ami» du côté syndical. Elle ne leur doit donc rien. Très démagogiquement, elle accuse le gouvernement de commencer à réparer la maison par le toit.
Elle prône de décourager d’abord les retraites prématurées avec pensions juteuses, et de rendre fiscalement attrayant le maintien en emploi après 65 ans. Mais dans son for intérieur, elle sait parfaitement que ça ne suffira pas.
Morale de cette histoire : partout en Europe, des pays avec les mêmes problèmes que nous cherchent des solutions. Ce n’est facile nulle part. Les solutions sans douleur n’existent pas. Mais ailleurs, on essaie au moins de bouger.
10 réponses à “Ailleurs, ça bouge”

[...] Lire le billet de Joseph Facal [...]
Ce qui me frappe toujours quand ce sujet vient sur la table, c’est que le seul angle sous lequel on l’aborde est financier.
J’ai hâte de voir la discussion s’attarder ne fut-ce qu’un tant soit peu sur l’autre dimension de la retraite, à savoir, pourquoi les gens sont-ils si pressés de remettre leur tablier ?
Joseph dit que ce n’est facile nulle part, que les solutions sans douleur n’existent pas et qu’ailleurs on essaie au moins de bouger. D’accord. Mais sur quel front essaie-t-on de bouger ? Sur la réduction des pensions, sur des conditions plus élevées pour y accéder, en reportant l’âge de la retraite.
Je veux bien que l’on rende la vie plus difficile aux…feignants qui veulent décrocher. Mais pourquoi les gens veulent-ils décrocher ? Comment rendre l’idée de poursuivre une carrière professionnelle plus intéressante, au point où l’on quitte le marché du travail plus pénible que l’idée d’y rester ?
Et si une bonne partie de la solution c’était de s’interroger sur d’autres aspects de la question de la retraite que simplement celle de la capacité de payer des retraites.
Je suis retraité, et dans mon contexte, partir fut pour moi une véritable libération. Je serais resté s’il avait été plus intéressant de rester que de partir. Et la très grande majorité de mes colègues piaffent d’impatience. Pourquoi d’après vous?
Pendant une crise économique, lorsque c’est la droite traditionnelle qui est au pouvoir, celle-ci demande toujours la collaboration de la gauche mais lorsque c’est cette dernière qui est au pouvoir, jamais jamais la droite ne collabore parce que, bien sûr, les capitalistes abuseurs ne pensent qu’à leur intérêts. C’est ce qui s’est produit en Ontario lorsque, il y a quelques années, le NPD de Bob Ray a pris le pouvoir. Il n’y eût aucune collaboration de la droite car cela n’était aucunement dans son intérêt bien que ce que proposait le NPD favorisait davantage la population en général. La droite a ainsi pu reprendre le pouvoir. Aux Etats-unis, c’est la même chose, la droite républicaine ne collabore pas du tout avec Obama qui veut établir des mesures qui sont davantage favorables au peuple. Ce n’est donc pas un hasard si en Espagne, le gouvernement Zapatero éprouve des difficultés: la droite va tout faire pour que ca ne marche pas afin de faire tomber ce gouvernement et reprendre le pouvoir. Cette fermeture totale de la droite qui refuse de se remettre en question par crainte de devoir restreindre sa gourmandise ne fait qu’accentuer davantage la décadence de l’empire capitaliste. Le juste milieu entre le capitalisme incontrôlé et le socialisme contrôlant semble être une utopie. Ah l’hommerie!
Bonjour Monsieur Facal,
En effet, perdre des acquis, c’est difficile à avaler! Quand on investit, c’est toujours dans l’expectative que les dividendes vont aller en augmentant. Quand cela ne se produit pas, n’est-ce pas un signe qu’il y a manquement dans les décisions prises dans la gestion du portefeuille ? Ou, encore, que les règles du jeux auraient changé ? Cela devient encore plus frustrant quand ce sont des gens que nous élisons qui prennent ces décisions si importantes pour notre avenir et qui agissent à l’intérieur de paradigmes désuets.
Que s’est-il passé ?
