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Je ne sais pas qui a communiqué à la presse les allégations qui ont écarté Gilles Duceppe du jeu politique. Il y a cependant deux choses dont je suis absolument certain.

La première est que cette tentative de putsch, car c’est exactement de cela qu’il s’agissait, n’allait nulle part. Dans ce genre de circonstances, un appui ne vaut rien s’il ne se manifeste pas ouvertement.

Quand vos seuls appuis déclarés sont le SPQ, des chefs syndicaux extérieurs au parti et vos anciens collaborateurs qui veulent reprendre du service, c’est mal parti. Ultimement, c’est la loyauté ou non du caucus qui est déterminante.

La seconde est que, s’il est vrai que Madame Marois a commis des erreurs et affiché ses limites, les péquistes n’auraient pas fait une bonne affaire en la remplaçant par Gilles Duceppe.

L’ex-chef du Bloc a indéniablement de très grandes qualités. C’est un coureur de fond, un bûcheur, un travailleur discipliné et rigoureux qui maîtrise très bien ses dossiers. Il a remarquablement servi le Québec à Ottawa.

Piètre orateur, Gilles Duceppe ne soulève cependant pas les foules. Il est certainement passionné par la cause du Québec, mais cette passion est toute intérieure et n’est pas contagieuse. Les souverainistes ne cessent pourtant de dire qu’ils recherchent cette émotion qui pourrait servir d’étincelle.

Les ex-députés du Bloc qui ont évoqué l’autoritarisme de sa direction sont trop nombreux pour avoir tous tort. C’est un doux euphémisme de dire que les députés péquistes auraient vécu un choc culturel majeur. À 64 ans, Monsieur Duceppe n’avait pas non plus la moindre expérience de gouvernement. 

Jadis, quand les proches de Jacques Parizeau orchestrèrent le putsch qui emporta Pierre-Marc Johnson,  une différence philosophique profonde opposait les deux hommes : le souverainisme résolu du premier était fort différent du nationalisme tiède du second.

Monsieur Duceppe, lui, avait totalement endossé la «gouvernance souverainiste» proposée par Madame Marois. S’il avait été cohérent avec lui-même, il aurait gardé le cap. Sinon, qu’aurait-il proposé d’autre ? Un référendum perdu d’avance sitôt élu ?

Sur les questions linguistiques et identitaires, son «interculturalisme» est identique à la philosophie du très accommodant rapport Bouchard-Taylor.

Bref, si  Madame Marois n’a pas modernisé le PQ comme je l’aurais souhaité, il m’est impossible de conclure que Monsieur Duceppe aurait même voulu le faire.

Les sondages qui montrent que le PQ ferait mieux avec Monsieur Duceppe sont probablement illusoires, car ils comparent une réalité, celle du leadership de Madame Marois, avec une situation hypothétique et idéalisée. La dernière fois que Monsieur Duceppe a affronté un électoral réel, on a vu le résultat.

Les problèmes du PQ dépassent la question du chef. Ils découlent du surplace du projet souverainiste et de l’incapacité à articuler un discours qui reflète les préoccupations concrètes de nos concitoyens.

Ri-di-cu-le

Cette idée ridicule d’un pacte électoral entre Québec solidaire et le PQ me fait penser à ces gens coincés au trentième étage d’un immeuble en proie aux flammes et qui décident de se jeter par les fenêtres.

Qu’une idée aussi saugrenue puisse être sérieusement envisagée par des gens intelligents illustre à quel point la peur de la défaite peut transformer un acteur politique en une véritable poule sans tête.

Imaginons un instant que, dans certaines circonscriptions, QS ne présente pas de candidats contre le PQ et appelle à voter pour ce dernier, et que le PQ fait la même chose au profit de QS dans d’autres circonscriptions.

Premièrement, il est naïf de penser que les clientèles respectives suivraient docilement le mot d’ordre. Je connais des tas de nationalistes pragmatiques qui voteraient pour la CAQ plutôt que de donner leur vote aux illuminés de QS.

Deuxièmement, on ne déplace pas des humains comme des pions sur un échiquier. Imaginez le potentiel de chicanes quand il faudra dire à un individu qu’il doit se désister au profit de son adversaire d’hier après avoir labouré une circonscription pendant des années. 

Troisièmement, QS exigerait des concessions sur le plan des engagements électoraux pour voler au secours du PQ. Le programme de QS aurait un succès bœuf si on le lisait à voix haute dans un festival d’humour, mais il est dangereux et irresponsable si on a la moindre expérience de ce que c’est que gouverner.

Il prévoit notamment d’augmenter  les impôts et la place de l’État dans nos vies, de créer de nouvelles sociétés d’État, de plafonner le REER à 10 000 $ par année, et de se rapprocher des gouvernements «progressistes» d’Amérique latine (Cuba ?, Venezuela ?).

