Une vérité inconfortable
1 septembre 2010 par Joseph Facal
Au Québec, pour obtenir le droit d’enseigner au primaire ou au secondaire, il faut réussir un examen de français écrit à la fin du baccalauréat en enseignement.
Le taux d’échec à cet examen est faramineux : seulement un étudiant sur quatre le réussit du premier coup. Des petits futés ont donc mis sur Facebook plusieurs des questions de l’examen. Belle éthique. Et ils seront, un jour, enseignants.
Quand on échoue un examen, il est plus facile de blâmer l’examen que de se blâmer soi-même. Un jeune homme qui n’a réussi le test qu’à sa troisième tentative se plaignait de ce qu’on lui demandait, entre autres, d’expliquer le sens du mot indigent ou celui de l’expression les chiens aboient, la caravane passe.
On n’utilise pas cela dans la vie de tous les jours, dit-il. Voyez la mentalité que révèle son commentaire : pour lui, tout ce qui compte, c’est de connaître ce qui permet de se débrouiller dans le quotidien. Petite misère.
Ces taux d’échec hallucinants et ce genre de mentalité illustrent une dure réalité : chez nous, la profession d’enseignant au primaire et au secondaire attire assez peu les meilleurs étudiants. Ne me lancez pas de roches : il y a évidemment des exceptions nombreuses et admirables. J’en connais.
Ce n’est pourtant pas une fatalité. Les chiffres ne disent pas tout, mais ils sont souvent révélateurs. En Finlande, qui se classe au premier rang mondial dans plusieurs palmarès éducatifs, les futurs enseignants sont recrutés parmi le premier 10%, en termes de notes obtenues, des finissants de collège qui se dirigent à l’université. On est loin de ça ici. La profession d’enseignant y est toutefois infiniment plus prestigieuse et mieux rémunérée.
On s’imagine souvent que si on trouve la bonne méthode pédagogique, le bon ratio professeur-étudiant, la bonne technologie, le bon personnel de soutien, on augmentera radicalement la réussite scolaire. C’est le discours que véhiculent continuellement les partis politiques, le ministère ou les syndicats.
De la poudre aux yeux pour l’essentiel. Ces facteurs ont une importance très relative. Hormis le milieu familial, le facteur le plus décisif de la réussite éducative est la qualité du professeur. Or, la vérité est que l’aptitude à enseigner est largement innée. Pour l’essentiel, on l’a ou on ne l’a pas. C’est comme avoir l’oreille musicale ou pas.
Pourquoi est-ce ainsi ? Parce que le bon professeur est celui qui stimule la curiosité de l’enfant tout en faisant régner l’ordre. Or, pour inspirer et se faire obéir, il faut de la passion et de l’autorité, deux qualités qui ne s’enseignent pas vraiment. Les formations en pédagogie peuvent aider, mais marginalement, car elles sont souvent remplies de théories fumeuses et peu ancrées dans le réel. Quelques années en début de carrière suffisent habituellement pour savoir si on aura affaire ou non à un bon enseignant.
Bref, si on veut améliorer la réussite éducative des enfants, rien n’est plus important que de s’assurer que les autorités concernées embauchent de bons professeurs et ont des recours contre les mauvais. Inutile de dire que la discussion publique chez nous ne porte JAMAIS là-dessus. C’est un autre des tabous au cœur du «modèle» québécois.