- Les conséquences de la modialisation qui amènent un changement dans la distribution des pointes de la tarte en ce qui a trait aux portions ?
- Le vieillissement de la population qui a un impact sur la consommation et la perte d’enthousiasme chez les fonctionnaires et les gestionnaires d’investissements en attente de leur retraite ?
- Le spectre d’un grand cataclysme advenant la réalisation du rêve de certains partis politiques qui veulent amener les gens à se départir de leur propriété pour un condo grevé de toutes sortes de frais de services d’entretien et de sécurité devant être fournis par d’autres (possédant les infrastructures) ?
Il est normal de protéger nos acquis autant que nous le pouvons.
Toute une génération maintenant à la retraite, ou bientôt en droit de l’être, se fait reprocher de devenir une charge.
En même temps, tout un discours insignifiant sur les futures pénuries de main-d’œuvre.
Mais les plus grands braillards à l’égard de la dette que nous pelletons en avant, supposément, sont et seront davantage les premiers bénéficiaires de l’espace laissé sur le marché de l’emploi par les infâmes boomers.
Les fausses victimes deviennent ici de vrais bourreaux.
L’Espagne aime bien régulariser son immigration. Légale et illégale. Le Canada a la même tentation. Cela n’est qu’une idéologie malfaisante.
Plutôt que de relancer l’âge de la retraite, pourquoi ne pas protéger notre marché de l’emploi, et cesser d’exporter nos emplois tout en important de la main d’œuvre ? Pourquoi postuler toujours que la mondialisation est un bienfait. Au surplus, un bienfait incontournable ? Pour qui ?
Qui peut croire sérieusement que le seul secteur tertiaire de l’économie peut se substituer au secondaire que nous abandonnons aux asiatiques ? Faudra-t-il que nous travaillions comme les vieux des pays émergeants ? Et que le Québec devienne lui-même un pays émergeant ?
Allez écouter ça Victor. Vous allez avoir un aperçu de ce qui se trame. Vous allez voir comment les oligarchies à l’aide de leurs thuriféraires, dont Attali est un exemple idoine, nous préparent un joli gouvernement mondial qui va tout résoudre… À leur avantage bien entendu. Mais ça ils le disent pas.
http://www.dailymotion.com/video/x71ac4_vers-un-gouvernement-mondial_news
Il avait raison Talleyrand : «il faut agiter le peuple, avant de s’en servir»…
Le débat est mal parti.
Dans le document de réflexion des lucides la seule chose qui demeure indéniable, c’est la fait qu’un gouvernement a déjà relevé le défi de ramener le déficit zéro. Et les lucides le reconnaissent, cela grâce au consensus : Gouvernement,patronat, syndicat . On est mal pari parce que cette fois-ci on veut trainer les syndicats sur la place publique comme bêtes à sacrifier. C’est vrai qu’avec le type de leadership qui s’y exerce, incapables de sortir du cubicule corporatiste, figés dans des position rigides, ils sont devenu des victimes faciles. Alors même qu’ils devraient sortir pour nous dire quel lecture il font de la situation et qu’elles sont les solutions pour sortir le Québec du rouge.
Et commencer par nous faire la démonstration que ce n’est pas le haut taux de syndicalisation qui empêche une économie de performer et un État d’être fonctionnel, ce qui est devenu le mantra du jour de ce temps ci; non, ce qui est en cause c’est la stratégie d’État.
Et là il faut bien le dire on est mal barré: On a le pire gouvernement de notre histoire et si on veut sortir le Québec du rouge on doit d’abord sortir les rouges du pouvoir. Et pas dans 4 ans, mais bien le plus tôt possible. Comptez pas sur les experts pour faire cette démonstration, ni sur les syndicats qui dorment dans leurs cubicules présentement.
Pour vous dire au sujet de nos deux leviers économiques majeurs que nous avons. La Caisse a une sous performance de 17 milliards en 208-09 (directement attribuable au changement de loi par Charest en 2004)è l’Hydro Québec est présentement Vandal-iser (voir:http://mcn21.org/actualites/article/mcn21-exige-le-congediement
Sans compter la corruption qui est devenue une culture d’État au Québec, alouette je te plumerai.