On y dit également «qu’aucune tenue vestimentaire ne doit empêcher l’exercice» des fonctions d’un employé de l’État, ce qui est une façon tordue de dire que l’on permettrait le port de signes religieux. Le PQ s’allierait à une formation qui contredit toutes ses prises de position récentes là-dessus.

Quatrièmement, en se déportant plus à gauche, le PQ donnerait encore moins envie de rentrer au bercail à tous ceux qui l’ont quitté ces dernières années, déçus de voir le peu de place accordée aux questions de prospérité économique et d’assainissement des finances publiques.

Cinquièmement, le radicalisme économique et social de QS, où l’on retrouve des gens qui se disent encore marxistes-léninistes en 2012, se double d’une grande tiédeur sur la question de la souveraineté. QS est tellement souverainiste que son seul député a soutenu le NPD lors des élections fédérales. La raison d’être du PQ serait encore plus diluée par cet étrange compagnonnage. 

Sixièmement, cette alliance donnerait encore plus de poids à ceux, au sein du PQ, qui pensent déjà comme QS, notamment les zigotos du SPQ, et qui lui ont déjà fait tant de tort.

Certains voudront enrober cette idée stupide d’un vernis de justification noble. Ils soutiendront que cette nouvelle «patente à gosse» est une alliance «progressiste» qui servirait les intérêts du Québec. Mais ils ne tromperont personne. La panique est l’unique mère de cette sottise.

Que le PQ ait d’immenses problèmes, c’est l’évidence. Qu’il doive tenter quelque chose de différent pour se redresser, je veux bien. Mais ce n’est surtout pas en s’engageant dans cette voie qu’il y parviendra.

Les premières turbulences

Juste avant Noël, je vous avais dit que le plus dur commençait pour la CAQ, dont l’avion traverse maintenant ses premières zones de turbulence.

Le dernier sondage Léger Marketing montre une petite baisse de 4 points des appuis à la CAQ et laisse peut-être entrevoir une lutte à trois moins prévisible qu’on ne le croyait. Ce n’est qu’un coup de sonde isolé, mais il est porteur d’un double enseignement.

Trois Québécois sur quatre, du jamais vu, disent que cela va mal. Le PLQ et le PQ peuvent difficilement incarner ce profond désir de changement. Cette tendance lourde est formidablement favorable à Monsieur Legault, qui est au bon endroit au bon moment.

Les appuis de la CAQ sont cependant terriblement fragiles. La moitié de ses sympathisants disent qu’ils pourraient encore changer d’avis, et 40 % d’entre eux admettent que leur vote est moins un appui à un quelconque projet identifiable qu’une protestation contre les deux partis traditionnels.

Ce n’est rien d’étonnant. C’est toujours par une colère assez désarticulée que commencent  les grands réalignements.

Ce premier fléchissement a sans doute trois principales raisons.

Le sondage a été effectué du 11 au 12 janvier, soit deux jours seulement après la défection de François Rebello. Les transfuges ne sont pas un phénomène nouveau et on devrait examiner chaque cas séparément.

Mais la volte-face de Monsieur Rebello semble avoir été beaucoup plus mal accueillie que d’autres changements d’allégeance : on y a vu infiniment plus d’opportunisme que quoi que ce soit d’autre.

Cet incident a peut-être accrédité la perception, qu’on est libre de partager ou pas, que la CAQ attire une quantité appréciable de «guidounes», comme l’ont durement écrit Richard Martineau et Éric Duhaime, essentiellement motivées par l’appétit de pouvoir ou le besoin de sauver leurs sièges.

Le refus de Monsieur Legault d’accoler la moindre étiquette à son parti risque aussi de venir renforcer cette perception qu’un mouvement qui est ce que chacun veut qu’il soit contiendra forcément beaucoup de gens dont les convictions sont ondoyantes ou inexistantes.

Également, à partir du moment où un François Rebello, qui se dit toujours souverainiste, et une Marlene Jennings, une ultrafédéraliste multiculturaliste qui a soutenu l’inique Loi sur la clarté de Stéphane Dion, envisagent de loger sous le même toit, il y a peut-être aussi des électeurs qui se demandent quel genre d’enfant cette étrange union pourrait produire. La nature même d’une coalition est d’être hétéroclite, mais l’élasticité a des limites. 

Enfin, cette soif de changement vient de conduire à l’élection d’une députation néo-démocrate extraordinairement faible. Beaucoup d’électeurs regrettent déjà leur choix irréfléchi, même s’ils ne l’avoueront pas.  Certains commencent peut-être à se dire qu’il est parfois préférable de regarder la marchandise plus soigneusement avant de passer à la caisse.

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