Bref on est mal parti pour relever un défi qui a été relever ailleurs et qui pourrait nous servir d’exemple.
A Victor H
Si on vous apprenait qu’on consacre 5 fois moins de pourcentage de revenu à l’alimentation qu’on le faisait il y a 40 ans ce qui laisse une part beaucoup plus grande aux loisirs et aux voyages, diriez-vous qu’on a progressé?
Si on vous disait qu’on a besoin de travailler beaucoup moins pour avoir les mêmes services qu’auparavant. Si on vous disait qu’il y a globalement beaucoup moins de pauvreté qu’auparavant avec la mondialisation puisqu’un grand nombre de pays émergeants commencent enfin à bien vivre. Si on vous disait que la technologie offerte par la mondialisation a permis d’augmenté grandement l’espérance de vie de la majorité des populations du monde. Que le fait de se concerter mondialement à permis de diminuer de manière incroyable le nombre de mortalité du aux guerres, etc. Et les avantages comparatifs sa vous dit quelque chose?
Vous dites qu’on ne peut pas vivre sans production primaire et secondaire. J’avoue que d’avoir une partie plus importante de la population qui s’occupe d’offrir des services comme la santé, l’éducation, la restauration, les télécommunications, les arts et ainsi de suite est foncièrement mauvais. On devrait tous retournés dans les shop et les champs d’agriculture !
Pour ce qui est des emplois libérés ce sont d’excellents emplois donnée par la magnifique close orpheline négociés par nos syndicats. Je lisais récemment que la génération de finissants actuel gagne 1500 $ de moins que les finissants d’il y a 30 ans et c’est la première fois que cette situation se produit. De toute façon, c’est vraiment intéressant d’avoir un emploi quand on est imposé à 50 % pour payés uniquement les dépenses de ceux qui ont précédés (santé et dette). Le régime de rente est sous-financer depuis 30 ans mais le rattrapage se fera avec les jeunes, pourquoi maugréer voyons.
Charest lui, bouge !
En décembre dernier, il s’est rendu en Russie et à Copenhague.
La semaine dernière, il était en Indes.
En fin de semaine, il était à Vancouver pour promouvoir le français aux Olympiques et il ira à Washington.
Que peut-on demander de plus d’un premier ministre sans que les journalistes prétendent qu’il néglige le Québec ?
Et les organisateurs de tout par médias interposés qui profite de l’occasion pour ramener Mémère Bouchard dans les cordages.
C’est dégoûtant !
Vive le Régis-Labeaume libre !
Vive le Régis-Labeaume libre !
Je m’explique. J’aurais dû écrire la Régis-Labeaume car il s’agit de la ville de Québec et non du Québec. Le trait est existentiel en toponymie. Régis-Labeaume est le terme qu’un commentateur farceur de blogue radiophile a suggéré pour désigner la ville de Québec.
Ça bouge à Québec. Par exemple, Le Soleil a proposé dernièrement à ses lecteurs un concours qui leur offre la possibilité d’aider Clôtaire Rapaille à trouver pour Québec l’image de marque qui permettra de la vendre aux touristes et aux jeunes cerveaux et utérus dont nous avons besoin pour continuer de prospérer et entreprendre notre rajeunissement.
L’automne dernier, nous avons élu un conseil de ville majoritairement féminin. Nous ne sommes probablement pas la première municipalité au monde à le faire mais à Québec, c’est du jamais vu depuis 1774. Nous nous sommes débarrassé de l’opposition: 25 conseillères et conseillers Équipe Labeaume et deux indépendants. En plus de sauver du temps, nous économisons pour le temps que ça va durer un demi-million de $ par année, ce que l’équipe de recherche de l’opposition nous coûtait.
En Régis-Labeaume, la démocratie innovée, simplifiée, c’est un vote au quatre ans. « Si vous n’êtes pas content d’Équipe Labeaume », dans quatre ans vous en élirez d’autres.
Anne Guérette, la conseillère indépendante a une conception plus continue de la démocratie.
Nous verrons si les Québécois se redonneront un chef de l’opposition au conseil de ville avant quatre ans si l’occasion se présente.